Mémoire, patrimoine et création, voyage au cœur des musées de Casablanca - Par Mohamed Aswab

Mémoire, patrimoine et création, voyage au cœur des musées de Casablanca - Par Mohamed Aswab

La Villa Carl Ficke a été transformée en Musée de la Mémoire de Casablanca

1
Partager :

À Casablanca, l’offre muséale s’étoffe et se diversifie, entre nouveaux établissements, lieux de mémoire et valorisation du patrimoine. Mohamed Aswab (MAP) fait le tour du Musée de la Photographie et des Arts Visuels à la Villa Carl Ficke, en passant par Dar Al Ala, le Musée du judaïsme marocain et le parc archéologique de Sidi Abderrahmane.

Au quartier des Habous, Dar Al Ala est bien plus qu’un musée où sont exposés des instruments de musique andalouse

Par Mohamed Aswab - MAP

Casablanca - Formidable foyer de création, l’offre muséale à Casablanca ne cesse de se développer et de se diversifier à la faveur de l’ouverture de nouveaux établissements et de la valorisation d’espaces dédiés à la mémoire, au patrimoine et aux différentes expressions artistiques.

Cette dynamique, qui vient enrichir le paysage culturel de la ville, s’illustre notamment par l’ouverture, au cours de cet été, du Musée de la Photographie et des Arts Visuels et, un an auparavant, du Musée de la Mémoire de Casablanca, deux espaces qui renforcent le positionnement de la métropole en tant que destination culturelle.

Le Musée de la Photographie et des Arts Visuels s’élève au cœur de l’ancienne médina de Casablanca

Conçu par le célèbre architecte japonais Tadao Ando, dont il constitue l’unique réalisation sur le continent africain, le Musée de la Photographie et des Arts Visuels s’élève au cœur de l’ancienne médina de Casablanca, où son architecture contemporaine s’intègre harmonieusement au tissu historique. Confié à la Fondation Nationale des Musées (FNM) à la suite d’une convention de partenariat signée en janvier 2026, cet espace ouvert et inclusif accueillera expositions, conférences, rencontres et manifestations artistiques. Il ambitionne de favoriser l’accès à l’art et à la culture, notamment auprès des jeunes, tout en contribuant au rayonnement culturel de Casablanca et du Royaume.

Autre venue récente dans le paysage muséal de la métropole, la Villa Carl Ficke a été transformée en Musée de la Mémoire de Casablanca, offrant à la ville un espace consacré à la préservation et à la valorisation de son histoire et de son patrimoine. Construite au début du 20è siècle par le commerçant allemand Carl Ficke, la villa accueille désormais des expositions temporaires et des événements culturels.

L’expérience muséale se prolonge sur son esplanade, où œuvres d’art et espaces de verdure font du lieu un véritable musée à ciel ouvert, conjuguant mémoire, création artistique et ouverture sur la ville.

Fruit d’un partenariat entre la FNM, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, la Commune de Casablanca et l’arrondissement de Mers Sultan, avec le soutien de la Wilaya de la région Casablanca-Settat et du Conseil de la région, ce projet traduit la volonté de renforcer l’attractivité culturelle de la métropole.

Pour le président de la Fondation Nationale des Musées, Mehdi Qotbi, Casablanca occupe une place de choix dans la dynamique de développement muséal engagée à l’échelle du Royaume. "Capitale économique du Maroc, carrefour des échanges et métropole en perpétuelle transformation, Casablanca est aussi un formidable foyer de création et d’expression artistique", souligne M. Qotbi dans une déclaration à la MAP, relevant que son dynamisme, son histoire, sa diversité et son ouverture sur le monde en font "un territoire privilégié pour porter des projets culturels d’envergure".

C’est dans cette perspective, explique-t-il, que la Fondation a engagé plusieurs projets structurants, dont le Musée de la Mémoire de Casablanca et le Musée de la Photographie et des Arts Visuels, conçus comme "de véritables espaces de rencontre et de dialogue", ouverts sur la ville, sa médina, ses habitants et sa jeunesse. Ces institutions ont vocation, poursuit-il, à faire dialoguer patrimoine et création contemporaine, mémoire et innovation, tout en rendant la culture accessible à tous. "Notre ambition est de faire de Casablanca une grande destination culturelle à l’échelle africaine, méditerranéenne et internationale", affirme le président de la FNM, estimant que la métropole possède tous les atouts pour devenir "une véritable capitale de la photographie".

Aux côtés de ces projets, Casablanca dispose d’établissements qui œuvrent depuis plusieurs années à la sauvegarde et à la transmission de différentes facettes du patrimoine marocain.

Au quartier des Habous, Dar Al Ala est bien plus qu’un musée où sont exposés des instruments de musique andalouse. Le lieu invite le visiteur à un voyage dans l’histoire de cet art séculaire profondément ancré dans la culture marocaine.

Installée dans une ancienne demeure restaurée et transformée en musée en 2010 à l’initiative de l’Association des Amateurs de musique andalouse, Dar Al Ala abrite notamment des instruments anciens et des manuscrits chargés d’histoire. Cette collection s’est constituée au fil des décennies depuis la création de l’Association en 1958, grâce notamment à des instruments offerts par des virtuoses de la musique andalouse ou acquis au fil des années, avant que ne s’impose l’idée de réunir et d’exposer ce patrimoine dans un musée.

Autre institution emblématique de la métropole, le Musée du judaïsme marocain, situé au quartier Oasis, témoigne depuis sa création en 1997 de l’attention accordée à la préservation du patrimoine hébraïque marocain et, plus largement, des différentes composantes de la mémoire nationale.

Le musée abrite une riche collection comprenant notamment habits et bijoux traditionnels, robes de mariage provenant de différentes régions du Royaume, manuscrits et documents historiques, objets liés aux métiers exercés par les juifs marocains, ainsi que des archives musicales et cinématographiques. Les visiteurs peuvent également y découvrir des témoignages du patrimoine musical judéo-marocain, avec notamment des enregistrements de grandes figures comme Salim El Hilali, Sami Al Maghribi ou Zahra El Fassia.

Créé et géré par la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain, le musée retrace ainsi différentes dimensions de la vie professionnelle, familiale, culturelle et religieuse des juifs marocains, tout en constituant un espace de transmission des valeurs de coexistence et de tolérance qui ont marqué l’histoire du Royaume.

La diversification de l’offre culturelle passe également par la valorisation des sites archéologiques. Le parc archéologique de Sidi Abderrahmane, ouvert au public il y a près d’un an, vient ainsi enrichir le paysage patrimonial de Casablanca en permettant de découvrir un site majeur de la préhistoire marocaine. Son ouverture marque une nouvelle étape dans la mise en valeur de ce patrimoine et offre aux passionnés d’histoire, aux jeunes et au grand public un espace d’apprentissage, de découverte et de transmission.

Du patrimoine préhistorique à la photographie contemporaine, en passant par la mémoire urbaine, la musique andalouse et l’héritage judéo-marocain, ces différents espaces dessinent ainsi une offre culturelle de plus en plus diversifiée, où le musée se veut non seulement un lieu de conservation, mais aussi un espace de découverte, de transmission et de dialogue ouvert sur la ville et ses habitant