L’Antithèse d’Abdelillah : Charité mal ordonnée !!

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couv-ABDELILAH-KAMAL Mieux que d?interdire la mendicit?, interdire de donner de l?argent ? des mendiants?sous peine de versement d?une amende au profit d?une fondation caritative Depuis quelques jours, une p?tition circule sur le net pour mobiliser les citoyens contre l?exploitation des enfants ? des fins de mendicit?. Ses initiateurs affirment que des mafias de mendiants se sont constitu?es, et qu?elles proc?dent ? la location de b?b?s et d?enfants qu?ils droguent pour dormir toute la journ?e?; ou, lorsqu?ils sont un peu plus ?g?s, les obligent ? racoler les passants, parfois en s?accrochant ? eux tout en implorant leur g?n?rosit?. La p?tition souhaite faire voter une loi qui rend ill?gale l?utilisation d?enfants sur la voie publique pour les prot?ger de toute exploitation malsaine. En fait, le code p?nal, dans ses articles 326 ? 333 interdit la mendicit?, mais ni les sanctions pr?vues, ni les campagnes p?riodiques des forces de l?ordre n?arrivent ? ?radiquer, ni m?me ? r?duire ce ph?nom?ne. Si moralement aucun citoyen ne peut approuver l?exploitation des enfants ? des fins de mendicit?, dans la r?alit?, un grand nombre de personnes succombent ? la tentation de faire un peu de charit? et distribuent quelques dirhams aux mendiants, avec ou sans enfants, avec ou sans handicap, jeunes ou vieux, marocains ou ?trangers?, et contribuent ainsi, sans se rendre compte, ? la prolif?ration du fl?au. Ce qu?il faut comprendre encore une fois, c?est que les mendiants et les bienfaiteurs, agissent aussi en tant qu?agents ?conomiques rationnels. C?est toujours en comparant les avantages et les co?ts, les gains et les risques, que les agents d?cident d?une action. Ainsi, lorsque la mendicit? rapporte ? une personne en bonne sant?, plus d?argent qu?une journ?e de labeur et de travail, elle sera bien entendu incit?e ? mendier plut?t qu?? travailler. C?est aussi le cas lorsque la journ?e de mendicit? rapporte moins que la journ?e de labeur, et que le mendiant estime que la perte en argent est compens?e par le repos acquis (probl?me de co?t d?opportunit?). De nombreuses personnes simulent un handicap ou exposent un handicap r?el pour ?mouvoir les c?urs des donneurs. Aussi bizarre que cela puisse para?tre, il s?agit d?une d?marche marketing qui a prouv? son efficacit?. Revenons, maintenant au donateur qui met la main ? la poche pour sortir un ou deux dirhams qu?il remet au gamin ou ? l?adulte qui le sollicite. Lui aussi agit en agent ?conomique rationnel. Cet acte lui procure des satisfactions imm?diates et des satisfactions ult?rieures. Dans l?imm?diat, il a l?impression d?avoir r?alis? un acte de g?n?rosit? tout en marquant sa sup?riorit? par rapport au r?cipiendaire. Dans le futur lointain, il pense avoir augment? ses chances d?aller au paradis puisqu?il a donn? ? un pauvre, r?el ou suppos?, une aum?ne aussi mis?rable que l?id?e qu?il se fait de la bont? et de la solidarit? sociale. Tout compte fait, cette charit? rapporte finalement plus que le commerce des stup?fiants?! Maintenant, au-del? du paysage pitoyable et de l?image d?gradante que la mendicit? donne de notre pays, il faut remarquer qu?elle op?re un effet d??viction des travailleurs, du march? de l?emploi vers le secteur de la mendicit?. Elle implique aussi une injustice vis-?-vis des personnes, qui par fiert?, pr?f?rent suer ? longueur de journ?e sur des chantiers de travail difficiles, pour gagner au final moins que les mendiants?! Une strat?gie de lutte contre la mendicit? ne peut pas r?ussir si on se contente d?interdire ? des personnes de mendier dans les rues, devant les mosqu?es, dans les cimeti?res et aux carrefours. Plus efficace serait une loi qui interdirait ? tous les citoyens de donner de l?argent ? des mendiants?; et que toute infraction soit punie par le versement d?une somme cons?quente au profit d?une fondation caritative choisie dans une liste valid?e et accr?dit?e par des autorit?s comp?tentes. La prise en charge par la collectivit? des personnes en difficult? est une obligation sociale et morale de chacun de nous, et la solidarit? nationale doit jouer en faveur des plus d?munis. Cependant, l?activit? caritative doit ?tre organis?e, maitris?e, contr?l?e et audit?e. Les indigents doivent ?tre d?clar?s et recens?s par centre urbain et par zone rurale, et ce sont des associations et des fondations qui doivent prendre en charge les actions d?assistance et d?aide. Tous les citoyens doivent contribuer ? l?effort de solidarit? nationale. Ces contributions peuvent ?tre en partie obligatoires et en partie volontaires. Mais on ne peut pas laisser cela au bon vouloir des personnes qui s?ach?tent bonne conscience au rabais, car les effets pervers sur la communaut? sont beaucoup plus nocifs que les gains ?ventuels de ce type de charit?.

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