CINEMA, MON AMOUR DE DRISS CHOUIKA: TO THE WONDER, A LA RECHERCHE DE LA GRÂCE

CINEMA, MON AMOUR DE DRISS CHOUIKA: TO THE WONDER, A LA RECHERCHE DE LA GRÂCE

To the Wonder » de Terrence Malick a divisé les critiques de cinéma : certains l’avaient trouvé parfois ridicule ou même superficiel, par d’autres il est décrit comme "une poésie cinématographique" qui coule de manière fluide, passant sans trop d’efforts à de nouvelles humeurs, des tons brutaux et des idées bien fluctuantes.

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Avec To the Wonder, Terrence Malick signe l’un de ses films les plus mystiques et les plus controversés. Poème visuel sur l’amour humain et divin, cette œuvre méditative, portée par la caméra d’Emmanuel Lubezki et le jeu incandescent d’Olga Kurylenko, explore la quête insaisissable de la grâce au cœur d’un monde fragmenté. Driss Chouika y voit un cinéma de la transcendance, où la lumière, les silences et les gestes remplacent les mots pour dire l’indicible : la beauté fragile de l’existence et la possibilité du salut.

Driss Chouika

« Il ne nous donne pas les choses intentionnellement. Je savais un peu ce qui se passait, mais je n'étais pas sûre. Je faisais quelque chose sans savoir exactement où cela menait, et c’est peut-être bien car dans la vie, nous ne savons pas où nous allons ».

Olga Kurylenko.

Présenté pour la première fois à la Mostra de Venise en 2022 où il a eu le Prix Signis, puis le prix de la Meilleure photographie à San Diego Film Critics Society Awards 2013, le film américain « To the Wonder » de Terrence Malick, qui a divisé les critiques de cinéma dont certains l’avaient trouvé parfois ridicule ou même superficiel, est par contre décrit par certains comme "une poésie cinématographique" qui coule de manière fluide, passant sans trop d’efforts à de nouvelles humeurs, des tons brutaux et des idées bien fluctuantes.

Ainsi, bien que Malick reste énigmatique, « To the Wonder » parle pour lui à travers ses images lyriques et ses dialogues philosophiques. Le film est une sorte de méditation sur la relation entre amour humain et divin, la recherche de la grâce et la difficulté de s'engager pleinement. Malick rejette délibérément la linéarité narrative au profit d’une structure fragmentaire, semblable à un flux de conscience. L’histoire, bien minimaliste, suit Neil, un ingénieur américain, et Marina, une Française dont la relation passe de l’extase à la désillusion. Le récit est construit à travers des moments éphémères : des danses improvisées dans les supermarchés, des silences tendus dans des maisons vides, et des paysages qui deviennent des métaphores des états d’âme.

 A LA RECHERCHE DE LA GRÂCE

« To the Wonder » de Terrence Malick n’est pas un film fait dans les normes reconnus du cinéma ; c’est une expérience sensorielle et spirituelle qui défie les conventions narratives traditionnelles, une sorte de cinéma de la transcendance. Dans cette œuvre, Malick pousse à l’extrême son style impressionniste, explorant les thèmes de l’amour humain et divin, de la foi érodée et de la quête de beauté dans un monde matérialiste. C’est une démarche d’une constante recherche de la grace dans l’immatériel. Une recherche de fragments d’une mémoire émotionnelle. Malick transforme en quelque sorte l’acte cinématographique en une philosophie visuelle. Ce film, souvent mal compris à sa sortie en 2012, mérite une analyse spéciale pour saisir sa profondeur et son audace. L’approche de Malick, qualifiée d’« abstraite » par certains critiques, force le spectateur à ressentir plutôt qu’à intellectualiser. Les voix off, chuchotées en de multiples langues (français, espagnol, anglais), ajoutent une dimension introspective, comme si les personnages cherchaient désespérément à verbaliser l’ineffable.

Sur le plan esthétique, Emmanuel Lubezki, directeur de la photographie, offre une palette visuelle éblouissante, voire étourdissante. La lumière est traitée comme un personnage à part entière, des lueurs dorées de Mont Saint-Michel aux tons plombés de l’Oklahoma. La caméra, toujours en mouvement, danse avec les personnages, créant une sensation forte qui symbolise leur désir d’échapper à la pression de la réalité. Cependant, cette beauté est parfois écrasante et risque d’étouffer la simplicité des émotions.

Sur le plan thématique, le cœur du film réside dans son exploration de l’amour sous toutes ses formes. La citation du père Quintana résume cette dialectique : « Il existe un amour comme un ruisseau qui peut tarir, et un amour comme une source jaillissant de la terre. Le premier est humain, le second est divin ». Neil et Marina incarnent ainsi l’amour humain, capricieux, égoïste et éphémère. Leur relation se dégrade dans des espaces domestiques vides, symbolisant leur vide émotionnel. En contraste, le père Quintana cherche l’amour divin, mais traverse une crise de foi, rendue palpable par des plans où il erre dans des quartiers déshérités. Malick suggère ainsi que la grâce divine est offerte, mais doit être accueillie ; une idée renforcée par la scène finale où Marina et Neil se réconcilient sous une lumière irradiante, comme pardonnés malgré leurs failles.

D’une manière générale, les personnages restent des archétypes plutôt que des individus : Neil est opaque et passif ; Marina, une créature libre, réduite à danser pour exprimer sa joie ou sa détresse. Aussi, le film s’inscrit dans un contexte socio-environnemental plus large. Neil travaille à dépister une contamination toxique (plomb, cadmium) dans les sols et l’eau, une métaphore de la corruption invisible qui ronge les relations et la communauté. Les scènes où des résidents décrivent des « substances toxiques sortant des fissures » ou des « enfants devenant étranges »,  créent un contraste saisissant avec les séquences oniriques. Malick semble dire que la quête de beauté et de grâce doit affronter la laideur d’un monde matérialiste, un point souvent négligé par les critiques.

Malick n’offre pas de réponses faciles, mais propose une vision où la grace peut émerger des ruines de l’amour humain. Un film à voir.

FILMOGRAPHIE DE TERRENCE MALICK (LM)

« La balade sauvage » (1973) ; « Les moissons du ciel » (1978) ; « La ligne rouge » (1998) ; « Le nouveau monde » (2005) ; « The Tree of Life » (2011) ; « To The Wonder » (2012) ; « Knight of Cups » (2015) ; « Voyage of Time » (2016) ; « Song to Song » (2017) ; « A Hidden Life » (2019) ; « The Way of The Wind » (2025).