Sebta: Madrid compte 72 morts, Rabat 11 et entend vérifier les assertions

Sebta: Madrid compte 72 morts, Rabat 11 et entend vérifier les assertions

Des proches et des amis attendent près d'une clôture surmontée de fil barbelé le retour de personnes qui s'étaient précédemment rendues à Sebta, le 2 août 2026 (Photo Andel Majid Bziouat).

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Madrid fait état de 72 morts lors de l’afflux massif de migrants vers Sebta, tandis que Rabat confirme 11 décès et poursuit ses vérifications avec les autorités espagnoles. Sur fond de rumeurs amplifiées par les réseaux sociaux, d’interprétations erronées d’une décision de justice espagnole et d’implication présumée de réseaux de passeurs, la quasi-totalité des personnes entrées dans l’enclave a été renvoyée au Maroc, alors que le calme revient progressivement.

Au moins 72 migrants ont perdu la vie selon Madrid en essayant de gagner Sebta depuis le Maroc, lors de l'afflux inédit de dizaines de milliers de personnes dans la ville de Sebta tandis que Rabat en compte 11 morts, affirmant que pour les assertions sur un plus grand nombre, les autorités marocaines compétentes devaient recouper avec leurs homologues.

Selon Madrid, la "quasi-totalité" des quelque 60.000 personnes, 40.000 selon Rabat, ayant franchi illégalement la frontière - des jeunes Marocains, mais aussi des Algériens, des Tunisiens et des Subsahariens - ont depuis été renvoyées au Maroc, où les autorités ont mis longtemps à s'exprimer sur ce soudain afflux.

"Le dernier chiffre que nous ayons est de 72", a en croire le délégué du gouvernement local de Sebta, Miguel Angel Perez Triano, à des journalistes qui l'interrogeaient sur le nombre de morts. Beaucoup se sont noyés.

Le ministère marocain de l'Intérieur a finalement donné dimanche soir un premier bilan, estimant que 11 personnes avaient perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta.

L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a, égale à elle-même dans la surenchère, a fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus, sans aucune démonstration que sa parole et appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les causes de cet afflux inédit de migrants entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole.

Pour Rabat, cette crise migratoire résulte notamment de "l'exploitation malveillante" des réseaux sociaux, de "la diffusion d'informations trompeuses" et d'"interprétations erronées de dispositions légales".

Le ministère marocain de l'Intérieur fait ainsi référence à une récente décision de la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d'un migrant ne s'appliquerait pas aux personnes arrivées par voie maritime. Rejoignant le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Rabat a incriminé les réseaux mafieux de la traite des humains.

Le ministère marocain a annoncé 40.000 "tentatives" de franchissement irrégulier de la frontière vers Sebta, ajoutant que 1.135 personnes ont cherché à rejoindre l'autre enclave espagnole de Melilla, située à 400 kilomètres plus à l'est. Toutes les personnes arrivées à Melilla ont été renvoyées immédiatement sur le territoire marocain.

Nettoyer les traces du chaos

Dimanche, la police et l'armée patrouillaient les rues de Seuta où le calme est revenu. Seule une poignée de migrants étaient toujours là.

Devant des habitations en construction près du port de Sebta, des militaires espagnols ont arrêté un groupe de migrants, assis par terre, l'air fatigué et surveillé par des soldats, appuyés par un véhicule blindé, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des canots pneumatiques d'une équipe de secours de mer sillonnaient les vagues à proximité de la frontière matérialisée dans l'eau par 500 mètres de ligne de flottaison neuve.

Des membres de la garde civile espagnole on fait descendre des migrants d'un bus pour les escorter vers le poste-frontière, pour retourner au Maroc. Un renvoi dans le calme, pendant que des employés nettoyaient les déchets et vêtements perdus durant le chaos de jeudi et vendredi.

L'AFP avait rencontré samedi dans une zone industrielle désaffectée de Sebta des centaines de mineurs isolés dormant en plein air et qui espèrent encore pouvoir rejoindre l'Europe continentale.

"Tous les mineurs ici sont (venus pour) aller en Espagne", a dit à l'AFP Aziz Dabch, l'un des rares adultes présents au sein de la foule massée à l'ombre des entrepôts.

Certains de ceux qui ont franchi le point de passage ont déclaré qu'ils avaient entendu dire qu'elle était ouverte, une rumeur rapidement amplifiée sur les réseaux sociaux. L'Espagne a mis en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains".

Dimanche, le pape Léon XIV a évoqué la situation à Sebta lors de ses prières quotidiennes, déclarant qu'il la suivait "avec inquiétude" et qu'il espérait une solution synonyme de "paix, stabilité et justice".

L'arrivée en masse de ces migrants a déclenché une crise diplomatique entre l'Espagne et ses partenaires européens les plus critiques de sa politique migratoire. Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE aborderont mardi en visioconférence les événements de Sebta. (Quid avec AFP)

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