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Migration : Rabat dénonce sans le dire et appelle à refonder les règles du partenariat avec l’Europe
Des migrants franchissent le point de passage entre Ceuta et le Maroc, dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, le 1er août 2026. (Photo AFP)
Sur un ton qui dénonce sans le dire explicitement, le Maroc affirme avoir toujours assumé pleinement sa part dans la lutte contre l’immigration clandestine, au prix d’importants moyens humains, techniques et financiers. Après les événements de Sebta, une source gouvernementale marocaine met en cause les conséquences d’une décision judiciaire espagnole, critique l’instrumentalisation politique de la crise et appelle à revoir les règles d’un partenariat qui ne peut plus fonctionner à sens unique.
Une responsabilité partagée, assumée par le Maroc
La gestion des flux migratoires est une responsabilité partagée dans laquelle le Maroc a toujours assumé sa part, en agissant comme un partenaire souverain, loyal et responsable. Selon une source gouvernementale marocaine cité par l’agence MAP, le Royaume n’a jamais inscrit son action dans une logique de pression, d’obligation ou de chantage. Son engagement dans la lutte contre l’immigration clandestine procède d’un sens constant de la responsabilité et d’une volonté de coopération.
La migration demeure un phénomène complexe qui oblige chaque partie à répondre de ses actes. Le Maroc, souligne la même source, assume pleinement les siens, comme en témoignent des résultats visibles, parfois considérés comme acquis au point de faire oublier l’ampleur des efforts consentis.
Si le flanc occidental de la Méditerranée est depuis plusieurs années le moins problématique pour l’Europe, ce n’est pas parce qu’il serait délaissé par les réseaux de trafic d’êtres humains. Cette relative stabilité s’explique, selon la source, par la mobilisation continue de moyens humains, techniques et financiers considérables par le Maroc pour contenir les départs, démanteler les réseaux et sauver des vies en mer.
En 2025, 74.000 tentatives de migration clandestine ont été avortées, après 79.000 en 2024, soit près de 160.000 en deux ans. Durant la même période, 632 réseaux ont été démantelés et plus de 32.000 sauvetages en mer réalisés avec succès. Sur les cinq dernières années, plus de 360.000 tentatives ont été déjouées.
La source qualifie par ailleurs d’exemplaire la coopération entre le Maroc et le gouvernement espagnol. Mais l’efficacité du dispositif repose, insiste-t-elle, sur un engagement partagé, une coordination réelle et une responsabilité assumée des deux côtés.
Une décision judiciaire qui a fragilisé le dispositif
Rabat est catégorique, les événements récents ne traduisent pas une défaillance marocaine. La digue migratoire n’a pas cédé sous l’effet des passeurs, mais sous les conséquences d’une décision de justice espagnole, affirme la source gouvernementale.
Le 8 juillet, un juge espagnol a décidé que l’arrivée par voie maritime de migrants en situation irrégulière les mettait à l’abri d’une reconduite automatique. Or cette mesure constituait un élément central du dispositif dissuasif. Aux yeux des trafiquants, des passeurs et des candidats à la migration clandestine, le jugement a été interprété comme une immunisation de fait de l’accès illégal par voie maritime.
La conséquence directe a été l’effondrement de la dimension dissuasive du système. Un juge espagnol ne peut pas, souligne la source, démanteler un mécanisme de lutte contre l’immigration clandestine, puis demander au Maroc d’en assumer les conséquences. Le Royaume, affirme-t-elle, n’a jamais failli à ses engagements.
Cette décision était connue des autorités espagnoles, qui ne pouvaient ignorer sa capacité à fragiliser l’ensemble du dispositif. Pourtant, le Maroc n’a pas été alerté afin de se préparer à ses effets, et aucune anticipation n’a été mise en place malgré des conséquences jugées prévisibles. Le style de la source est direct : "est ce que quelqu’un a alerté le Maroc pour se préparer ? Non ! Quelqu’un a anticipé des conséquences pourtant très prévisibles ? Non !".
Dans ces conditions, les réseaux de passeurs ont saisi l’opportunité. Le véritable changement de donne réside, selon Rabat, dans le décalage entre le facteur déclencheur, à savoir la décision judiciaire, et une réaction tardive.
Une crise instrumentalisée politiquement
La source gouvernementale déplore également l’exploitation politique des événements de Sebta. Elle juge décevant que la crise ait servi des bénéfices électoraux et des règlements de compte politiques, alors qu’elle exigeait une lecture responsable et stratégique.
Au plus fort de la tension, sous l’effet d’une couverture médiatique qualifiée de sensationnaliste et alarmiste, des commentaires haineux et des analyses excessives ont pris le dessus. Certains acteurs politiques se sont montrés en deçà du moment historique, révélant une absence de vision, une forte myopie stratégique ou une volonté d’instrumentalisation politicienne.
Ce manque de rigueur, de recul et de volonté de préserver l’équilibre du partenariat conduit Rabat à une conclusion : les règles d’engagement doivent changer. Le Maroc protège son territoire, mais personne ne peut le faire à sa place.
Le Royaume refuse d’être réduit au rôle de gendarme ou de concierge de l’Europe. Il se définit comme un partenaire souverain, fiable et engagé, non comme un sous-traitant chargé d’exécuter une politique décidée ailleurs. Le partenariat ne peut être à sens unique ni reposer sur une répartition déséquilibrée des responsabilités.
Remettre à jour les règles de coopération
La source appelle à remobiliser les volontés politiques, à replacer la clarté et la prévisibilité au cœur du dispositif, à rétablir la confiance et la responsabilité, et à recadrer les conditions d’engagement de chaque partie.
Elle récuse l’idée selon laquelle il suffirait d’injecter des financements pour assurer automatiquement le fonctionnement du système. Les fonds n’ont jamais constitué le moteur de l’action marocaine. Pour Rabat, la migration ne peut recevoir une réponse exclusivement sécuritaire.
Les événements de Sebta ont, précise-t-elle, confirmé cette approche. Le mouvement massif vers l’enclave a été suivi d’un retour volontaire tout aussi important. L’Espagne affirme que 95 % des personnes ont quitté Sebta. Ce retour ne résultepas d’une action espagnole, mais du constat fait par les jeunes eux-mêmes et de leur propre choix.
La source y voit la preuve que l’image d’un Eldorado européen s’est heurtée à la réalité. Ces jeunes sont revenus après avoir observé que leur situation au Maroc était meilleure que celle qu’ils avaient imaginée de l’autre côté de la frontière.
Le développement comme réponse durable
Ce retour volontaire conforte, indique la source gouvernementale, la marche de développement du Maroc et la pertinence des choix stratégiques opérés sous le leadership du Roi Mohammed VI. Les investissements engagés dans le développement socio-économique du pays, notamment dans les provinces du nord, auraient produit une transformation économique et sociale sans précédent, avec plus de 430.000 emplois créés.
L’Eldorado apparaît ainsi comme un fantasme et un mythe déconstruit par les jeunes eux-mêmes. La meilleure réponse à la migration clandestine demeure, rappelle Rabat, le développement, l’emploi et l’amélioration durable des conditions de vie.
Dans cette perspective, l’Europe est appelée à devenir un partenaire réellement intéressé par le développement du Maroc. Elle doit cesser d’adopter des décisions ou des mesures à son bon gré qui freinent cette dynamique, notamment lorsqu’elles affectent les ports marocains, l’industrie automobile, les finances, les services, les transports ou l’offshoring.
La coopération migratoire ne peut être durable que si elle s’inscrit dans un partenariat global, cohérent et équilibré. Le Maroc entend continuer à assumer ses responsabilités, mais refuse que ses efforts soient tenus pour acquis ou que les conséquences de décisions prises ailleurs lui soient transférées. Le nouveau contexte impose désormais de revoir le modèle, de clarifier les engagements et de rééquilibrer les responsabilités entre partenaires.