Arrêtez l’Algérie ''bashing'' !

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A voir certaines réactions sur Facebook il y a lieu de se poser une question : Ne sommes-nous pas en train de sombrer dans les travers qu’on leur reproche ?

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Dans l’édition du 21 février, Abdelahad Idrissi Kaïtouni publiait dans Quid.ma une chronique, Face aux provocations d’Alger, plaidoyer pour la zénitude marocaine, dans laquelle il plaide pour l’indifférence à l’égard de la campagne algérienne hostile au Maroc. Son argumentaire, recevable pourtant, n’a pas manqué de susciter des réactions exaspérées sur la toile. Il s’y attendait un peu. Pour autant, il n’en démord pas. Dans l’actuelle chronique, il récidive en exhumant un article qu’il a écrit il y a cinq ans et qui s’applique mot pour mot à la situation d’aujourd’hui marquée par une forte tension dont les réseaux sociaux, des deux cotés de la frontière maroco-algérienne, se délectent. C’est sa façon de signer et persister.  

J’aurai créé, à mon corps défendant une polémique en prenant le contrepied des idées qui fleurissent dans les débats sur l’Algérie. Je ne peux pas m’associer aveuglément à une campagne qui ne laisse aucune place à la réconciliation. Chacun veut répondre à la hargne algérienne par une hargne comparable.

C’est oublier qu’au-delà du conflit territorial, le véritable conflit qui nous oppose à nos voisins est avant tout d’ordre culturel : l’identité marocaine est pleinement accomplie et totalement assumée alors que l’Algérien est encore à la recherche de l’affirmation de la sienne. Oui, l’Algérie a subit le joug du Maroc lors des dynasties Almoravides et Almohades, puis elle est devenue province ottomane pendant 450 ans, pour finir avec l’occupation française pendant 132 ans.

Lire aussi : Face aux provocations d’Alger, plaidoyer pour la zénitude marocaine

Donc c’est une identité en devenir qui n’est peut-être pas arrivée à « maturation », et le début de sa réalisation a commencé par son opposition au colonisateur. Pour la parfaire il fallait, pour nos voisins algériens imaginer un nouvel « ennemi », et le plus commode c’est le… voisin ! Commode aussi puisque ce voisin cristallise toutes les « vertus » qui leur échappent.

A partir de ce constat le Maroc devient l’ennemi à abattre, et tout est mis en œuvre pour le rabaisser. Mais toutes les vociférations, les outrances des responsables algériens n’ont pas eu raison du Maroc dont l’assise culturelle est un socle que rien ne peut ébranler.

Là, je voudrai ouvrir une parenthèse pour signaler que j’ai passé 11 ans (1979/90) comme SG de l'Association maroco-coréenne. Mes amis Coréens, chaque fois que nous parlions des rapports entre le Maroc et l'Algérie, ils faisaient le parallèle avec les deux Allemagnes ou avec les deux Corées. Ils insistaient sur le fait qu’il ne faut jamais céder aux provocations qui sont le propre des faibles, et qu’il faut toujours privilégier le développement pour conforter notre option sur l’avenir.

Et c’est en 1979 que j’ai rencontré un certain M. Han, à l’époque conseiller à l’Ambassade. Quinze ans plus tard il est revenu à Rabat en tant qu’ambassadeur et il m’a dit : « Tu as vu que la RFA a cueilli la RDA comme un fruit mûr et aujourd’hui l’Allemagne est un seul et même pays. Demain à son tour la Corée du Sud cueillera celle du Nord comme un fruit mûr, pour redevenir un seul pays. En attendant nous laissons au Nord le monopole des insultes, injures, outrances, et nous nous interdisons toute initiative de nature à compliquer, différer, ou compromettre l’avenir. Pour nous tout est contingent, sauf la géographie qui ne l’est pas ».

Je mesure toute la différence qui existe entre notre situation et celle de l’Allemagne ou de la Corée, mais on ne peut occulter ces expériences qui dénotent d’un haut niveau de clairvoyance doublé d’un sens aigu des responsabilités. Surtout un pari sur l’Avenir !

Oui, l’Algérie a fait beaucoup de tort au Maroc, oui elle continue à le diaboliser systématiquement et partout, oui elle multiplie les sournoiseries et les turpitudes dans le but de nous faire douter de nous-mêmes.

A voir les réactions de certaines personnes, devenues « fins politiques » par la grâce de Facebook, il y a lieu de craindre que ce doute ne soit en train de s’installer. Comment expliquer la charge émotive de ces réactions et leur côté vindicatif ? « Punir » l’Algérie devient un leitmotiv, la seule stratégie politique opposable se résume à un mot : vengeance !

A ce rythme ne sommes-nous pas en train de devenir comme eux ? Ne sommes-nous pas en train de sombrer dans les travers qu’on leur reproche ? Ceux qui souhaitent la partition de l’Algérie ne réduisent-ils pas la politique à la seule loi du talion, autrement dit leur faire ce qu’ils nous ont fait ?

La balkanisation de l’Algérie n’est pas dans l’intérêt du Maroc, car si le feu prend chez votre voisin, il y a tout lieu de craindre qu’il se propage chez vous. Gérer un voisin est déjà difficile, gérer plusieurs voisins qui résulteraient de la partition de l’Algérie serait du domaine de l’impossible.

Et ce n’est pas parce que l’Algérie a commencé la première avec la Sahara, qu’il faut lui emboîter le pas avec la Kabylie.

Il faut, à tout prix, cesser de s’indexer sur l’attitude algérienne et répliquer à l’identique à leur paranoïa. Evitons de jeter l’huile sur le feu. Sachons raison gardée. Car il ne faut surtout pas oublier que l’Algérie est dans une impasse et qu’elle traverse une crise multidimensionnelle : politique, institutionnelle, économique, financière et surtout morale. La machine finira par bloquer d’elle-même, sans avoir besoin de coup de pousse d’où qu’il vienne.

Ce n’est pas un acte de magnanimité que de ne pas en rajouter aux malheurs de nos voisins, mais c’est faire preuve d’une haute intelligence, celle de ne jamais insulter l’Avenir.

Car immanquablement la crise qu’ils traversent accouchera d’une nouvelle Algérie, et surtout d’un nouvel Algérien qui se sentiront redevable au voisin qui n’aura pas cherché à les enfoncer ou à profiter de leur détresse.

La main secourable que nous nous devons de leur prêter aujourd’hui, est aussi une bouée de sauvetage à laquelle ensemble nous allons nous accrocher pour traverser les turbulences d’un monde très incertain.

Alors arrêtez « l’Algérie bashing » ! A ceux qui sont devenus de « fins politiques » par la seule grâce de Facebook regardez pour une fois dans le sens de l’Histoire. Car l’avenir de vos enfants est, que vous le vouliez ou pas, intimement lié à celui des enfants algériens.

Abdelahad Idrissi KaitouniIfrane, Le 24 février 2016