Décès de Donald Rumsfeld, un homme que les Irakiens ne regretteront pas

Décès de Donald Rumsfeld, un homme que les Irakiens ne regretteront pas

George W. Bush, à l'époque président américain, et Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, à Arlington, en Virginie, le 14 octobre 2006

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Quid avec AFP

Donald Rumsfeld, s’il n’avait pas été américain, il aurait été passible du Tribunal Pénal International pour crime de guerre. La mort de centaines de milliers d’Irakiens, la destruction de l’Irak ramené deux siècles en arrière selon la fameuse déclaration de Madeleine Albright, c’est en partie lui.

Faucon et chef du Pentagone sous George W. Bush, architecte effronté de la guerre d'Afghanistan et de l'invasion de l'Irak, est décédé à 88 ans. L’histoire, quand elle aura tourné, gardera de lui d’un homme qui n’a reculé devant rien pour imposer au monde ce que l’ancien chef de la diplomatie française, Hubert Védrine, appellera l’hyperpuissance américaine. 

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Donald Rumsfeld devant un bombardier B2 sur une base aérienne près de Knob Noster, dans le Missouri, le 19 octobre 2001

Ancien pilote de l'aéronavale, M. Rumsfeld a été le ministre de la Défense de deux présidents -- Gerald  Ford et George W. Bush -- à deux époques très contrastées: la Guerre froide et les années de la "guerre contre le terrorisme", pseudonyme d’une guerre, lancée par M. Bush, par le mensonge et la manipulation des images satellites, pour redessiner la carte du Grand Moyen Orient et imposé définitivement l’ordre américain et réaliser la pseudo prédiction de Franics Fukuyama, la Fin de l’Histoire.

Donald Rumsfeld a conduit la guerre en Afghanistan à l'automne 2001, après les attentats du 11-Septembre, et a supervisé l'invasion de l'Irak en 2003.

Son image est aussi restée associée au scandale de la prison d'Abou Ghraib, révélé en avril 2004. Des photos de prisonniers irakiens torturés et humiliés par des militaires américains avaient provoqué une indignation mondiale.

Rumsfeld avait alors offert une première fois sa démission à George W. Bush, qui l'avait refusée.

Hommage de Bush -

Bush fils, dont il a été l’homme de main, lui rendu un vibrant hommage, pouvait-il en être autrement. "Il restera peut-être dans l'Histoire pour ses réalisations extraordinaires au cours de six décennies de service public" , a-t-i déclaré, mais "ceux qui le connaissaient le mieux" se souviendront "de son amour indéfectible pour sa femme Joyce, sa famille et ses amis et de l'intégrité qu'il a apportée à une vie dédiée à son pays", ont déclaré mercredi ses proches dans un communiqué, sans indiquer les causes de sa mort.

L'ancien secrétaire à la Défense est décédé à Taos, dans l'Etat du Nouveau-Mexique.

"Les Etats-Unis sont plus sûrs" grâce à Donald Rumsfeld, a salué l'ancien président George W. Bush. 

"Nous pleurons un fonctionnaire exemplaire, un homme très bon" [sic], a-t-il ajouté.

Avocat d'une Amérique forte et sans état d'âme face au reste du monde, le rapide renversement du régime des talibans en Afghanistan lui avait donné une forte stature au sein de l'administration Bush. Il a pu ainsi reléguer dans l'ombre le département d'Etat et son responsable le général Colin Powell qui lui a servi au Conseil de sécurité de l’ONU pour faire croire, avec des images qui auraient pu tout aussi être des radiographies thoraciques, et un toupet sans bornes que l’Irak détenait des armes de destruction massive. 

Mais sa réputation avait été ternie par l'enlisement de l'armée américaine en Irak, qui lui coûtera finalement son poste en 2006, à l'âge de 74 ans.

Il était notamment critiqué pour ne pas avoir prévu de plan pour l'après-guerre et avoir mal évalué le nombre de troupes américaines nécessaires pour occuper l'Irak. Des conséquences de cette guerre sur la région, on ne retiendra bien évidemment rien contre lui

Au final, tout comme l'ancien vice-président Dick Cheney, dont il était très proche. Rumsfeld est resté l'un des visages les plus impopulaires pour les uns, les plus détestés pour les autres, de la présidence Bush.

Combatif et arrogant

Connu pour sa combativité mais aussi ses nombreuses gaffes, il affichait une arrogance qui l'avait rendu impopulaire parmi les militaires et dans le monde politique.

Il avait ainsi suscité jusqu’au sein de ses alliés européens des grincements de dents en rangeant l'Allemagne et France dans "la vieille Europe" et avait embarrassé le Premier ministre Tony Blair en envisageant de combattre en Irak sans les Britanniques. 

Avant de diriger le Pentagone de 2001 à 2006, Donald Rumsfeld avait occupé ce poste de 1975 à 1977. La première fois, il était le plus jeune ministre de la Défense, et à son retour en 2001, il était devenu le plus vieux.

Riche industriel, il avait été rappelé par George W. Bush pour notamment doter les Etats-Unis d'un système de défense antimissile.

"Ces six ans, cela représente un certain temps. Cela me rappelle la déclaration de Winston Churchill : « j'ai profité grandement des critiques et à aucun moment je n'en ai manqué+", avait-il déclaré en 2006.

Champion de lutte, il fut jeune représentant au Congrès, puis ambassadeur américain à l'Otan (1973-1974), avant d'être secrétaire général de la Maison Blanche sous Gerald Ford (1974-75) et candidat à l'investiture du parti républicain pour la présidentielle de 1988.