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Des protocoles thérapeutiques maghrébins contre le diabète : un enjeu sanitaire, scientifique et politique - Par Dr Anwar Cherkaoui
Diabète au Maghreb
Face au fléau du diabète au Maghreb et à ses complications lourdes, l’adoption de protocoles thérapeutiques communs devient une urgence sanitaire, scientifique et politique. En l’état actuel des relations intermaghrébines, le souhait d’une action commune contre le diabète ressemble à une utopie. Ce qui n’empêchera pas fort heureusement le double congrès d’endocrinologie de Marrakech, national et maghrébin, en octobre 2025, de se pencher sur la nécessité de ce tournant décisif à prendre vers une stratégie régionale unifiée, alliant prévention, recherche et accès équitable aux traitements.

Par Dr Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Face à l’explosion du diabète et de ses complications au Maghreb, l’idée de protocoles thérapeutiques communs s’impose comme une urgence.
Harmoniser la prévention, la recherche et l’accès aux traitements permettrait de gagner en efficacité sanitaire, en poids économique et en crédibilité politique.
À Marrakech, du 16 au 19 octobre 2025, le double congrès maghrébin et national d’endocrinologie pourrait devenir le point de bascule vers cette stratégie collective.
Le diabète n’est plus seulement une maladie chronique silencieuse : c’est un véritable défi de santé publique qui s’impose aux pays du Maghreb, avec son lot de complications – rétinopathie, néphropathie, pied diabétique – et son poids croissant sur les systèmes de santé.
À l’heure où Marrakech s’apprête à accueillir le 48ᵉ Congrès National de la Société Marocaine d’Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition (Smedian), jumelé avec le 20ᵉ Congrès Maghrébin, la question devient pressante : faut-il adopter des protocoles thérapeutiques communs pour le diabète au niveau maghrébin ?
Une convergence épidémiologique
Les pays du Maghreb partagent une même réalité : une progression rapide du diabète de type 2, liée aux changements alimentaires, à la sédentarité et au vieillissement de la population, mais aussi une prévalence non négligeable du diabète de type 1 chez les plus jeunes.
Les complications chroniques – cécité due à la rétinopathie, insuffisance rénale terminale, amputation du pied diabétique – suivent la même courbe ascendante.
Un protocole thérapeutique commun, fondé sur des données régionales, permettrait d’harmoniser la prévention, le dépistage et la prise en charge en tenant compte des spécificités génétiques, socioculturelles et économiques de la région.
Une opportunité scientifique
Unifier les pratiques, c’est aussi construire une base scientifique commune.
Cela offrirait aux chercheurs maghrébins un terrain d’investigation élargi : cohortes plus vastes, comparaisons inter-pays, suivi épidémiologique coordonné.
Au lieu de se limiter à des initiatives dispersées, la recherche clinique pourrait se concentrer sur des essais thérapeutiques régionaux, incluant l’intelligence artificielle pour affiner la stratification des patients ou les techniques d’imagerie pour suivre les complications.
Un levier pharmacologique et économique
Le poids financier du diabète est colossal. Les traitements de l’insuline, des analogues du GLP-1, ou encore des inhibiteurs de la SGLT2 représentent des coûts exorbitants pour des systèmes de santé fragilisés.
En adoptant des protocoles unifiés, le Maghreb pourrait négocier collectivement avec l’industrie pharmaceutique, bénéficier de prix préférentiels et encourager la production locale de génériques et de biosimilaires.
Cela signifierait moins de ruptures de stocks, une meilleure accessibilité des traitements et une diminution des inégalités sociales en matière de soins.
Un enjeu politique et stratégique
Au-delà de la santé, c’est la crédibilité du Maghreb sur la scène internationale qui est en jeu.
En affichant une stratégie régionale commune face au diabète, les pays du Maghreb enverraient un signal fort : celui d’une coopération Sud-Sud pragmatique et efficace.
Cela renforcerait leur capacité à attirer des partenariats, des financements internationaux et des collaborations avec l’Europe, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique du Nord.
Marrakech, symbole d’une dynamique collective
C’est dans ce contexte que Marrakech devient, du 16 au 19 octobre 2025, la capitale de l’endocrinologie maghrébine et internationale.
Experts, chercheurs et cliniciens y discuteront des innovations technologiques – diabètes connectés, intelligence artificielle, thermoablation dans les pathologies de la thyroïde, nouvelles thérapeutiques contre l’obésité.
Mais au-delà des avancées scientifiques, ce double congrès est surtout une plateforme stratégique : il peut ouvrir la voie à l’adoption de protocoles maghrébins communs contre le diabète, capables de transformer non seulement la pratique médicale, mais aussi l’avenir sanitaire, économique et politique de la région.