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Quand un patient entre à la clinique sur ses pieds et en ressort sans vie - Par Dr Anwar Cherkaoui
Abdelwahab Doukkali (1941- 2026)
Dans cette chronique, Dr Anwar Cherkaoui revient sur les décès postopératoires inattendus à partir du cas d’Abdelwahab Doukkali, décédé après une intervention chirurgicale. Le médecin souligne que, malgré les progrès de la médecine et les protocoles de sécurité entourant les opérations, certaines complications graves peuvent survenir de manière imprévisible. Il insiste sur le rôle essentiel de l’autopsie pour déterminer avec précision les causes du décès, distinguer une complication médicale d’une éventuelle faute et apporter des réponses aux familles comme aux professionnels de santé.

Dr Anwar Cherkaoui
Médecin expert en communication médicale et journalisme de santé
C’est le destin tragique qu'a connu notre grand compositeur et chanteur marocain, Abdelwahab Doukkali. Que dis la médecine dans de pareils cas ? En attendant les résultats de l’autopsie !
Il existe des situations médicales qui bouleversent profondément les familles, les soignants et l’ensemble de la société.
Parmi les plus douloureuses figure celle d’un patient qui se présente à une clinique de son plein gré, conscient, serein et confiant, pour subir une intervention chirurgicale programmée, puis qui décède quelques heures plus tard à la suite de complications survenues pendant l’opération ou dans les heures qui suivent.
C'est le cas de notre artiste national, musicien compositeur et chanteur, Abdelwahab Doukkali. Cette réalité, heureusement rare, rappelle avec force qu’en médecine, aucun acte, même minutieusement préparé, n’est totalement exempt de risques.Toute intervention chirurgicale est précédée d’un long processus de préparation.
Le patient rencontre son chirurgien, réalise des examens biologiques et radiologiques, bénéficie d’une consultation d’anesthésie et reçoit des explications détaillées sur les bénéfices attendus ainsi que sur les risques potentiels. Après avoir compris ces informations, il donne son consentement éclairé.
Cette organisation rigoureuse permet de réduire considérablement les risques, sans toutefois pouvoir les supprimer totalement. Le corps humain reste un univers complexe où peuvent survenir des réactions imprévisibles. Même lorsque toutes les précautions sont respectées, certaines complications graves peuvent apparaître brutalement.
L’anesthésie peut provoquer une réaction allergique sévère, des troubles du rythme cardiaque ou une Hyperthermie maligne, complication exceptionnelle d’origine génétique. L’intervention elle-même peut être compliquée par une hémorragie massive, une lésion accidentelle d’un organe vital ou un événement technique imprévu. Parfois, le patient présente un infarctus du myocarde, une embolie pulmonaire ou une défaillance brutale de plusieurs organes, en raison d’une maladie jusque-là silencieuse.
Face à une complication majeure, l’équipe médicale décide souvent du transfert immédiat en réanimation. Ce passage en soins intensifs traduit la mobilisation maximale des moyens humains et technologiques pour tenter de sauver la vie du patient. Ventilation assistée, transfusions sanguines, médicaments de soutien cardiovasculaire et surveillance continue sont mis en œuvre sans délai.
Malgré tous ces efforts, certaines situations deviennent irréversibles et conduisent au décès.
Pour la famille, le choc est immense. Quelques heures auparavant, le patient marchait, parlait et nourrissait l’espoir d’une guérison. Quelques heures plus tard, son corps quitte la clinique sur une civière. Cette brutalité suscite une incompréhension profonde et des questions légitimes sur les causes exactes de ce drame.
Il est important de rappeler qu’un décès postopératoire inattendu ne signifie pas automatiquement qu’une faute médicale a été commise. La médecine, malgré ses progrès extraordinaires, ne peut garantir le risque zéro.
Lorsque la mort survient dans ces circonstances, la recherche de la vérité devient essentielle. L’autopsie constitue alors l’un des outils les plus précieux de la médecine moderne.
Cet examen approfondi du corps, complété si nécessaire par des analyses histologiques, toxicologiques, microbiologiques et génétiques, permet de déterminer avec précision la cause du décès.
L’autopsie peut révéler une hémorragie interne, une embolie pulmonaire massive, un infarctus du myocarde, une réaction allergique fulminante, une hyperthermie maligne ou encore une anomalie cardiaque ou vasculaire méconnue.
Elle permet également de distinguer une complication imprévisible d’une éventuelle erreur, apportant ainsi des éléments objectifs aux familles, aux médecins et, si nécessaire, aux autorités judiciaires.
Pour les proches, l’autopsie offre des réponses concrètes susceptibles d’apaiser le doute et de faciliter le travail de deuil.
Pour les professionnels de santé, elle représente un outil d’apprentissage précieux, permettant d’améliorer les pratiques et de prévenir d’autres accidents.
Bien qu’elle soit aujourd’hui moins fréquemment pratiquée, l’autopsie conserve une valeur scientifique, pédagogique et humaine irremplaçable. Elle demeure l’ultime acte médical, celui qui permet au corps silencieux de livrer les réponses que la médecine n’a pas toujours pu obtenir du vivant du patient.
L’histoire de ce malade qui entre à la clinique sur ses propres pieds et en ressort sans vie rappelle que la médecine est à la fois une science de haute précision et une école permanente d’humilité.
Lorsque l’inattendu survient, la transparence et la recherche rigoureuse de la vérité constituent un devoir moral envers le défunt, sa famille et l’ensemble de la communauté médicale.
Entre l’espoir de la guérison et la brutalité de la perte, l’autopsie reste l’un des moyens les plus nobles pour comprendre, expliquer et, parfois, transformer un drame individuel en source de connaissance et de progrès pour la médecine.