Santé : discours apaisant et réalité coûteuse - Par Dr Anwar CHERKAOUI

Santé : discours apaisant et réalité coûteuse - Par Dr Anwar CHERKAOUI

Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui à la Chambre des Conseillers lors de la séance plénière hebdomadaire consacrée aux questions orales

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Derrière les déclarations rassurantes du ministre de la Santé, Amine Tehraoui, affirmant l’absence de hausse des prix des médicaments et des actes médicaux, se cache une tout autre réalité. Entre tarifs officiels figés depuis 2006 et coûts réels en constante progression, les patients supportent un reste à charge toujours plus lourd. Dans cette réponse à la réponse du ministre devant les parlementaires, le Dr Anwar Cherkaoui dévoile les contradictions d’un système en transition, où la généralisation de l’assurance maladie obligatoire risque de se transformer en illusion de couverture.

Dr Anwar CHERKAOUI

Expert en communication médicale et journalisme de santé

Lors de son passage au Parlement, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a affirmé qu’aucune hausse n’avait été enregistrée dans les prix des médicaments ni dans les tarifs des actes médicaux.

Officiellement, rien n’a bougé. En réalité, tout a changé.

Le ministre s’appuie sur un argument juridique : la tarification nationale de référence, base du remboursement par la CNSS et la CNOPS, date toujours de 2006.

Mais c’est précisément là que réside le problème : cette grille vieille de près de vingt ans ne correspond plus à la réalité économique.

Les médecins, les cliniques et les laboratoires facturent selon des coûts actualisés, pendant que les organismes d’assurance remboursent sur une base obsolète.

Résultat : un reste à charge qui explose pour les patients.

En jouant sur la distinction entre “tarif officiel” et “prix réel”, le discours ministériel prend des airs de vérité partielle.

Car sur le terrain, les consultations ont augmenté, les analyses coûtent plus cher, et certains médicaments essentiels ne sont pas remboursés.

L’absence de hausse “officielle” n’efface pas la hausse ressentie — ni l’inégalité qui en découle.

Certes, le ministre a rappelé les efforts déployés : extension massive de l’assurance maladie obligatoire (AMO), nouveaux mécanismes de remboursement, projets de protocoles thérapeutiques, rôle renforcé de la Haute Autorité de Santé, qui tarde à venir. 

Autant d’avancées structurelles.

Le discours du ministre aurait été parfaitement recevable si par ailleurs l’autorité compétente réussissait à faire respecter sa nomenclature des tarifs des actes médicaux.

D’où ces questions de fond : quand la tarification sera-t-elle enfin révisée ?

Comment harmoniser les coûts réels, les remboursements et le pouvoir d’achat ?

Et surtout, comment éviter que la généralisation de l’AMO ne se transforme en “couverture sans couverture” ?

En 2025, le Maroc affiche plus de 24 millions de bénéficiaires de l’AMO — un immense progrès social indéniable.

Mais cette réussite quantitative ne doit pas masquer les tensions qualitatives : soins plus chers, délais de remboursement longs, et système encore inégalitaire entre public et privé.

Au fond, la déclaration du ministre traduit la posture d’un État en phase de transition sanitaire : soucieux de rassurer, mais encore frileux à réformer.

Car la vraie urgence n’est pas de nier la hausse, mais de redéfinir la valeur réelle du soin.

Pour que la santé, au Maroc, ne soit pas seulement un droit affiché, mais un accès réellement équitable.