Le Maroc à l’école de la mondialisation - Par Mustapha Hmimmou

Le Maroc à l’école de la mondialisation - Par Mustapha Hmimmou

Pour le Maroc, ces investissements étrangers représentent un accélérateur de croissance, une école de savoir-faire, un tremplin vers l’économie du futur. Pour les multinationales, c’est une main-d’œuvre compétente à coût compétitif, un accès facilité aux marchés africains et européens

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De l’assemblage à la création, le Maroc avance avec méthode dans l’économie mondiale. Mustapha Hmimmou revient sur l’inauguration par le roi Mohammed VI d’une nouvelle usine Safran à Nouaceur illustrant une mutation silencieuse : celle d’un pays qui, tout en attirant les géants de la technologie mondiale, cherche à dépasser le rôle d’exécutant pour devenir acteur de l’innovation. Entre ouverture et maîtrise, le Royaume s’initie à la difficile alchimie de la souveraineté industrielle à l’ère de la mondialisation.

Mustapha Hmimmou

Un ancrage industriel au cœur de la mondialisation

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a présidé le 13 octobre 2025 à Noiceur, dans la zone industrielle Midparc, l’inauguration d’une nouvelle usine Safran dédiée aux moteurs d’avions. L’événement, hautement symbolique, illustre une étape supplémentaire dans la transformation silencieuse mais profonde du Maroc industriel.

Depuis une décennie, notre pays s’impose comme l’un des nouveaux ateliers technologiques du monde. Les grandes multinationales s’y installent, attirées par la stabilité politique, les infrastructures modernes et une main-d’œuvre qualifiée. Safran, STMicroelectronics, Renault, Siemens, Gamesa ou Lear ne se contentent plus d’y assembler : ils y conçoivent, y testent, y innovent. À première vue, tout le monde y gagne. Pourtant la question demeure : quelle la part réelle du profit de chacun des deux partenaires dans cette mondialisation industrielle ?

Pour le Maroc, ces investissements étrangers représentent un accélérateur de croissance, une école de savoir-faire, un tremplin vers l’économie du futur. Pour les multinationales, c’est une main-d’œuvre compétente à coût compétitif, un accès facilité aux marchés africains et européens. L’un apprend, l’autre rentabilise. L’équilibre semble parfait jusqu’à ce qu’on s’interroge sur la dépendance.

De l’apprentissage à la création

Car la dépendance industrielle n’est pas qu’économique, mais elle est aussi technologique et stratégique. Quand les brevets, les logiciels et les décisions restent à Paris, Munich ou Palo Alto, le pays d’accueil risque de n’être qu’un exécutant. Et si les chaînes des intérêts en efficacité et efficience se déplacent ailleurs, le pays d’accueil peut perdre en un instant ce qu’il avait mis des décennies à construire. Conscient de ce risque, le Maroc tente d’échapper aux dégâts probables de ce piège de la simple délocalisation.  Comment donc ?

Il investit dans la promotion des centres formation technique comme l’IFMIA, l’Université Mohammed VI Polytechnique, les diverses écoles d’ingénieurs, dans la création des zones industrielles intégrées comme Tanger Med, Midparc, Technopolis et encourage la recherche à travers le Plan d’Accélération Industrielle et la Stratégie nationale d’innovation. Il ne s’agit plus seulement de produire, mais de comprendre, d’apprendre, d’améliorer et d’innover pour créer. Cette politique rappelle, dans une version contemporaine, la trajectoire suivie autrefois par le Japon et puis de la Corée du Sud.

À la fin du XIXᵉ siècle, l’ère Meiji avait fait de l’ouverture japonaise au monde un outil de rattrapage. On apprenait des puissances occidentales avant de les concurrencer. En moins d’un demi-siècle, le Japon devint une puissance industrielle et technologique, capable de transformer la dépendance en souveraineté.

La Corée du Sud a repris ce modèle dans les années 1960 sous l’impulsion de l’État. Elle a accueilli les capitaux étrangers, formé ses ingénieurs et fait émerger ses propres champions : Samsung, Hyundai, LG. Aujourd’hui, elle n’imite plus elle invente.

L’optimisme comme moteur de la souveraineté

Le Maroc, à son tour, cherche cette voie. Il ne dispose ni du même poids démographique ni des mêmes moyens financiers, mais il partage la même ambition : monter dans la chaîne de valeur et maîtriser son destin industriel.

Le pari est exigeant. Il demande constance, patience et vision. Il suppose aussi que l’État marocain garde la main sur l’orientation stratégique de son économie, sans la livrer aux seules logiques du marché mondial.

Au fond, la question dépasse l’économie. Elle touche à la souveraineté, à la capacité d’un pays du Sud à apprendre du Nord sans s’y soumettre, à transformer la mondialisation en instrument de progrès et non de dépendance. Le Japon l’a prouvé hier, la Corée l’a confirmé. Le Maroc, aujourd’hui, semble vouloir en écrire sa propre version.

À cette fin, deux facteurs sont essentiels, au moins autant que toute stratégie : la confiance en soi et l’optimisme. Selon ce qu’on appelle la loi de l’attraction, croire dans les potentialités nationales et dans la capacité à surmonter les difficultés avec un esprit positif constitue le moteur de tout parcours ambitieux vers la souveraineté industrielle et le progrès économique et social. À l’inverse, le pessimisme étouffe toute ambition et freine l’élan du renouveau. L’optimisme des citoyens et des entrepreneurs, mesuré par des enquêtes régulières, constitue aujourd’hui un véritable indicateur avancé du dynamisme économique et de la capacité d’un pays à investir et innover.

L’expérience du Japon, de la Corée du Sud ou de la Chine montre que l’optimisme n’est pas un luxe psychologique, mais une force économique : il nourrit la confiance, attire l’investissement et incite les jeunes à innover plutôt qu’à émigrer. Mais contrairement au pessimisme, qui se propage spontanément, l’optimisme se cultive, comme une plante : il exige soin, constance et vision.

L’école et la formation sont le premier terreau. Au Maroc, la montée en puissance de l’Université Mohammed VI Polytechnique, les programmes de formation professionnelle et les filières technologiques de pointe créent un lien concret entre effort et réussite, forgeant une mentalité d’action. Les enquêtes récentes confirment cette dynamique : l’Arab Barometer 2024 note une amélioration de la confiance des citoyens dans l’avenir économique, et 81 % des chefs d’entreprise se disent optimistes pour 2025 (PwC).

C’est un optimisme de l’effort, et non du confort, capable de transformer la contrainte en opportunité et la dépendance en autonomie. La modernisation industrielle du Maroc, dans l’école de la mondialisation, ne repose donc pas seulement sur l’investissement des capitaux nationaux ou étrangers et sur la technologie, mais sur une énergie immatérielle : la confiance dans sa propre trajectoire, moteur discret et décisif de toute souveraineté industrielle future et durable.

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