Culture
Cinéma, mon amour de Driss Chouika : « THE MISSION, LA BEAUTÉ DE L'IDÉALISME FACE A LA PUISSANCE DU POUVOIR
Les Portugais, sous couvert de légalité, finissent par réduire les Guaranis en esclavage. Ainsi, "The Mission" montre que la "civilisation coloniale" n’apporte finalement que la destruction. Il ne donne pas de réponse facile. Il montre la beauté de l’idéalisme, mais aussi son impuissance face au réel
Avec The Mission (1986), Roland Joffé signe une fresque historique où l’idéalisme spirituel des jésuites se heurte à la brutalité des empires coloniaux. Driss Chouika revient sur ce film, Palme d’Or à Cannes, porté par les interprétations de Jeremy Irons et Robert De Niro, sublimé par l’image de Chris Menges et la musique d’Ennio Morricone, demeure une méditation poignante sur le destin des Guaranis, la foi et la conscience humaine face à la puissance du pouvoir.

Par Driss Chouika
« "The Mission" est un film sur la façon dont les idéaux se heurtent à la réalité. Les Jésuites croyaient en un monde meilleur, mais ils ont été écrasés par les forces politiques et économiques de leur temps ».
Roland Joffé.
Sorti en 1986 et présenté la même année au Festival de Cannes, où il obtient la Palme d’Or ainsi que plusieurs autre prix prestigieux dont l’Oscar de la Meilleure Photographie pour Chris Menges, ainsi que la Meilleure Musique pour Ennio Morricone au British Film Awards 1987, “The Mission“ de Roland Joffé est un film historique anglais qui traite l’épisode dramatique des jésuites qui avaient été obligés d’abandonner leur mission auprès des Guaranis et, en même temps, relate l’histoire de ces sortes de républiques autonomes créées par ces peuples de la région. Le film explore ainsi les conflits entre colonisation, évangélisation et pouvoir politique dans l’Amérique Latine du XVIIIe siècle.
L’histoire de ce film peut être résumée ainsi : En Amérique Latine du début du XVIIIe siècle, sur les terres des indigènes Guaranis, le frère jésuite Gabriel fonde une mission. A cette époque, dans ces zones amazoniennes aux confins du Paraguay, l’Argentine et le Brésil, sévissait Mendoza, un aventurier mercenaire. Les deux hommes, aux idées et idéaux initialement opposés, vont se retrouver ensemble pour lutter contre la domination de la colonisation espagnole et portugaise de la région.
C’est un film basé sur le traitement d’un thème spirituel et historique dont le réalisateur précise le fondement en disant : « "The Mission" est un film sur la façon dont les idéaux se heurtent à la réalité. Les Jésuites croyaient en un monde meilleur, mais ils ont été écrasés par les forces politiques et économiques de leur temps ».
BEAUTÉ DE L'IDÉALISME ET PUISSANCE DU POUVOIR
Inspiré de faits réels, le récit suit les missionnaires jésuites au Paraguay, confrontés à la fois aux indigènes Guaranis et aux machinations coloniales des empires espagnol et portugais. À travers une mise en scène épique et une bande musicale envoûtante, signée Ennio Morricone, Joffé interroge les limites de la foi, la trahison politique et la violence inhérente à la “civilisation coloniale“. Le traitement choisi par le réalisateur pousse le spectateur à se poser essentiellement la question s’il un plaidoyer humaniste ou une vision désenchantée de l’histoire ? Mais en tout cas, le traitement choisit clairement de confronter la beauté de l’idéalisme à la puissance du pouvoir colonialiste.
Le film s’inspire des réductions jésuites, sortes de républiques autonomes établies par les missions chrétiennes dans les territoires Guaranis pour les protéger de l’esclavage. Cependant, le traité de Madrid de 1750, qui avait transféré ces territoires au Portugal, avait scellé leur destin tragique. Et là, le réalisateur ne s’est pas contenté de relater des faits, mais il montre explicitement l’hypocrisie des puissances coloniales.
Les deux personnages principaux de l’histoire incarnent des réponses opposées à l’injustice du pouvoir colonial : le Père Gabriel, interprété par Jeremy Irons, idéaliste, croit en la non-violence et en la conversion pacifique ; tandis que Mendoza, campé par Robert De Niro, ancien esclavagiste repentant, oscille entre rédemption et révolte armée. Et, point fort du film, leur opposition reflète un dilemme moral saisissant : faut-il accepter le martyre ou combattre l’oppression ?
Sur le plan esthétique, Chris Menges, le directeur de la photographie, sublime les paysages sud-américains ou le film a été tourné, faisant bien ressortir en les contrastant la beauté des missions avec la brutalité des batailles coloniales. La chute des Guaranis depuis une cascade symbolise bien leur innocence brisée. Quant aux mélodies bien tragiques composées par Ennio Morricone, surtout celles qui accompagnent les scènes de communion entre jésuites et Guaranis, et qui se muent en marche funèbre aux moments opportuns, elles contribuent fortement à la sublimation esthétique de l’image. Cette musique souligne réellement l’espoir et son écrasement par la puissance du colonialisme.
Les Portugais, sous couvert de légalité, finissent par réduire les Guaranis en esclavage. Ainsi, "The Mission" montre que la "civilisation coloniale" n’apporte finalement que la destruction. Il ne donne pas de réponse facile. Il montre la beauté de l’idéalisme, mais aussi son impuissance face au réel. Entre foi et politique, entre soumission et rébellion, ce film reste une méditation douloureuse sur le prix de la conscience humaine.
FILMOGRAPHIE DE ROLAND JOFFÉ (LM)
« La déchirure » (1984) ; « Mission » (1986) ; « Les Maîtres de l’ombre » (1989) ; « La cité de la joie » (1992) ; « Les amants du nouveau monde » (1995) ; « Goodbye lover (1998) ; « Vatel » (2000) ; « Captivity » (2007) ; « Au prix du sang » (2011) ; « You and I » (2011) ; « La prophétie de l'anneau » (2013) ; « Forgiven » (2018).
DRISS CHOUIKA