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Iran, anatomie d’un conflit : L’Empire 1/4 – Par Seddik Maaninou
A travers des mouvements proxys dans le cadre d’une stratégie expansionniste reposant sur une doctrine de colonisation idéologique, religieuse et politique, l’Iran s’est particulièrement distingué par une politique d’ingérence agressive (Photo AFP)
Dans cette chronique intitulée L’empire, la première d’une série de quatre, Seddik Maaninou propose une lecture géopolitique de la guerre qui embrase à nouveau le Moyen-Orient. À travers une analyse mêlant histoire récente, rivalités stratégiques et dynamiques idéologiques, il revient sur l’évolution du régime iranien, son projet nucléaire et sa stratégie d’influence régionale. Il interroge également les logiques de puissance à l’œuvre dans le conflit, notamment le rôle d’Israël et des États-Unis dans un ordre international marqué par l’hégémonie américaine.

Seddik Maaninou
Voici que la guerre éclate de nouveau au Moyen-Orient. Comme si le destin avait écrit que cette région doit vivre en permanence au milieu du sang et des larmes. Et voilà que les avions israéliens et américains bombardent la République d’Iran et assassinent nombre de ses dirigeants et responsables, civils et militaires. Grâce à la puissance de leurs services de renseignement et à l’ampleur de la trahison à l’intérieur de l’Iran, ils ont même pu supprimer le Guide suprême, le gouvernant absolu de l’Iran, premier responsable de ce que subissent les Iraniens et Iraniennes : oppression, restriction des libertés, encadrement de la société, exploitation de la religion, propagation du népotisme, privation des femmes de leurs droits et expansionnisme à l’international.
La bombe
Autant de facteurs qui ont suscité la suspicion à l’égard de l’Iran et conduit à observer attentivement l’évolution des événements dans ce pays. Ce qui a particulièrement attiré l’attention, c’est sa détermination à rejoindre le club des États possédant l’arme nucléaire. Grâce à ses scientifiques et à ses laboratoires, il a réussi à progresser dans la production d’uranium enrichi, qui mène à la possession de l’arme absolue. Pendant plusieurs années, cette dynamique vers le nucléaire a suscité les craintes des États voisins, un refus absolu d’Israël, une surveillance américaine de près, et des tentatives internationales pour s’assurer que l’enrichissement n’atteindrait pas le niveau permettant de fabriquer la bombe sale.
L’enfer
L’Iran a naturellement ressenti une forme d’hostilité de ses voisins et des grandes puissances, nourrissant le sentiment d’un encerclement bien réel, non seulement militaire, mais également et surtout économique. Les Iraniens ont ainsi subi la pression de longues années de sanctions quotidiennes imposées à leur pays, transformant leur vie quotidienne en enfer — un enfer économique éprouvant et un enfer politique étouffant. Dans ce contexte difficile, une opposition intérieure embryonnaire apparaîtra et se renforcera en réaction à la répression policière et aux abus des Gardiens de la Révolution. Pour faire face à ces pressions, l’Iran cherchera à contourner le blocus, la surveillance et les sanctions en créant des zones d’influence religieuse, politique et de renseignement.
L’expansion
L’Iran exploitera ces zones, à travers des mouvements proxys dans le cadre d’une stratégie expansionniste reposant sur une doctrine de colonisation idéologique, religieuse et politique. A ces bras armés, il apportera les financements, l’armement et l’expertise, les transformant en filiales soumises à Téhéran, prêtes servir ses besognes dans la région. L’Iran utilisera le chiisme et ses accumulations historiques fondées sur la confrontation et le conflit, et profitera également de la cause palestinienne pour manipuler la sensibilité émotionnelle des non-chiites, élargissant ainsi le nombre de ses partisans et soutiens.
L’influence
Progressivement se sont formées des zones d’influence iranienne aux dépens de certains États, de leur sécurité et de celle de leurs citoyens. Ces proxys armés, outrepassant la souverianeté des pays ; se sont transformés en États dans l’État, avec leurs partis, leurs armées, leurs services de renseignement et leurs positions politiques. Ce phénomène s’est manifesté au Liban avec le Hezbollah, à Gaza avec le Hamas, au Yémen avec les Houthis, et en Syrie avec le régime d’Assad. En Irak, compte tenu de la présence de lieux saints chiites comme Karbala et d’autres, la communauté chiite irakienne a rejoint les partisans de l’Iran, entraînant dans son sillage des confrontations fragilisant l’unité du pays, sous Saddam Hussein et plus encore après la chute de son régime. Ils ont fini par constituer des vecteurs importants pour l’influence iranienne, produisant un écho retentissant de ses choix idéologiques, religieux et politiques ; au point d’entrer le cas échéant en conflits armés avec les dirigeants des pays où ils opèrent.
L’infiltration
Par l’intermédiaire de ses proxys, les services de renseignement iraniens ont réussi à pénétrer la profondeur intellectuelle et émotionnelle des non-chiites, influençant une frange de la société de nombreux pays profondément sunnites qui en sont venue à croire que le salut viendra de l’Iran et que la prochaine révolution dépend de la soumission au Guide suprême de Téhéran. C’est, entre autres, le cas su Maroc où l’Iran a tenté dès les années 1990 d’infiltrer la société à travers diverses activités, via son ambassade à Rabat ou par des approches limitées dans certains milieux. C’est notamment en raison de cette ingérence dans les affaires marocaines, que Rabat a rompu les relations diplomatiques avec l’Iran.
Le séparatisme
L’Iran s’est intéressée à la question du Sahara, et y a vu le moyen de prendre pied en Afrique du Nord. Penchant pour la thèse algérienne, Téhéran s’est mis à aider financièrement et militairement les séparatistes. Le ministre iranien des Affaires étrangères a même visité les camps de Tindouf et interrogé les prisonniers marocains qui y étaient détenus. Le pilote marocain Ali Najjah raconte dans ses mémoires qu’un échange virulent l’avait opposé au ministre iranien, qui aurait tenté de le réprimer et de l’humilier.
La guerre
La guerre a donc éclaté de nouveau. Et bien qu’aucun être humain ne puisse s’en réjouir où qu’elle ait lieu, la guerre étant le visage laid et ignorant de l’homme qui l’a depuis l’aube des temps conçue comme l’ultime recours aux problèmes complexes, celle qui oppose l’alliance israélo-américaine à l’Iran était inéluctable et programmée de longue date. Je ne pense pas qu’elle résoudra les problèmes de la région, et je ne prévois pas la chute du régime iranien à court terme ; il pourrait même aller aux violences extrêmes s’il se sent acculé et sans perspective. Mais à l’arrivée, le bénéficiaire de cette guerre reste Israël, qui gagnera en puissance, en autoritarisme et en oppression du peuple palestinien — Israël, l’enfant gâté de l’Amérique, qui œuvre aussi à implanter des relais à travers le monde et s’appuie sur des lobbies influents dans les décisions politiques. Le deuxième bénéficiaire est l’Amérique, qui a clairement affirmé, qu’elle soit républicaine ou démocrate, qu’elle est un empire avec des ambitions de domination mondiale. En intervenant maintenant, elle confirme sa supériorité militaire, en plus de sa domination économique, scientifique et technologique, avec en ligne de mire une autre confrontation à venir avec sa grande rivale du moment, la Chine.
L’ère Américaine
Nul doute que l’ère américaine est aujourd’hui à son apogée. Washington, telle la Rome antique au summum sa puissance, impose ses conditions et ses objectifs. Tout au long du siècle dernier, l’Amérique alignait guerre après l’autre et s’inscrivait dans une suite interminable d’intervention. Aucune de ces guerres n’avait pour théâtre son propre territoire, Pour les Américains, même quand ils se déclarent réfractaires, la guerre semble un moyen d’expansion et de domination accrue. Mais l’histoire raconte que la super ou hyper puissance est un cycle qu’à force d’user des puissance couve son déclin et enfante sa chute.
Jeudi 5 mars 2026