Driss Lachgar, un seul souci pour tout programme politique

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Driss Lachgar, premier secrétaire de L’USFP

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On attendait de la dernière sortie de Driss Lachgar au débat de la Fondation Fqih Tétouani, qu’il apporte un fait important ou un signal différent qui donneraient une idée, aussi sommaire soit-elle, des grandes thématiques qui préoccupent son parti à l’approche des prochaines échéances électorales qui seront exceptionnelles à bien des égards. En vain. 

Exceptionnelles, ces élections le seront non pas du fait qu’elles se dérouleront avec un quotient électoral confortable du reste pour l’USFP, dont la popularité s’est grandement étiolée. Mais parce qu’elles interviennent dans le sillage de la pandémie du coronavirus, avec son lot de défis immenses sur les plans économique et social et peut-être politique, et qui requièrent de ce fait une réponse politique allant au-delà de la rengaine. Tant il vrai que le contexte post-corona sera difficile pour toute élite politique qui aspire à une place dans le prochain gouvernement ou à en prendre sa tête.

Le discours de M. Lachgar a été anachronique, ne tenant pas compte de ces défis, évoquant à tout bout de champ sur un ton nostalgique l’histoire de l’USFP, cherchant à démontrer que toutes les politiques à fort impact social se sont inspirées des rapports et de la littérature de son parti, voulu par lui précurseur en la matière à une époque où «tout le monde» réprouvait et critiquait l’école usfpéiste !

Il est clair que dans ce discours, M. Lachgar a présenté les traits saillants de la prochaine étape selon une approche rétrograde, dans ce sens où elle ne repose que sur la vieille littérature de l’USFP et ses rapports éculés.

Pour lui, l’USFP est forte de par ses assises populaires comme en témoigne la légitimité électorale dont elle jouit au sein des institutions de la société civile à caractère élitiste ou sectoriel (syndicats, Union des écrivains du Maroc, Syndicat de l’enseignement supérieur, etc...).  Même ses échecs lors des précédents scrutins ne participeraient d’aucune baisse de popularité, mais relèveraient plutôt d’un dysfonctionnement interne lié à l’hypertrophie des égoïsmes, que la direction du parti aurait vite fait de relever et de rectifier.

M. Lachgar ne dit pas à l’opinion publique comment s’est opérée cette rectification. A-t- elle été menée dans le cadre d’une réconciliation entre uspéistes, en appelant par exemple les cadres du parti au dialogue et en subordonnant l’ascension au sein des instances du parti au rendement des militants ? Ou s’est-elle faite par la mainmise sur l’appareil du parti et l’exclusion des opposants défiants à l’égard du « Zaïm », tant et si bien que Lachagar, aux dires de dirigeants ayant siégé à ses côtés au Bureau politique, ne s’accommode d’aucune voix ou sensibilité discordantes capables  de s’exprimer en toute indépendance. ?

Au cours de ce débat à la Fondation Fqih Tétouani, Lachagar s’est seulement et particulièrement distingué par son éloge des décisions de l’autorité et des agents de sécurité, son apologie du système et de la gouvernance sécuritaires. Il s’est également démarqué par son réquisitoire virulent contre les ONG des droits de l’Homme, et sa propension à se fondre dans les thèses de l’autorité. Autrement dit tout le contraire de ce que l’école USFP a toujours tenu à distance quand elle ne l’a pas critiqué sévèrement.

En évoquant lors de cette rencontre le hirak du Rif et de Jérada ainsi que les protestations de la soif à Zagora, M. Lachgar s’est néanmoins avisé de pointer la faiblesse des mécanismes d’intermédiation. Pour mieux vilipender certaines forces politiques (le PJD) qui auraient failli à leur mission de convaincre la société et d’éviter à l’Etat d’entrer en contact frontal avec la population. En revanche, il a été bien incapable de dire quoi que ce soit sur une quelconque action de son parti dans ce domaine.

De manière très alambiquée, M. Lachgar a affirmé que le mémorandum de son parti n’a pas présenté le quotient électoral sur la base du nombre des inscrits et qu’il a été contraint de s’aligner sur l’avis de la majorité. Mais il ne l’a pas non plus renié puisque, selon lui, ce nouveau quotient électoral corrige les dysfonctionnements et garantit l’équilibre et l’équité dans la représentativité électorale.

Ces positions peuvent paraître disparates. Il n’en est rien. Elles obéissent au fond tous à une seule et même logique.

Cette logique fonde la position de Driss Lachagar, tant dans son éloge du Pouvoir que dans l’encensement du système sécuritaire. Elle explique aussi son introspection nostalgique dans le passé de l’USFP pour éluder les réponses aux défis post-électoraux. Et c’est encore cette logique qui façonne la perception «rose» qu’il a d’une USFP ayant accompli sa mission et donne à comprendre son attaque contre le PJD et sa direction précédente, tout aussi que son acclamation du quotient électoral et de l’équité qu’il apporterait à son parti.

Le fil d’Ariane qui réunit toutes ces positions est que Driss Lachgar s’adresse à une unique partie qu’il considère comme son dernier recours, seule à même de compenser son incapacité à renouveler par les urnes la légitimité politique et organisationnelle de son parti et de le dispenser de l’élaboration d’une offre politique compétitive.

Driss Lachgar n’est concerné ni par les défis post-corona, ni par les thèmes devant rythmer le prochain scrutin, et encore moins par les réponses que son parti devrait fournir aux défis post-électoraux.

Au vu de cette dernière sortie médiatique, le programme de M. Driss Lachgar est d’une simplicité déconcertante : Il compte seulement sur le Pouvoir pour s’arroger une place dans le champ politique, un portefeuille dans la prochaine composition gouvernementale, ou encore son éventuel maintien à la tête de son parti.