Coronavirus : On ne peut pas gagner un match de football uniquement en défendant, on doit attaquer

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Testez à tout bout de champ !  C’est en substance la recommandation du directeur général de l’OMS. Pour bien préciser cet appel aux autorités de tous les pays, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné : « Nous ne pourrons pas stopper cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté ». 

Ancien ministre des Affaires étrangères éthiopien, mais aussi ancien ministre de la santé, né en Érythrée, il est depuis les débuts sur le front mondial de la pandémie. Pendant un moment récalcitrant à la qualifier de telle, il se rattrape en multipliant les alertes : « Nous pouvons changer la trajectoire de cette pandémie", mais « vous ne pouvez pas gagner un match de football uniquement en défendant. Vous devez également attaquer". Celui qui est patron de l’OMS depuis près de trois ans, il a été élu 1er juillet 2017, docteur en santé communautaire, entendait par-là que le confinement, pratiquement appliqué dans 70 pays, est une mesure défensive qui, si ele est nécessaire, n’est pas du tout suffisante.

Pris au dépourvu, ou espérant que l’épidémie se cantonnerait en Chine et ne se transformerait pas en pandémie, le cas le plus notoire de cette attitude étant l’américain Donald Trump, la plupart des Etats ont réagi tardivement et dû « bricoler » des réponses au pied levé pour riposter à une attaque virale qui s’est avérée, selon certain plus insidieuse, selon d’autres exagérée.

Pour avoir trainé les pieds, à moins que ce ne soit à dessein, comme le prétendent les conspirationnistes, pour se débarrasser de ses vieux (l’âge moyen des décédés y est de 79,5 ans), l’Italie, talonnée par l’Espagne, est devenue le nouvel épicentre de la pandémie avec, au 26 mars à 0 H, 74.051 cas, dont 7.503 décès et 9.362 cas de guérison.

La France, qui se vantait posséder l’un, si ce n’est le meilleur système de santé au monde, occupe la troisième position. A la même date elle affichait au compteur 29 155 cas confirmés pour 1596 décès

Les trois pays ont en commun d’avoir montré de grandes limites dans leur capacité à prendre en charge un mal qui, quelle qu’en sera l’ampleur finale, est en train de remettre en cause les dogmes régissant le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. 

Seule l’Allemagne sort du lot avec un rapport infections-décès relativement bas par rapport à ses voisins et partenaires européens (37.323 cas, 206 décès et 3.547 guérisons le 26 mars à 0 H). Au point qu’elle se permet le luxe de soulager l’Italie et la France en accueillant dans ses structures hospitalières des malades italiens et français du covid-19.

Plus un manque de moyens qu’une erreur d’approche

Un nombre de lits d’hôpitaux par habitant supérieur aux autres grands pays européens, un dépistage à grande échelle permettant un confinement mieux ciblé, un nombre de cas répertoriés qui la placent juste derrière l’Italie mais un nombre de décès exceptionnellement bas lui ont permis au pays d’Angela Merkel d’afficher jusqu’à maintenant des rapports flatteurs. 

Si l’Italie et l’Espagne ont été débordées, tandis que la France semble sur le point de les rejoindre, c’est en grande partie dû à leur incapacité à tester largement les populations pour apporter les réponses adéquates. La réservation des tests aux cas présentant des symptômes apparentés au Covid-19, écartant de facto les asymptomatiques, répondait en réalité plus à une faiblesse de moyens qu’à une stratégie d’endiguement réfléchie et choisie.

La France avec 5000 tests/jour trahissait une impréparation criante alors qu’elle voyait venir la contagion. Et ce n’est qu’à la fin cette semaine, sinon plus tard, que les Français pourront être prêts à un dépistage plus large allant jusqu’à 29 mille tests/jour selon son directeur de la santé, ce qui, quoi qu’il en soit, reste en deçà des besoins.

En plus des problèmes de disponibilité des moyens et des insuffisances des infrastructures sanitaires, sachant qu’on parle de la cinquième puissance économique mondiale, l’improvisation politique et des querelles de chiffonniers sous-tendent la lutte française contre le coronavirus. Des alertes de l’ancienne ministre de la santé confessées a postériori à l’organisation du premier tour des municipales, de la stupide polémique autour de la chloroquine en pleine traversée du guet à l’incapacité de rapatrier dans des délais convenables les 120 mille français se trouvant à l’étranger et demandant à rentrer chez eux, on ne peut pas dire que Paris a brillé par une réactivité infaillible dans son processus de décision et de gestion.

De ces différentes situations, le patron de l’OMS retient que la plus payante des stratégies est celle qui allie confinement et large application de tests. 

Et c’est là que le bât blesse : Si en dépit du rang qu’ils occupent au sein du G7, ni l’Italie ni la France, ni l’Espagne un cran au-dessous, n’ont pas été capables de déployer une véritable politique et des moyens efficients donne une idée de ce qu’est et saura la situation dans les pays autrement moins développés.

Pour une riposte mondiale

Ce que présage ce constat a amené le directeur général de l’OMS et le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, Mark Lowcock, à publier dans plusieurs grands supports internationaux (dont Le Monde français) une tribune où ils mettent l’accent sur la nécessité pour les États de se montrer solidaires face au coronavirus.

« Alors que les citoyens à travers l’Europe, les États-Unis et d’autres pays riches prennent des mesures pour se confiner et protéger les personnes les plus vulnérables, écrivent les deux responsables internationaux, les gouvernements doivent aussi agir sur ce qui se passe dans d’autres parties du monde s’ils veulent mettre fin à cette pandémie. Le virus commence à se propager dans les pays aux systèmes de santé les plus fragiles malgré les efforts des gouvernements et de la société pour le contenir (…)

Partant d’un constat évident, mais qui ne l’est pas pour tous, le Britannique Boris Johnson ayant été longtemps récalcitrant, Tedros Adhanom Ghebreyesus et Mark Lowcock affirment que « si nous laissons le corona virus se propager librement dans ces endroits, des millions de personnes seront en danger, des régions entières seront plongées dans le chaos, et le virus aura la possibilité de continuer à faire le tour du monde. Les pays qui luttent contre la pandémie chez eux accordent à juste titre la priorité à leurs citoyens. Mais la dure réalité est qu’ils ne parviendront pas à protéger leur propre peuple s’ils n’agissent pas pour aider les pays les plus pauvres à se protéger contre le Covid-19. Ce virus ne connaît pas de frontières et nous ne sommes pas plus forts que le système de santé le plus fragile (…)

« Ne pas aider les pays les plus pauvres du monde à combattre le Covid-19, ajoutent-ils, serait à la fois cruel et imprudent. Nos équipes travaillent sans relâche pour lutter contre cette pandémie. L’OMS travaille avec les gouvernements et l’industrie pour accélérer la production d’équipements de protection individuelle. 

« En quelques semaines, ce virus a tué des milliers de personnes, ravagé l’économie mondiale et bouleversé d’innombrables vies. Nous devons faire tout notre possible pour conserver une longueur d’avance sur le Covid-19. Les Nations unies lancent donc un plan de réponse humanitaire majeur pour financer la lutte contre le virus dans les pays les plus vulnérables du monde (...)

« Nous demandons aux gouvernements de faire deux choses. Premièrement, d’apporter le soutien le plus ferme (au) plan mondial de réponse humanitaire. Cela ne fonctionnera que s’il est correctement financé. Deuxièmement, de maintenir le financement des plans de réponse humanitaire et pour les réfugiés qui existent déjà. Détourner leur financement créerait un environnement dans lequel le choléra, la rougeole et la méningite pourraient prospérer, dans lequel encore plus d’enfants souffriraient de malnutrition, et dans lequel les groupes extrémistes pourraient prendre le contrôle. Cela élargirait la zone de reproduction du coronavirus. » 

Le directeur de l’OMS et le secrétaire général adjoint des Nations Unies en arrivent ainsi à trancher le débat : « il ne peut y avoir de demi-mesures. Le Covid-19 menace toute l’humanité. L’humanité entière doit riposter. »