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La Radiologie interventionnelle : promesses et limites d’une discipline encore balbutiante au Maroc – Par Dr Anwar Cherkaoui
En Afrique, dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine, l’accès à ces techniques reste rare faute de formation et d’infrastructures adaptées. Au Maroc, si l’accès existe, il reste limité et inégal.
Moins invasive, moins douloureuse, écourtant les séjours hospitaliers, la radiologie interventionnelle bouleverse la pratique médicale moderne. Mais au Maroc, cette discipline prometteuse reste, rappelle Dr Anwar Cherkaoui inégalement accessible et peine à franchir le cap de la structuration, victime des inégalités spatiales et sociales.

Par Dr Anwar CHERKAOUI
Médecin Expert en communication médicale et journalisme de santé
Une révolution médicale aux multiples applications
Moins de cicatrices, moins de douleur, des séjours hospitaliers écourtés.
La radiologie interventionnelle, cette discipline qui associe imagerie médicale et gestes thérapeutiques mini-invasifs, transforme la manière de soigner.
Ses indications ne cessent de s’élargir : stopper une hémorragie, déboucher une artère, drainer un organe infecté, traiter une tumeur par embolisation.
Autant d’actes qui, hier encore, nécessitaient une chirurgie lourde, et qui aujourd’hui se font à travers un simple cathéter, guidé en temps réel par l’image.
Dans le monde, plus de dix millions de procédures de ce type sont réalisées chaque année, et dans 70 % des cas, elles remplacent des opérations classiques.
Mais derrière cette révolution médicale se cachent des défis majeurs.
Organisationnels d’abord : comment assurer une permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 alors que le nombre de spécialistes reste limité ?
Économiques ensuite, face à la pression du virage ambulatoire et la nécessité de prouver la valeur médico-économique de ces actes.
Technologiques enfin : l’intelligence artificielle, la navigation augmentée et la robotique s’imposent dans les salles, mais soulèvent des questions de validation clinique, de cybersécurité et d’intégration aux flux hospitaliers.
Sans oublier l’équité : en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, l’accès à ces techniques reste rare faute de formation et d’infrastructures adaptées.
Le Maroc, émergence et inégalités
Le Maroc illustre bien ces contrastes.
La radiologie interventionnelle y est encore en pleine structuration.
Quelques centres privés à Casablanca, Rabat ou Marrakech proposent beaucoup d’actes de radiologie interventionnelle dans le domaine de la cardiologie, la gastronomie, la neurochirurgie ou la gynécologie
Mais la discipline demeure concentrée dans les grandes métropoles, avec un nombre réduit de praticiens formés.
Les obstacles sont nombreux : manque de salles d’angiographie dédiées, absence de formation spécialisée dans les facultés, maillage territorial insuffisant.
Le premier diplôme universitaire vient d'être lancé à Marrakech en 2025.
Sur le plan financier, le coût de ces procédures reste flou : les tarifs officiels ne concernent que la radiologie standard, et la prise en charge par les organismes publics comme la CNOPS ou la CNSS demeure partielle et peu transparente. Ainis, si l’accès existe, il reste limité et inégal.
Une histoire riche, un avenir à construire
Si l’avenir est porteur d’immenses promesses, il s’appuie sur une histoire déjà riche.
La radiologie interventionnelle s’inscrit dans une histoire jalonnée d’innovations, de la technique de Seldinger en 1953 à la thrombectomie mécanique de 2015. Ces avancées spectaculaires ont transformé la prise en charge de pathologies lourdes comme l’AVC ou les fibromes utérins.
Tout commence en 1953 avec la technique de Seldinger, qui permet d’introduire un cathéter en toute sécurité dans une artère.
En 1964, l’Américain Charles Dotter sauve une patiente de l’amputation grâce à la première angioplastie percutanée.
Suivent les embolisations thérapeutiques dans les années 1970, le TIPS en 1982, l’embolisation des fibromes utérins dans les années 1990, puis, en 2015, la thrombectomie mécanique qui bouleverse la prise en charge de l’AVC.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, la robotique et la navigation augmentée ouvrent de nouvelles perspectives, mais soulèvent aussi des défis d’intégration et de sécurité. Pour le Maroc, l’enjeu est clair : transformer cette prouesse technique en médecine équitable, durable et accessible à tous. pour passer de la prouesse technique à une médecine accessible, symbole d’une santé plus humaine et plus innovante.