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Iran : La conspiration du silence 3/4 - Par Seddik Maaninou
Porte-avions USS Gerald R. Ford, lors de l'opération Epic Fury, le 8 mars 2026: le monde acceptera-t-il longtemps que, en dehors du droit, deux États membres des Nations unies punissent un autre État membre, détruisant ses infrastructures et éliminant ses dirigeants ?
Alors que la guerre s’étend à l’ensemble de la région, la situation humanitaire se dégrade et les interrogations s’intensifient quant aux véritables objectifs du conflit. Seddik Maaninou revient dans cette troisième chronique sur la destruction massive, et s’interroge sur le silence international et la logique de puissance, alors le Moyen-Orient bascule dans une zone d’incertitude durable.

Seddik Maaninou
Une tragédie humaine à grande échelle
La guerre s’est élargie pour englober toute une région. Les populations vivent dans la peur et la gêne, tandis que des vagues de déplacés fuient les bombardements et leurs conséquences.
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Il s’agit d’une tragédie humaine à tous les niveaux. Israël a violé le territoire iranien et frappé l’ensemble des infrastructures vitales. Le différend ne porte plus seulement sur les laboratoires nucléaires, les plateformes de lancement de missiles ou les installations militaires. Il apparaît clairement que l’objectif réel est la destruction de ce que le peuple iranien a construit malgré le blocus et les sanctions.
Une guerre hors la loi
En violation de tout cadre légal international, en dehors des systèmes des Nations unies, sans aucune résolution du Conseil de sécurité et en défi flagrant des normes diplomatiques, Israël et les États-Unis poursuivent l’usage de la force. Ils détruisent les infrastructures et les centres de décision en Iran, ainsi que des bâtiments civils sans lien avec le nucléaire ou les missiles.
La vengeance
Si de nombreux médias américains et européens soutiennent les opérations militaires israélo-américaines, des voix encore timides commencent à condamner cette initiative, dénonçant les bombardements de civils et la poursuite des frappes aériennes.
L’opinion publique internationale, tout en ayant condamné les attaques iraniennes contre les pays du Golfe et d’autres États de la région, exprime de plus en plus un malaise face à une guerre dont les objectifs réels restent obscurs. Un courant critique se développe, alimenté par le sentiment d’une disproportion dans le ciblage d’infrastructures iraniennes sans lien direct avec la puissance militaire.
Ainsi, la guerre s’est transformée en une opération de représailles systématique contre le peuple iranien, héritier d’une longue histoire, induisant une question fondamentale : l’objectif final de ce conflit est-il en train de dériver vers une aventure militaire prolongée, dont les flammes et les colonnes de fumée pourraient embraser toute la région et compromettre toute perspective de paix ?
Des vérités reconnues, mais des limites à ne pas franchir
Il est vrai que l’Iran s’est aligné sur les adversaires de notre intégrité territoriale, qu’il a financé et armé des séparatistes et soutenu l’Algérie dans son hostilité à l’égard de notre pays.
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Il est également vrai qu’il était nécessaire pour le Maroc de rompre tout contact avec l’Iran, de condamner ses manœuvres contre le Royaume et de lui opposer la fermeté requise.
Il est enfin vrai que les attaques injustifiées contre les pays du Golfe ont suscité notre inquiétude et qu’il était de notre devoir de faire preuve de solidarité envers nos partenaires, liés par des relations d’amitié et de coopération.
Tout cela est exact. Mais cela signifie-t-il que nous devons accepter ce qui se déroule aujourd’hui dans la région, à savoir la poursuite d’une guerre qui ne produit que destruction et morts ? Devons-nous garder le silence face à la dévastation du peuple iranien et à la destruction de ses infrastructures civiles, sachant que ce qui est détruit appartient au peuple et non à des dirigeants jugés injustes ?
Le silence constitue un mandat donné au plus fort pour écraser le plus faible. Or, nul ne sait qui sera le prochain à se retrouver dans cette position.
Vers un ordre régional dominé par Israël
La violence inédite de cette guerre laisse penser que son objectif réel est de permettre à Israël de prendre le contrôle du Moyen-Orient et d’imposer une domination totale, au détriment notamment du peuple palestinien.
Israël pourrait étendre ses zones de colonisation, poursuivre la construction de colonies et ouvrir la voie aux courants les plus extrémistes, empêchant l’expression de toute voix palestinienne, même modérée et pacifique.
Les pays de la région vivraient alors sous la crainte d’une puissance militaire aux capacités étendues, agissant en dehors des normes internationales. Israël réalisera-t-il ainsi le projet de ses théoriciens sionistes d’un « Grand Israël » ?
Les États-Unis pourraient alors trouver dans ce contexte un avantage stratégique en se concentrant davantage sur la Chine, leur rival majeur, une fois sous-traitant à Israël encore plus la maîtrise, au profit des Américains, des ressources pétrolières, moteur de l’économie mondiale.
La primauté de la force
Quelles que soient les analyses, optimistes ou pessimistes, une question fondamentale s’impose : le monde acceptera-t-il que, en dehors du droit, deux États membres des Nations unies punissent un autre État membre, détruisant ses infrastructures et éliminant ses dirigeants ?
Une autre interrogation se pose : ce précédent deviendra-t-il une règle applicable à chaque différend entre États ?
Que se passerait-il en cas de conflit entre Le Caire et Tel-Aviv ? Ou entre l’Arabie saoudite et Israël ? Les différends seraient-ils réglés par des bombardements et l’exploitation de la supériorité militaire ?
Dans ce cadre, les États-Unis interviendront-ils militairement comme bien leur semble pour renverser tout régime opposé à leur politique ?
Autant de questions auxquelles il est difficile d’apporter des réponses définitives à ce stade, mais qui s’imposent désormais avec insistance.