Les évènements de Sebta et Mellilia : les explications de l’Intérieur

Les évènements de Sebta et Mellilia :  les explications de l’Intérieur

Un groupe de migrants quitte le centre de séjour de courte durée (CETI) pour regagner le Maroc en direction du poste-frontière, escorté par des soldats d'infanterie espagnols, dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, le 2 août 2026. (Photo de Henry Nicholls / AFP)

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Les récents événements survenus aux points de passage menant à Sebta et Mellilia ne relèvent ni d’un mouvement spontané ni d’une situation purement conjoncturelle, affirme le ministère de l’Intérieur. Selon les données recueillies par les autorités marocaines, ils résulteraient de plusieurs facteurs étroitement liés, parmi lesquels la diffusion d’informations trompeuses sur les réseaux numériques, l’action des bandes de traite d’êtres humains et des interprétations erronées de décisions judiciaires espagnoles.

Une mobilisation alimentée par des informations trompeuses

Dans une déclaration à la presse faite dimanche à Rabat, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid El Khalfi, a présenté les premiers éléments d’analyse relatifs aux tentatives de passage irrégulier enregistrées récemment en direction de Sebta et Mellilia.

D’après le ministère, les événements ne peuvent être expliqués par un seul facteur. Ils seraient le résultat de l’interaction de plusieurs éléments, au premier rang desquels figure l’instrumentalisation tendancieuse de l’espace numérique. Des informations trompeuses auraient ainsi été largement diffusées, laissant croire qu’il était possible d’accéder facilement au territoire européen sans s’exposer à des conséquences juridiques.

À cette désinformation se serait ajoutée l’intervention de bandes spécialisées dans la traite des êtres humains. Celles-ci auraient exploité les attentes et la vulnérabilité de candidats à la migration irrégulière en relayant des interprétations inexactes de certaines données juridiques et administratives.

Selon Rachid El Khalfi, ces messages ont contribué à installer l’idée que les passages vers Sebta et Mellilia étaient devenus plus accessibles et que certaines formes d’entrée irrégulière permettraient d’éviter un renvoi immédiat.

Une réponse sécuritaire présentée comme proactive

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur a indiqué que les autorités publiques avaient suivi, dès le départ, les indicateurs annonçant ces développements. Une approche proactive et globale aurait ainsi été mise en œuvre afin de prévenir une aggravation de la situation.

Cette stratégie s’est appuyée sur la détection précoce des signaux, le relèvement du niveau de vigilance et de mobilisation ainsi que le renforcement de l’opérationnalité des services de sécurité et des autorités territoriales. La surveillance terrestre et maritime a également été intensifiée autour des zones concernées.

Selon le ministère, ces mesures visaient plusieurs objectifs : contrôler la situation, protéger les vies humaines, maintenir l’ordre public et sécuriser les frontières. Les interventions ont été conduites dans le respect de la loi et du principe de proportionnalité.

Les autorités affirment également avoir déployé des dispositifs de surveillance et de suivi sur le terrain, notamment aux points de départ des personnes ayant participé aux tentatives de passage. Ces mécanismes leur ont permis de disposer de données précises sur l’ampleur du phénomène.

Près de 40 000 personnes en direction de Sebta

Selon les chiffres communiqués par Rachid El Khalfi, près de 40 000 personnes se sont dirigées vers Sebta, tandis qu’environ 1 135 personnes auraient tenté de rejoindre Mellilia.

Dans cette dernière ville, toutes les personnes ayant réussi à atteindre le territoire ont été immédiatement renvoyées, a indiqué le porte-parole.

Le ministère insiste sur le caractère précis de ce bilan. Celui-ci repose, selon le porte-parole sur des données statistiques et des observations recueillies sur le terrain à l’aide de mécanismes techniques de surveillance et de suivi.

Pour les autorités marocaines, ces chiffres doivent être considérés comme la référence. Elles contestent ainsi d’autres estimations diffusées à propos des événements, estimant qu’elles ne reposent ni sur des données fiables ni sur des fondements objectifs.

Des décisions judiciaires espagnoles mal interprétées

Parmi les facteurs ayant contribué aux tentatives de passage, le ministère cite certaines décisions récentes rendues par les autorités judiciaires espagnoles.

Ces décisions portent notamment sur la possibilité de restreindre l’application des mesures de renvoi immédiat à certains migrants en situation irrégulière interceptés en mer.

Selon Rachid El Khalfi, les interprétations erronées diffusées autour de ces décisions ont convaincu certains candidats qu’une arrivée par voie maritime leur permettrait d’éviter un renvoi immédiat. Cette perception aurait favorisé l’apparition d’un mode particulier de migration irrégulière : la traversée à la nage.

Pour certaines personnes, ce moyen représentait une possibilité plus importante de rester sur le territoire espagnol. Cette croyance, alimentée par des informations inexactes, aurait largement contribué à la concentration des tentatives le long des passages maritimes séparant le Maroc de Sebta et Mellilia.

Une traversée jugée facile, mais aux conséquences tragiques

Le ministère de l’Intérieur fait état, à ce stade, d’un décès accidentel survenu après la chute d’une personne dans une zone rocheuse près de Sebta. Dix autres personnes sont mortes par noyade.

Selon le porte-parole, la configuration géographique de certains points de passage a créé un sentiment trompeur de sécurité. La distance entre les deux rives peut être inférieure à 70 mètres, tandis que la profondeur de l’eau ne dépasse pas deux mètres à certains endroits.

Ces caractéristiques, selon le ministère, ont conduit plusieurs participants à sous-estimer les dangers de la traversée. La faible distance visible et la profondeur limitée de certaines zones ont pu donner l’impression que le passage à la nage était facile et peu risqué.

Cette perception a poussé certaines personnes à tenter la traversée sans mesurer pleinement les risques liés aux courants, aux conditions maritimes, à la fatigue ou à la présence de zones rocheuses. Plusieurs de ces tentatives ont ainsi connu une issue tragique.

Des vérifications en cours avec les autorités espagnoles

Concernant les informations faisant état d’autres décès à Sebta, le ministère indique que les autorités marocaines poursuivent leurs vérifications en coordination avec leurs homologues espagnoles.

Les échanges passent par les canaux officiels de coopération entre les deux pays. Ils visent à établir la véracité des informations diffusées, à déterminer le nombre réel des personnes concernées et à identifier leur nationalité.

Ces vérifications doivent également permettre de compléter les procédures juridiques, administratives et humanitaires nécessaires. Le ministère ne confirme donc pas, à ce stade, les chiffres circulant sur d’éventuelles victimes supplémentaires.

Parallèlement, la coopération avec la partie espagnole a permis d’organiser le retour des personnes souhaitant rentrer volontairement au Maroc. Des passages ont été ouverts conformément aux procédures en vigueur afin de faciliter ces retours.

Selon Rachid El Khalfi, ce dispositif a contribué à un retour progressif à la normale dans la région.

Des enquêtes pour déterminer les responsabilités

Le Parquet compétent a ouvert des enquêtes judiciaires sur les actes et les faits liés à ces événements. Ces investigations doivent permettre d’en établir les circonstances précises, d’identifier les responsabilités éventuelles et de tirer les conséquences juridiques prévues par la loi.

Les enquêtes devront notamment éclaircir le rôle des personnes ou des réseaux ayant diffusé des informations trompeuses, encouragé les tentatives de passage ou exploité les candidats à la migration irrégulière.

Le ministère de l’Intérieur réaffirme, à cette occasion, que la gestion du phénomène migratoire ne peut reposer sur l’action d’un seul pays. Elle nécessite une approche globale fondée sur la responsabilité partagée, la solidarité effective et une répartition équitable des charges.

Le Maroc se présente, dans ce cadre, comme un partenaire fiable et responsable, engagé aux côtés de ses partenaires dans le renforcement de la coopération internationale contre la migration irrégulière et la traite des êtres humains.

Le Royaume continuera également, affirme le ministère, à prendre les mesures nécessaires pour préserver l’ordre public, sécuriser les frontières et protéger les personnes et les biens. Ces actions devront être menées dans le respect de la primauté de la loi ainsi que des engagements nationaux et internationaux du Maroc.

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