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Un sein en moins, une dignité en plus : quand les médias marocains oseront-ils le vrai courage féminin ? Par Dr Anwar CHERKAOUI
Un jour, peut-être, les médias marocains oseraient montrer le vrai visage de la lutte contre le cancer du sein.
Un sein en moins, mais une dignité intacte. Au Maroc, la lutte contre le cancer du sein reste prisonnière des codes de pudeur et des clichés médiatiques. Derrière les rubans roses et les campagnes lisses, des femmes affrontent la maladie avec un courage invisible. Montrer leur réalité — leurs cicatrices, leur fierté, leur force — serait pour le Dr Anwar Cherkaoui, un acte de vérité et de maturité.

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Le cancer du sein au Maroc entre ruban rose, cicatrice et choc du miroir.
Un jour, peut-être, les médias marocains oseraient montrer le vrai visage de la lutte contre le cancer du sein.
Pas celui, lisse et souriant, d’une campagne rose publicitaire.
Mais celui d’une femme vivante, forte, fière, malgré la cicatrice laissée par une mastectomie (ablation du sein).
Une image d’une femme marocaine amputée d’un sein, debout, digne, belle dans sa vérité.
Pas pour choquer, mais pour dire :
« Oui, j’ai souffert. Oui, j’ai guéri. Et je reste une femme à part entière. »
Ce jour-là, les médias auront accompli une révolution : celle de montrer la féminité au-delà du corps, la beauté au-delà du canon, et la force au-delà de la pudeur.
Une société qui semble pudique, parfois injuste
Au Maroc, la pudeur est un habit social.
Elle protège, mais elle enferme aussi.
Elle rend certains sujets invisibles : la sexualité, la maladie, le handicap, la différence.
Et lorsque la maladie touche au symbole de la féminité – le sein – le silence devient presque religieux.
Les médias, souvent frileux, préfèrent la métaphore à la réalité, le ruban rose à la cicatrice.
On parle de dépistage, mais rarement du choc du miroir.
On évoque la guérison, mais sans montrer le prix qu’elle impose au corps.
Pourtant, derrière les statistiques et les slogans, il y a des femmes marocaines qui se battent chaque jour — mères, épouses, étudiantes, fonctionnaires — souvent seules face à leur douleur.
Le vrai tabou n’est pas la nudité, c’est la vérité
Une image d’une femme opérée du sein serait jugée “trop crue” pour la télévision, “trop osée” pour la presse papier, “trop sensible” pour les réseaux sociaux.
Mais ce qui choque vraiment, c’est notre incapacité à regarder la réalité sans détourner les yeux.
Car cette image ne serait pas indécente.
Elle serait humaine.
Elle dirait que la vie continue, que la féminité ne s’éteint pas avec une chirurgie, et que la beauté ne dépend pas de la symétrie du corps.
Le courage des femmes marocaines : une histoire qu’on ne montre pas
Dans les hôpitaux de Casablanca, Rabat, Fès ou Agadir, des centaines de femmes franchissent chaque jour la porte du bloc opératoire.
Elles savent qu’elles vont perdre un sein.
Elles prient, elles espèrent, elles se taisent.
Et quelques semaines plus tard, elles reprennent leur travail, s’occupent de leurs enfants, préparent le couscous du vendredi, comme si de rien n’était.
Mais leur force est invisible, parce que nos médias ont peur de la montrer.
Les traitements ne volent pas la féminité
Grâce aux progrès de la médecine marocaine, les traitements du cancer du sein sont de plus en plus compatibles avec une vie pleine et épanouie.
Les chirurgiens réalisent des reconstructions mammaires immédiates, les oncologues adaptent les traitements à chaque profil, les psychologues accompagnent la réconciliation avec le corps.
Le message est clair : On peut être amputée et rester belle.
On peut être malade et rester féminine.
On peut être blessée et continuer d’aimer — et d’être aimée.
Mais encore faut-il que ce message soit relayé avec courage.
Et si les médias osaient ?
Et si, au lieu de répéter les mêmes campagnes roses aseptisées, les médias marocains diffusaient des témoignages vrais ?
Des portraits de femmes réelles, des visages sans filtre, des histoires qui émeuvent sans travestir ?
Une photo, un reportage, un documentaire montrant la cicatrice d’une survivante du cancer du sein, ce ne serait pas un scandale.
Ce serait une leçon de vie.
Ce serait dire à toutes les Marocaines :
« Vous n’êtes pas seules. Votre courage mérite d’être vu. »
C’est ainsi que s’exprime Ferdaous Mouhssine, patiente partenaire, spécialiste en cancérologie.
La maturité d’une société se mesure à son regard.
Une société mûre n’est pas celle qui cache la souffrance, mais celle qui sait la regarder avec dignité.
Le Maroc de 2025 est prêt à voir autre chose que des images idéalisées.
Il est prêt à voir la vérité des femmes qui se battent et qui vivent.
Il est prêt à entendre que la beauté n’est pas dans la perfection, mais dans la résilience, relève Ferdaous Mouhssine, patiente partenaire, spécialiste en cancérologie.
Une cicatrice qui parle à toutes les autres.
Quand une femme amputée d’un sein montre sa cicatrice, elle ne cherche ni pitié ni provocation.
Elle dit simplement :
« J’ai survécu. Et ma cicatrice, c’est ma médaille. »
Et si les médias marocains osaient montrer cela, ce ne serait pas un scandale :