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Iran : Vers la guerre de la terre brûlée ? 2/4 Par Seddik Maaninou
18 mars 2026.Le président Trump, suivi du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, se rend à la base aérienne de Dover pour rendre hommage à six militaires américains qui ont trouvé la mort la semaine dernière lors du crash d'un avion ravitailleur dans l'ouest de l'Irak. (Photo AFP)
Pendant le mois de Ramadan, les Iraniens ont vécu sous les frappes israélo-américaines, dans le cadre d’une guerre dont les objectifs réels demeurent flous. Dans cette deuxième chronique d’une série de quatre, Seddik Maaninou navigue entre discours officiels, évolutions stratégiques et contradictions apparentes, pour comprendre un conflit qui semble évoluer sans ligne directrice claire, révélant une dynamique où les finalités changent au gré des événements.

Seddik Maaninou
Une guerre aux objectifs indéfinis
Les Iraniens ont traversé le mois sacré du Ramadan sous les bombardements israélo-américains, dans une guerre dont personne ne semble réellement connaître l’objectif final. Habituellement, dans les conflits, qu’ils soient majeurs ou limités, les buts sont clairement définis dès le départ : les plans annoncés, les armées mobilisées pour les exécuter, et les appareils médiatiques chargés de les promouvoir.
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Mais ce qui se déroule aujourd’hui en Iran apparaît différent. Le but ultime de cette guerre reste obscur. La question nucléaire constitue-t-elle le véritable enjeu ? Il faut rappeler que la justification principale de cette offensive repose sur la volonté d’empêcher l’Iran de poursuivre l’enrichissement de l’uranium, perçu comme une étape vers l’acquisition de capacités nucléaires.
Des frappes ciblant l’infrastructure nucléaire
Pour atteindre cet objectif stratégique, les États-Unis et Israël ont ciblé de nombreux laboratoires et installations où se poursuivait le processus d’enrichissement, malgré leur enfouissement en profondeur. Lors de la première vague d’attaques, Washington a utilisé des bombes lourdes contre ces sites. Le président américain a affirmé avoir « détruit, jusque dans les profondeurs du sol, toutes les installations nucléaires iraniennes. »
Cette déclaration pose toutefois une question centrale : cet objectif a-t-il réellement été atteint ? Les tentatives iraniennes de développer des capacités nucléaires ont-elles été définitivement neutralisées ? Si tel était le cas, quel serait alors le sens de la poursuite des opérations militaires actuelles ?
Une stratégie en constante mutation
Si l’objectif initial avait été atteint dès les premières frappes, la poursuite de la guerre deviendrait difficile à justifier. Cela alimente l’idée d’un conflit dont les finalités évoluent en permanence. Il apparaît que la volonté israélienne de poursuivre les opérations a influencé la décision américaine, l’entraînant dans une escalade sans objectif clairement fixé.
Au départ, certains évoquaient comme objectif la chute du régime iranien et son remplacement par un système démocratique, respectueux des libertés et allié aux États-Unis et malléable pour Israël. Quelques jours plus tard, l’objectif semblait se limiter à l’élimination des capacités aériennes et maritimes de l’Iran.
D’autres interprétations suggèrent une ambition plus large : transformer l’Iran en un État affaibli, dépourvu de capacités stratégiques et incapable de se défendre efficacement.
Vers une déstabilisation interne ?
Dans ce contexte, certains scénarios évoquent des tentatives de déstabilisation interne, voire l’incitation d’un soulèvement populaire favorisant un changement de régime, à l’image de précédents observés dans la région. Des comparaisons sont ainsi établies avec les chutes de dirigeants comme l’égyptien Hosni Moubarak ou le tunisien Zine El Abidine Ben Ali.
Subitement on est passé à l’élimination de hauts responsables iraniens, notamment du guide suprême lors d’une réunion de crise réunissant responsables religieux, militaires et politiques pour évaluer la situation et prendre des décisions face aux attaques.
Ripostes iraniennes et extension du conflit
Des centaines de missiles et de drones iraniens ont été tirés en direction d’Israël ainsi que de plusieurs pays du Golfe voisins, en réaction aux bombardements continus visant le territoire iranien. L’objectif apparent de ces frappes est de signifier que l’Iran ne peut rester seul sous le feu et que d’autres acteurs doivent partager cette pression.
Il a également été avancé que cette stratégie vise à pousser les pays du Conseil de coopération du Golfe à exercer des pressions sur Washington et Tel-Aviv afin d’obtenir l’arrêt des opérations militaires. Toutefois, au fil des jours et à mesure que les frappes se poursuivent, les objectifs ont évolué, passant des installations nucléaires aux bases de lancement de missiles, puis à toutes les infrastructures à caractère militaire.
Un élargissement des cibles préoccupant
Progressivement, les frappes ont dépassé le cadre strictement militaire pour toucher des centres de renseignement, des postes de police, des organes médiatiques et même des lieux liés aux institutions politiques. Cette extension des cibles témoigne d’un élargissement du spectre des opérations, révélant une intensification du conflit.
Israël a ainsi donné une grande liberté d’action à son aviation, autorisant la destruction sans revenir aux décideurs de toute cible jugée en mouvement sur le territoire iranien. De son côté, l’aviation américaine a franchi un seuil supplémentaire en frappant une école primaire, causant la mort de plusieurs élèves. Le commandement militaire américain a annoncé l’ouverture d’une enquête sur cet incident.
Une efficacité militaire remise en question
Ces développements relancent une interrogation centrale : quels sont les véritables objectifs des bombardements israélo-américains ? Visent-ils à renverser le régime, à provoquer une révolte populaire ou à favoriser un changement politique interne ?
L’histoire militaire montre que les bombardements aériens, à eux seuls, ne suffisent généralement pas à atteindre des objectifs stratégiques majeurs. Les exemples sont nombreux : si les frappes massives pouvaient être décisives, Hitler serait toujours parmi nous. De même, les bombardements intensifs au Vietnam n’ont pas empêché le retrait américain et la chute de Saïgon. En Irak également, les frappes n’ont pas, à elles seules, provoqué la chute du régime.
En réalité, les campagnes aériennes ouvrent souvent la voie à des interventions terrestres, comme ce fut le cas en Irak et en Afghanistan. Elles affaiblissent les capacités militaires, mais ne garantissent pas, à elles seules, l’atteinte des objectifs politiques.
Des précédents difficiles à transposer
Certains avancent toutefois des contre-exemples, comme les frappes de l’OTAN en ex-Yougoslavie, l’intervention en Libye ayant conduit à la chute de Mouammar Kadhafi, ou encore les bombardements atomiques au Japon ayant accéléré la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ces exemples, bien que pertinents, restent difficilement transposables à la situation actuelle. Chaque conflit possède ses propres dynamiques, ses équilibres internes et ses spécificités géopolitiques. L’Iran, par sa taille, sa forte démographie et son histoire, représente un cas particulièrement complexe.
Vers une guerre d’usure
Le président américain a, à plusieurs reprises, évoqué la puissance croissante des frappes et la possibilité de recourir à des moyens encore plus destructeurs. L’hypothèse d’une intervention terrestre, bien que non confirmée, n’est pas totalement exclue dans la poursuite des objectifs militaires.
La poursuite des bombardements risque d’entraîner un affaiblissement progressif de l’Iran : destruction des capacités militaires, élimination de nombreux responsables, pression économique accrue et isolement international. Cette situation pourrait aggraver les conditions de vie de la population, confrontée à des difficultés économiques croissantes.
Une confrontation existentielle
Face à cette pression, le peuple iranien pourrait percevoir cette guerre comme une tentative d’humiliation et de soumission, dépassant la seule question nucléaire ou militaire. Dans ce cas, le conflit pourrait prendre une dimension existentielle, mobilisant un sentiment national profond.
Avec une population de plus de 90 millions d’habitants et une longue histoire de résilience, l’Iran pourrait entrer dans une logique de résistance prolongée. Le risque est alors de voir émerger un discours de mobilisation totale, résumé par « la politique de la terre brûlée».
Dans ce scénario, la guerre dépasserait le cadre d’un affrontement stratégique pour devenir une lutte perçue comme vitale, aux conséquences difficiles à anticiper. L’issue de ce conflit, désormais ouverte sur de multiples trajectoires, reste plus incertaine que jamais.