Politique
La glissade fasciste – Par Dr Samir Belahsen
Donald Trump, « El Predator », un an après son retour à la Maison blanche : « Dieu est très fier de mon boulot. »
Dans « La glissade fasciste », Samir Belahsen propose une lecture politique des mécanismes par lesquels certaines démocraties, en temps de crise, basculent progressivement vers des formes d’autoritarisme en prélude à pire. En s’appuyant sur des références théoriques fortes et sur l’actualité américaine récente, l’auteur décrypte les signaux d’alerte — discours nationaliste, affaiblissement des contre-pouvoirs, militarisation et instrumentalisation de la peur — tout en soulignant le rôle décisif de la société civile dans la préservation des libertés.

Samir Belahsen
« Le fascisme est le capitalisme en décomposition. »
Vladimir Lénine
Le fascisme n'est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise.
Bertolt Brecht
Quels seraient les signes qu’une démocratie glisse vers le fascisme :
Le premier signe d’une glissade vers le fascisme serait lié au discours. Quand le Nationalisme devient exacerbé, quand le discours met constamment “la nation” au-dessus de tout, abusant de superlatifs et d’expressions d’opposition clivantes avec une rhétorique “nous Vs eux”.
Le Dénigrement des opposants devient alors la règle. Les critiques politiques sont traités comme ennemis, antipatriotes ou traitres.
Le second signe serait le contrôle de la presse, la Censure, les pressions sur les journalistes, et autres médias sous contrôle qui ne diffusent plus qu’une seule version des faits.
A un certain niveau, on arrive à la militarisation de la société. L’armée, les forces de sécurité sont valorisées.
L’omniprésence de forces de sécurité dans la vie civile, dans les villes et sur les médias et les réseaux sociaux, devient la règle.
Sous prétexte de sécurité des législations répressives qui limitent les libertés sont mises en place.
Pour asseoir cette politique, le culte du chef est nécessaire. Il faut trouver un leader « charismatique » qui jouera le rôle de “sauveur”, et lui organiser une propagande personnalisée.
Bien entendu, tout cela va avec l’érosion des institutions qui impliquera l’affaiblissement des contre-pouvoirs. La justice, le parlement et les organes de contrôle constitutionnels sont vidés de tout sens.
Pour aboutir à ce climat un discours de peur est utilisé, il peut exploiter de crises réels ou supposés, économiques, sanitaires, sécuritaires pour justifier des mesures autoritaires. L’usage d’un ennemi réel ou créé s’avère souvent efficace.
Les États-Unis sont-ils en train de devenir fascistes ?
La question se pose, de plus en plus, depuis l'assaut du Capitole en janvier 2021 et la rhétorique polarisante de certains leaders politiques qui a suivi. Voyons les signes
Nationalisme polarisant : Le nationalisme chrétien exacerbé gagne du terrain. Plusieurs leaders présentent l'Amérique comme une nation choisie par Dieu, destinée à dominer le monde.
Donald Trump, « El Predator », n’a-t-il pas affirmé un an après son retour à la Maison blanche : « Dieu est très fier de mon boulot. »
Dénigrement des opposants :
Les critiques politiques souvent démocrates sont traités comme ennemis de l'État, avec des accusations de subversion et même de trahison. Mamdani avait été accusé de woke, musulman, Ougandais, Indi, pro-LGBT… Biden, lui, il est déclaré responsable de tous les maux du monde, de L’Afghanistan à l’Ukraine en passant par le Moyen Orient…
Médias muselés :
Les médias traditionnels sont critiqués et contestés. El Predator n’arrête pas de critiquer les médias qui osent faire leur métier.
Les plateformes d'extrême droite diffusent constamment des théories du complot et des discours venimeux.
Violence et militarisation :
La police et les diverses forces de l'ordre sont de plus en plus violentes et militarisées. Donald Trump n’hésite pas à déployer là où il le juge nécessaire, la Garde nationale, un corps militaire. On constate de plus en plus le recours à des techniques militaristes contre les manifestants.
Fascisme et impérialisme :
A l’extérieur, la tentation fasciste s’accompagne d’appétits grandissants. Dans le cas des Etats-Unis, les déclarations comme les intentions d’El Prédator ont le mérite de la clarté.
Il reste que les États-Unis ont des institutions solides pouvant constituer des contre-pouvoirs à même d’empêcher un glissement vers un fascisme impérial et impérialiste.
La Constitution américaine bien ancrée et les lois fédérales pourraient protéger les droits individuels et limiter les dérapages prévus du pouvoir exécutif.
Le système judiciaire américain pourrait avoir un rôle dans la protection des droits et la limitation du pouvoir exécutif.
La presse libre américaine, malgré le musèlement et les attaques, reste partiellement et relativement libre et capable de lutter et de critiquer le pouvoir.
A l’extérieur, on pourrait espérer, malgré tout, des réactions Européennes et même Chinoises pour faire face au fascisme impérialiste conquérant.
Le vrai espoir pour la démocratie américaine réside, me parait-il, réside dans la capacité des citoyens à s’informer, à s'engager dans le débat public pour défendre la démocratie et les institutions démocratiques. Il en va de l’avenir de nous tous.