L’importance de l’ouverture politique en temps de crise

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Discours Royal fête du Trône

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Le discours du Trône de cette année ne sera pas comme les précédents. C’est un truisme tant le Maroc passe par une phase critique où il se voit imposer trois grands défis : Le défi sanitaire, le défi économique et ses répercussions sociales, et fort probablement, par malchance ?, un défi électoral impératif qui se positionne dans le cours des évènements comme un des outils du maintien de la stabilité sociale.

Les défis sanitaires que mettent en exergue les chiffres des contaminations et les mises en garde du ministre de la Santé indiquent que la situation au Maroc, quoique globalement rassurante, demeure source d’inquiétude et fait du reconfinement une possibilité à ne pas écarter. 

Les défis économiques sont encore plus importants. Non seulement il s’agit de relancer la machine productive, mais aussi et surtout de reprendre les choses là où on les a laissées avant la pandémie. Quand le Maroc était à démonter son modèle économique et à explorer les voies à même de réparer les pannes et de combler les insuffisances qui faisaient que les retombées du développement ne touchaient pas les franges de la société qui se trouvent ne dehors de son champ.  

Enfin un défi électoral, de plus en plus l’objet de volontés politiques qui ne se considèrent plus tenues par le résultat des urnes, absorbées qu’elles sont par l’élaboration de scénarii dont le dénominateur commun est l’évincement du PJD de la chefferie du gouvernement. 

Ceci étant, le cœur pensant de l’Etat qu’exprime d’habitude le discours du Trône n’accorde aucun intérêt aux questions mineures. Il se dédie aux perspectives et se consacre au cap à prendre. Et ce n’est certainement pas par coïncidence qu’on ait choisi précisément ce moment pour lancer le débat sur les lois électorales comme pour bien indiquer que les élections auront lieu à leur échéance et que la stratégie de l’Etat n’appréhende pas séparément les trois défis : La sécurité sanitaire, la santé économique et la stabilité politique.

Une seule réponse, la politique

Il n’est pas difficile de linker défi économique et échéance électorale. Il faut juste rappeler à cet égard que la situation pré-vingt février a dégagé une leçon politique toujours d’actualité. A savoir que la dégradation des indicateurs économiques, la détérioration de la classe moyenne, l’élargissement du fossé entre les strass sociaux et la montée de la revendication sociale ne peuvent être résolus, en présence des insuffisances de l’Etat à y pallier, que par une réponse politique. Sachant, par ailleurs, que celle-ci ne peut se faire qu’à travers une élite politique forte capable de servir de relais avec la société et en mesure de la convaincre une deuxième fois et peut-être une troisième que la situation financière et économique de l’Etat exige le report de la demande en attendant le rétablissement des comptes. En contrepartie, il faut lui offrir un lot de réformes politiques et pourquoi pas constitutionnelles aussi. 

C’est dire que tout le problème actuel réside, sans doute, dans la conscience que l’on a de la nature de la relation entre le défi sanitaire et la stabilité politique. Ce qui n’est pas en soi si difficile à saisir. Il suffit de retenir que toute dégradation des indicateurs épidémiologiques justifiant un reconfinement va demander des efforts autres que ceux fournis au début de l’épidémie. Car il sera difficile aux franges sociales qui ont beaucoup souffert du premier confinement, de faire facilement prévaloir le sanitaire sur l’économique. Ce qui s’est passé récemment à Tanger est dans ce sens édifiant et tout ce qui peut se faire à l’avenir dans ce registre doit être abordé à l’aune de ces évènements.

En attendant le discours du Trône

Dans tous les cas, il n’y a pas de baguette magique pour relever ces défis, et seule une politique tablant sur des élites politiques adossées à une base sociale et suffisamment outillés pour faire face, peut, de concert avec les autorités,  réussir le challenge. 

Les autorités et leurs cadres sanitaires ont essayé la gestion, seuls, du confinement et de ses aléas. En dépit de vastes prérogatives dont les a dotés l’état l’urgence sanitaire, ils se sont retrouvés à la fin épuisés par l’énormité de la tâche.  Qu’il s’agisse de contenir l’épidémie, de convaincre les citoyens du respect des mesures de protection ou encore de répondre aux exigences économiques, elles ont testé de près les limites de leur capacité d’action et je ne crois pas qu’ils soient encore disposés, en cas de nécessité, à recommencer, tant il est maintenant avéré que cela représentera un supplément d’épuisement contre un faible rendement. 

Il est, certes, prématuré de prédire ce que contiendra le discours du Trône. Mais il est certain que ce qui préoccupe la réflexion de l’Etat dans le contexte pandémique ce sont ces défis et les voies et moyens d’en sortir. Ce faisant il est sûr que le centre du pouvoir sait pertinemment que le travail sur les rendez-vous électoraux ne saurait suffire à lui seul. De la même manière, la société marocaine sait que la sagesse royale n’est jamais en retard d’une crise, et qu’une large ouverture dans le domaine des droits de l’homme est de nature à faire de la société civile, droit-hommiste et médiatique un des piliers de la sortie de cette crise.     

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