Trois fils, trois tombes, un même mystère - Pra Dr Anwar Cherkaoui

Trois fils, trois tombes, un même mystère - Pra Dr Anwar Cherkaoui

Ce sang à hémorragies récurrentes, et ce sang qui nous manque

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De l’histoire tragique d’un père, petit coiffeur de quartier meknassi à la création de l’Agence marocaine du sang, c’est une histoire vraie qui a ému jusqu’au palais royal. Et réveiller la médecine marocaine à un grave problème de santé jusqu’alors méconnu. Dr Anwar Cherkaoui raconte…

Par Dr Anwar CHERKAOUI, expert en communication médicale et journalisme de santé

Dans une venelle de la ville de Meknès, un petit coiffeur de quartier, appelons le Hamid, homme pieux et modeste, rêvait d’un fils.

Le ciel lui donna trois. Appelons les Mohamed, Ahmed, Idriss.

Mais à chaque circoncision, le même drame : une hémorragie incontrôlable, une plaie qui ne cicatrise pas, un enfant qui meurt.

Trois fils, trois tombes, un même mystère.

Un jour, Hamid décida de prendre le car pour la capitale, en quête de réponses.

Il campa devant le journal L’Opinion à Rabat, tenant la photo de son dernier fils.

Des journalistes s’émurent, racontèrent, et bientôt le Palais entendit.

Un général-médecin est chargé de l’affaire.

Des analyses furent menées.

Le mot tomba enfin : hémophilie.

Une maladie rare, méconnue, où le sang ne coagule pas.

Grâce à Hamid, le Maroc comprit.

Grâce à lui, la médecine marocaine s’ouvrit à de nouveaux traitements : les facteurs antihémophiliques, produits à partir de dons de sang.

Mais là-haut dans la montagne, et bien ailleurs, des gens ne savent encore.

Et aussi ceux qui se montrent avare d’un don de Dieu et la vie régénérable.

Aujourd’hui encore, le salut des enfants hémophiles dépend de ces dons.

Or, au Maroc, les réserves de sang sont souvent en zone orange – à peine 6 à 7 jours de stock, frôlant le seuil critique, selon l’OMS.

Casablanca‑Settat est en zone rouge, avec des réserves insuffisantes pour répondre aux besoins urgents des maternités, des accidents et des malades chroniques.

C’est dans ce contexte qu’a été créée en 2025, sur hautes instructions royales, l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés.

Elle a pour mission stratégique de piloter une politique nationale intégrée : organisation de la collecte, sécurisation des dons, gestion des stocks, coordination entre régions, développement des centres de transfusion, et surtout sensibilisation du grand public.

Elle doit penser à court, moyen et long terme, pour que jamais une vie ne se perde faute de sang disponible.

En ce mois d’août 2025, où les accidents de la route se multiplient, le don de sang n’est plus un simple geste altruiste : c’est un acte vital, un devoir citoyen.