Politique
Économie sociale et solidaire pour faire émerger un troisième pilier du développement marocain
L’économie sociale et solidaire n’est plus un secteur marginal, mais comme un levier central de transformation économique et territoriale. L’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en résultats durables, capables de renforcer la résilience des territoires, de réduire les inégalités et de positionner le Maroc comme un acteur régional de référence en matière de développement inclusif. (Aziz Akhannouch)
Avec une enveloppe directe de 368 millions de dirhams, des projets agricoles solidaires dépassant 3,4 milliards de dirhams, une dynamique forte en faveur de l’autonomisation des femmes et des exportations artisanales en nette hausse, le gouvernement entend transformer l’économie sociale et solidaire en levier stratégique de croissance inclusive. Devant la Chambre des représentants, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch a dressé un bilan chiffré ambitieux et esquissé les contours d’un modèle de développement territorial fondé sur la coopération, l’innovation sociale et la valorisation des savoir-faire locaux.
Une enveloppe stratégique pour structurer l’économie sociale et solidaire
Le gouvernement a franchi un cap important en allouant 368 millions de dirhams à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire. Présentée comme un pilier structurant du nouveau modèle de développement, cette enveloppe vise à renforcer les capacités des coopératives, soutenir les entreprises sociales et améliorer les dispositifs de formation et d’accompagnement.
Selon Aziz Akhannouch, ce secteur n’est plus considéré comme un simple complément économique, mais comme un véritable troisième pilier aux côtés des secteurs public et privé. L’objectif est de faire de l’économie sociale et solidaire un moteur de création d’emplois, de lutte contre la précarité et de réduction des inégalités territoriales, en particulier dans les zones rurales.
Le Chef du gouvernement a rappelé que cette dynamique s’inscrit dans la vision impulsée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a placé l’économie sociale au cœur des politiques publiques orientées vers l’inclusion sociale et le développement durable.
Un secteur en pleine expansion porté par les coopératives
Les chiffres témoignent d’une progression rapide. Le Maroc compte aujourd’hui près de 63.545 coopératives, dont plus de 22.900 ont été créées entre 2021 et 2025. Ces structures regroupent plus de 878.000 adhérents, avec une représentation féminine atteignant 34 pour cent. Le pays recense également près de 7.900 coopératives féminines, illustrant la place croissante des femmes dans ce tissu économique alternatif.
Pour accompagner cette expansion, le gouvernement a lancé le programme national Mozara, destiné à soutenir les organisations de l’économie sociale et solidaire. Ce programme prévoit la réhabilitation et l’équipement de 325 coopératives, ainsi que la création de 100 nouvelles coopératives de nouvelle génération, dotées d’outils modernes de gestion, de production et de commercialisation.
L’ambition affichée est claire : dépasser les modèles traditionnels et bâtir un écosystème plus résilient, capable de faire face aux défis climatiques, économiques et sociaux, tout en favorisant une croissance plus équitable.
L’agriculture solidaire, moteur d’inclusion rurale
L’agriculture solidaire constitue l’un des axes majeurs de cette stratégie. Entre 2021 et 2025, 183 projets ont été élaborés et approuvés, pour un investissement global estimé à près de 3,458 milliards de dirhams. Ces projets ont bénéficié à environ 108.000 personnes, dont 32.500 jeunes et plus de 19.300 femmes.
Ces initiatives s’inscrivent dans la nouvelle génération de programmes agricoles orientés vers l’autonomisation économique, la modernisation des pratiques et la valorisation des filières locales. Le Chef du gouvernement a souligné l’impact positif de ces projets sur l’emploi, la création de revenus durables et la stabilisation des populations rurales.
Un rôle particulier a été attribué à l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier, dont les programmes ont mobilisé plus de 246 millions de dirhams, dont 95 millions financés directement par l’agence. Ces actions ont permis de soutenir près de 976 projets impliquant 427 coopératives, 469 très petites et petites entreprises ainsi que 80 associations, générant près de 10.000 emplois, permanents et saisonniers.
Investissement productif et valorisation des produits du terroir
Au-delà de l’agriculture solidaire, le gouvernement mise sur l’investissement productif comme levier de relance économique. Le nouveau dispositif de soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises prévoit des subventions à l’investissement pouvant atteindre 30 pour cent du montant éligible, afin de stimuler la dynamique entrepreneuriale dans toutes les régions.
Dans le cadre de la stratégie Génération Green, plusieurs unités de valorisation des produits du terroir ont été créées ou modernisées. Plus de 256 millions de dirhams ont été investis dans la construction, la réhabilitation et l’équipement de ces unités, ainsi que dans l’accompagnement à l’accès aux marchés.
Le gouvernement a recensé plus de 2.500 groupes de production représentant plus de 4.000 coopératives et regroupant près de 77.500 agriculteurs. Parallèlement, 46 unités ont été construites, 270 réhabilitées et 721 équipées, renforçant ainsi la capacité du pays à transformer localement ses ressources agricoles et à créer davantage de valeur ajoutée.
L’autonomisation économique des femmes au cœur des priorités
L’autonomisation économique des femmes est désormais érigée en priorité nationale. Pour y parvenir, le gouvernement a lancé le programme Tahfiz Niswa, destiné à soutenir les initiatives féminines, encourager la création de coopératives structurées et faciliter l’accès des femmes aux opportunités économiques locales.
Ce programme s’inscrit dans une approche globale comprenant également Mourafaka, un dispositif d’accompagnement ciblant 500 coopératives nouvellement créées chaque année. Il repose sur trois piliers : le diagnostic stratégique, la formation collective et l’appui individualisé.
En parallèle, le programme Génération Solidarité vise à encourager les jeunes à s’engager dans le travail coopératif. Depuis son lancement, plus de 128 projets coopératifs portés par des jeunes ont été financés, contribuant à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux.
Salons régionaux et marchés mobiles, vitrine du dynamisme territorial
Entre 2021 et 2025, le Maroc a organisé 20 salons régionaux de l’économie sociale et solidaire, rassemblant plus de 3.600 structures issues de différentes régions. La participation féminine a atteint 54 pour cent, avec une forte présence des femmes rurales.
Ces manifestations ont été accompagnées de programmes de formation ayant bénéficié à plus de 14.000 participants, dont près de 60 pour cent de femmes. Le chiffre d’affaires généré par la commercialisation des produits exposés s’est élevé à environ 200 millions de dirhams, traduisant l’impact économique concret de ces initiatives.
En complément, 16 éditions de marchés mobiles ont permis de valoriser les produits de près de 1.300 structures, contribuant à rapprocher les producteurs des consommateurs et à renforcer la visibilité des produits locaux.
Des plateformes régionales pour structurer l’écosystème
Le gouvernement expérimente également la création de structures régionales modèles dédiées à l’économie sociale et solidaire. Ces plateformes visent à offrir des espaces permanents d’exposition et de commercialisation, à améliorer les revenus des coopératives et à renforcer l’attractivité territoriale.
Des projets sont en cours à Oujda avec la mise en place d’une Maison de l’économie sociale et solidaire et d’un observatoire régional. À Fès, l’incubateur Bensouda accompagne les porteurs de projets innovants, tandis qu’à Azilal, une plateforme dédiée à la promotion des produits locaux est en cours de déploiement.
L’artisanat, vitrine internationale du savoir-faire marocain
Le secteur de l’artisanat confirme sa montée en puissance. Les exportations ont atteint 1,23 milliard de dirhams jusqu’à novembre 2025, enregistrant une hausse de 11 pour cent par rapport à la même période de l’année précédente. En 2024, elles avaient déjà dépassé 1,1 milliard de dirhams, soit une progression de 40 pour cent par rapport à 2019.
Ces performances reflètent la capacité croissante des produits artisanaux marocains à s’imposer sur les marchés internationaux et à renforcer la visibilité du label Maroc. Le secteur connaît également une transformation structurelle, notamment à travers le Registre national de l’artisanat qui compte désormais près de 440.000 artisans, ainsi que la généralisation progressive de la carte professionnelle.
Salons, tourisme et Coupe d’Afrique des nations, un levier de promotion
En 2024, 70 salons locaux, régionaux et nationaux ont été organisés, attirant plus de 2,5 millions de visiteurs et générant un chiffre d’affaires de près de 52,5 millions de dirhams. Pour 2025, un contrat-programme a été signé avec les Chambres d’artisanat afin de renforcer la présence des produits artisanaux lors de la saison touristique estivale et des grands événements, notamment la Coupe d’Afrique des nations.
Une attention particulière est accordée aux coopératives féminines, qui représentent plus de 47 pour cent des structures artisanales. Le programme des Maisons de l’artisane, comprenant plus de 100 espaces dédiés, soutient près de 3.900 artisanes et accompagne 300 unités de production féminines vers la certification et la montée en gamme.
Pour un modèle économique plus inclusif
À travers ces différentes initiatives, le gouvernement ambitionne de consolider un modèle économique fondé sur la solidarité, la création de valeur locale et la cohésion sociale. L’économie sociale et solidaire n’est plus perçue comme un secteur marginal, mais comme un levier central de transformation économique et territoriale.
Pour Aziz Akhannouch, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en résultats durables, capables de renforcer la résilience des territoires, de réduire les inégalités et de positionner le Maroc comme un acteur régional de référence en matière de développement inclusif.