L’écriture impure… Par Samir Belahsen

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Molière dont la langue française n’a pas non plus échappé à l’accusation d’imposture

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« L'écriture c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait rien de ce qu'on va écrire. Et en toute lucidité. »

Marguerite Duras  (1914 - 1996)

« Je dois être entré dans la phase de cristallisations des souvenirs, dont parte Stendhal. Mes souvenirs continuent à briller comme les étoiles mortes. Le passé me semble parfait, le futur n'est pas très sûr, je préfère conjuguer l'irréel du présent. »

Jean-Louis Fournier (1938)

Alexandre Dumas, l'auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, a été accusé d'avoir collaboré avec Auguste Maquet pour écrire ses romans historiques les plus connus. Bien que Maquet ait contribué à la recherche historique et à l'écriture initiale, les tribunaux avaient statué que Dumas était le véritable auteur et lui avaient attribué la majorité des droits d'auteur.

L'écrivain français Honoré de Balzac a également été soupçonné d'avoir collaboré avec d'autres auteurs, bien que la paternité de ses œuvres ne soit pas remise en cause

La collaboration avec d'autres auteurs était plutôt courante à l'époque de Dumas et de Balzac, le travail en équipe était plus accepté. 

Molière non plus n’a  pas échappé à l’accusation. Selon. Une version, il n’aurait pas été l’auteur de ses pièces dont la paternité est attribuée à Pierre Corneille. Cette version qui a d-fait son apparition pour la première fois au début du XXe siècle a suscité des débats intermittents parmi les chercheurs et les amateurs de théâtre.

Bien que cette version soit intéressante, de nombreux historiens et des spécialistes de la littérature s'accordent à croire que Molière est bien l'auteur de ses pièces.

Homère, William Shakespeare, James Patterson, Robert Ludlum et bien d’autres n’ont pas échappé à cette suspicion. 

Mais dans ce registre, la plus croustillante des histoires est celle de Romain Gary. Sa supercherie à lui, superbe et avérée, est d’être l’auteur de ses deux romans qui ont obtenu tous les. deux, contrairement aux règles de l’Académie du « restaurant Drouant » à Paris, le prestigieux prix littéraire français Goncourt. le premier en 1956 pour ‘’Les Racines du ciel"  sous son vrai nom et le second en 1975 pour ‘’La Vie devant soi" sous le pseudo d’Émile Ajar.

Et à propos de ce prix, les frères Goncourt qui tenaient ensemble un célèbre journal à quatre mains.

La co-écriture, à deux, quand elle était déclarée et assumée ne posait aucun problème éthique. 

Les allégations selon lesquelles un écrivain célèbre n'aurait pas écrit, seul, ses propres œuvres sont donc difficiles à prouver et restent souvent spéculatives, même si elles alimentent les débats littéraires.

A l’époque, il s’agissait souvent d’écriture à deux ou à quatre mains mais on parlait aussi d’écriture impure…

L’écriture n’est-elle pas un acte amoureux, peut être le meilleur…Pour Jean Cocteau  « Ecrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas il n'est qu'écriture. »

Pour Sébastien Lapaque, « à deux on ose beaucoup plus de choses et les imaginations mises en commun ne s’additionnent pas, elles se multiplient. »

Alors peut-on parler de co-écriture entre l'homme et l'intelligence artificielle ? 

S’agit-il d’une écriture impure ?

Cela soulève des questions éthiques importantes à prendre en compte.

L'IA peut être un outil puissant et utile pour faciliter l'écriture en générant des idées de personnages, de scénarios, en faisant des suggestions de style et de syntaxe. 

Cependant, elle ne peut pas remplacer l'intuition, l'expérience et la perspective unique des écrivains humains. L'authenticité et l'originalité restent essentielles dans la création littéraire, la touche humaine reste indispensable pour créer des œuvres originales et captivantes.

Certaines technologies d'IA permettent , même, désormais d'imiter parfaitement l'écriture manuscrite d'une personne. Tout cela ouvre la porte à des dérives potentielles comme la création de faux ou la violation des droits d'auteur. 

Une réflexion éthique est nécessaire pour trouver un équilibre entre l'innovation technologique et la protection des droits des créateurs humains. 

Une communication honnête avec le public sur l'utilisation de l'IA dans le processus créatif est plus qu’essentielle.

Des codes de déontologie devraient être établis pour encadrer l'utilisation de l'IA en écriture : transparence sur la nature des contributions de l'IA, respect des droits d'auteur, interdiction de l'usurpation d'identité, etc. 

Si certains pays ont déjà commencé à légiférer sur ces questions, il est clair qu’avec l’abolition technologique des frontières, seules des conventions internationales peuvent assurer une protection efficace. 

Les organisations professionnelles des journalistes, des écrivains , romanciers, poètes et des musiciens tardent à penser la question et donc à agir. 

La vague leur parait trop forte …

Il reste que si la co-écriture homme-IA est aujourd’hui une réalité quasi universelle, elle devrait pouvoir se faire dans un cadre éthique strict pour préserver l'intégrité du processus créatif et les droits des auteurs. 

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