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Thierry Ardisson, le dernier royal dandy de la République - Par Omar Mahmoud Bendjelloun
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Animateur brillant, provocateur élégant, monarchiste assumé et figure centrale de la télévision française des années 90-2000, Thierry Ardisson aura été bien plus qu’un visage du petit écran. En orchestrant un débat public exigeant et en réconciliant les contraires, il a incarné une certaine idée de la République culturelle, irrévérencieuse et humaniste au-delà-des frontières. Pour Omar Mahmoud Bendjelloun, son départ un 14 juillet sonne comme une ultime ironie : celle d’un aristocrate du verbe qui croyait au pouvoir des idées. Hommage.
Par Me Omar Mahmoud Bendjelloun

L’hôte du contradictoire, architecte du débat télévisé
Le débat public comme notion fondatrice de la démocratie et de son fonctionnement institutionnel, il en était la centrifugeuse. Un royaliste très parisien issu de la droite respectable en France, qui a rythmé la contre-culture de la République en refusant sa dérive raciste, en honorant aussi ses fondements historiques de gauche par le respect tangible de ses porte-étendards lors du "contradictoire" orchestré avec brio dans les espaces audiovisuels des années 90 et 2000.
Thierry Ardisson, avec l’élégance subversive d’un monarchiste républicain,
a permis la rencontre intelligente et fluide du conservatisme avec la liberté individuelle ou l'art nouveau, la réconciliation transgénérationnelle, l'outrage intelligent des frontières intellectuelles et comportementales avec pour objectif de triompher à une ligne qu'il avait défendu par une réflexion, un comportement, des mises en scènes, des rencontres et des valeurs.
Un monarchiste subversif dans la République du spectacle
Assumer une nostalgie monarchiste française au cœur de la 5ieme République en accueillant sur ses plateaux Olivier Bensançennot du NPA ou Michel Rocard premier ministre mal aimé de François Mitterrand avec "standing ovation", faire l'apologie de l'amitié et de la fidélité chaque semaine par la mise en valeur à la fois des territoires et des cultures contemporaines à travers les participations de Laurent Baffie ou Philippe Corti, accueillir de manière mondaine des intellectuels, saltimbanques, repentis ou décideurs politiques et économiques dans son loft parisien, laisse à déduire que Thierry Ardisson, "l'anti Drucker" en terme de genre télévisuel, portait en lui un projet politique et une façon de l'honorer quand bien même on le sentait contrarié par le défaut de l'appareil partisan ou de l'outil idéologique.
Jour de la prise de la bastille et ... du génocide palestinien
Dans ces "moments troubles entre mondes qui disparaissent et d'autres qui se cherchent desquels jaillissent les monstres" tels que décrits par Gramsci, Thierry Ardisson avait l'intérim du sens pour une génération condamnée à faire la traversée difficile des époques. Philosophe par instinct, on lui dira que sa disparition est une nouvelle vie dans la mémoire de cette génération.
En communiquant intelligent et subtil, il était aussi convaincu que sincère. Ses derniers faits d'arme médiatiques seraient d'avoir fait le choix, en tant que monarchiste solitaire, de disparaître un 14 juillet jour de célébration de la prise de la bastille ... et d'avoir dénoncé le génocide palestinien quelques semaines avant sa mort.
"Magnéto Serge"