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Médecine du sport et football : un déficit d’informations préjudiciable – Par Dr Anwar CHERKAOUI
La médecine du sport, lorsqu’elle est appliquée au football, embrasse des champs aussi divers que la traumatologie, la cardiologie, la neurologie, la nutrition, l’endocrinologie ou encore la psychologie…
Alors que le football occupe une place centrale dans la vie sociale et sportive du Maroc, la médecine du sport reste en retrait, relève Dr Anwar Cherkaoui. Minée par un déficit d’informations fiables et accessibles, un manque de recherche localisée, une absence de vulgarisation et des inégalités d’accès aux soins, la médecine de sport telle qu’elle se pratique au Maroc, ralentit la mise en place d’une véritable stratégie de prévention.

Par Dr Anwar Cherkaoui - Médecin, expert en communication médical et journalisme de santé
Alors que les compétitions footballistiques nationales et internationales se multiplient, un constat s’impose avec acuité : la médecine du sport appliquée au football souffre d’un manque flagrant d’informations accessibles, claires et adaptées.
Un déficit qui se traduit autant dans la recherche scientifique que dans la communication publique et les pratiques médicales au sein des clubs.
La médecine du sport, un vaste spectre
Au Maroc comme dans bien d’autres pays, cette problématique se ressent d’autant plus que le football est bien plus qu’un sport : il est un miroir social, une passion populaire, un levier d’unité nationale. Les exploits des Lions de l’Atlas ont démontré la capacité de la discipline à galvaniser tout un pays. Mais derrière l’émotion et la ferveur, se cache un besoin urgent : protéger la santé des joueurs par une médecine du sport plus structurée, plus présente et plus proactive. Les centres hospitaliers universitaires, les cliniques privées et les fédérations marocaines devraient unir leurs efforts pour bâtir une expertise locale, créer des registres de suivi des blessures et vulgariser l’information médicale à destination du grand public.
Cela, en partant du constat que la médecine du sport, lorsqu’elle est appliquée au football, embrasse des champs aussi divers que la traumatologie, la cardiologie, la neurologie, la nutrition, l’endocrinologie ou encore la psychologie.
Pourtant, les connaissances scientifiques dans ces domaines demeurent dispersées dans des publications spécialisées, souvent difficiles d’accès pour les entraîneurs, les joueurs, et même pour certains médecins de clubs.
Les grandes revues médicales publient certes des études, mais elles restent techniques et cloisonnées.
Quant aux données épidémiologiques sur les blessures dans le football, elles sont fragmentaires, rarement centralisées, et ne reflètent pas toujours les réalités locales.
Ce manque de diffusion scientifique se double d’une quasi-absence de vulgarisation.
L’inégalité d’accès aux soins et aux connaissances
Les joueurs, professionnels comme amateurs, et leurs familles disposent rarement d’informations claires sur la prévention des blessures, les risques liés aux commotions cérébrales, la récupération après un effort intense ou encore les dangers de la surmédicalisation et du dopage.
Cette lacune ouvre la voie aux rumeurs, aux pratiques empiriques et, parfois, à des traitements qui n’ont jamais été validés scientifiquement.
L’inégalité d’accès aux soins et aux connaissances est une autre réalité criante.
Dans les clubs européens de haut niveau, la médecine du sport est devenue une composante centrale de la performance : imagerie de pointe, suivi nutritionnel, monitoring par GPS, biomarqueurs sanguins et musculaires.
En revanche, dans nombre de pays africains et arabes – y compris au Maroc – l’encadrement médical demeure limité.
Certains clubs ne disposent même pas de médecins spécialisés, les infrastructures sont insuffisantes et la coordination entre radiologues, kinésithérapeutes et entraîneurs reste trop faible pour garantir une véritable prise en charge globale.
À cela s’ajoute une insuffisance de recherche sur des problématiques spécifiques.
Les effets des microtraumatismes répétés sur le cerveau, avec le risque de maladies neurodégénératives, restent encore peu explorés.
Les particularités physiologiques des footballeuses, qui méritent une approche différenciée en termes de prévention et de traitement, sont souvent ignorées.
De même, l’impact du climat – chaleur, humidité ou altitude – sur la santé et la performance n’est pas suffisamment étudié.
Quant au suivi médical des anciens joueurs, il demeure largement absent des priorités institutionnelles.
Le déficit communicationnel
Enfin, les fédérations et les instances dirigeantes du football professionnel publient rarement des rapports clairs et réguliers sur les blessures, les stratégies de prévention et les protocoles médicaux officiels.
Ce déficit de communication entretient un flou qui ralentit l’adoption de mesures adaptées aux réalités de terrain, notamment dans les championnats nationaux.
En résumé, la médecine du sport appliquée au football souffre d’un déficit criant d’informations structurées, adaptées et accessibles.
La recherche existe, mais elle est dispersée et inégalement diffusée.
Il est désormais impératif de développer des plateformes centralisées, d’organiser des campagnes de vulgarisation et de renforcer l’intégration de la médecine du sport dans tous les clubs, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe.
Pour le Maroc, ce chantier représente une opportunité stratégique : transformer la passion du ballon rond en moteur d’innovation médicale et de prévention sanitaire, particulièrement à la veille de l’organisation de deux grandes compétitions footballistique: Africaine, fin 2025 et mondiale en 2030.