Le Temps des Bougies et du feu de l’amour – Par Dr Anwar CHERKAOUI

Le Temps des Bougies et du feu de l’amour – Par Dr Anwar CHERKAOUI

Il n’y a pas de gloire à faire l’amour à ses risques et périls.

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Une histoire marocaine inspirée de faits médicaux réels.

Dans un passé pas si simple, au Maroc, l’amour n’était ni romantique ni réfléchi — il était charnel, direct, tarifé pour certains, quelque part entre un Sebsi du kif partagé et un verre de mahia mal distillé.

A ce jadis, les maladies honteuses, on n’en parlait pas ou alors qu’à voix basse, entre deux ablutions ou dans les arrière-cours des hammams, entre un vieux fquih désabusé et un coiffeur qui savait tout.

On les appelait "les brûlures", "les impuretés", "la honte".

Jamais par leurs vrais noms.

Comme si les mots pouvaient aggraver les maux.

La chaude pisse pour euphémiser la blennorragie, la blenno pour les intimes

Dans les souks, sur les terrasses, dans les cafés populaires où l’on jouait aux cartes sous des lampes jaunâtres, circulaient ces hommes au regard fiévreux, le pas incertain, l’âme déjà un peu lasse.

Ils passaient de corps en corps, comme on passe d’une chanson à une autre sur un vieux transistor.

Et puis, un matin, l’incendie dans la verge. Une douleur aiguë comme un cri dans la pierre.

Un feu qui les traversait quand l’urine voulait sortir, et un liquide jaunâtre, épais comme du miel corrompu, s’échappait de leur virilité comme une punition solitaire.

Mais ils se taisaient. Toujours.

La honte plus forte que la souffrance.

Ils buvaient du thé à la menthe, regardaient le ciel de Fès, Salé ou Marrakech, et se disaient que ça allait passer.

Comme passent les orages d’été.

Mais parfois, l’infection allait plus loin.

Le chemin de l’urine se fermait comme un fondouk au coucher du soleil.

L’urètre se bouchait.

Le bas-ventre se tendait comme un tambour.

Et chaque instant devenait torture.

Alors, vaincu, l’homme se décidait enfin de pousser la porte du médecin.

Un vieux toubib au regard fatigué, habitué aux drames muets.

À ce stade de la maladie, les antibiotiques n’ont plus de place.

Pas d’anesthésie.

Pas de musique douce en fond.

Il y a Juste une boîte de fer.

Et dans cette boîte, des bougies métalliques, alignées comme les soldats d’un régiment égaré.

On les introduisait une à une, lentement, douloureusement, dans la verge en flammes.

Pour forcer, pour déboucher, pour décapsuler et défoncer le canal de la vie.

L’homme hurlait, appelait sa mère, priait son Dieu, maudissait Satan et sa chance envolée.

Sans échappatoire possible.

La douleur restait la seule pénitence vers la délivrance.

Le médecin, malgré sa rudesse contrainte, était un passeur sans états d’âme. Un guide dans le noir n’a pas les moyens de faire dans la miséricorde.

C’était ça, la médecine.

Sans filtre. Sans fard.

Un combat entre la chair et le métal.

Entre le mal de chair et la guérison.

Le temps des bougies était un temps rude, rugueux, presque cruel.

Mais il nous a appris ceci :

Le corps est sacré, et l’hygiène, une vérité première.

La négligence intime à un prix. Fort.

Aujourd’hui, les antibiotiques veillent, les campagnes de prévention éclairent, les bougies dorment dans les vitrines poussiéreuses des vieux dispensaires. Des objets d’art médical pour antiquaires de l’amour.

Mais dans le souvenir des anciens — ceux qui ont tout vu et tout tu — demeure encore cette image :

Celle d’un homme recroquevillé sur sa douleur, et d’un médecin, une bougie froide à la main, essayant d’éteindre le feu de l’amour …

Et pourtant, aujourd’hui encore, les MST continuent de faucher leur lot de victimes de l’amour sans protection.

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