Une lueur d'espoir pour les nouveaux pauvres de Covid-19

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La pandémie a fait basculer dans la pauvreté des personnes qui étaient sur le fil du rasoir, éprouvant déjà de la peine à joindre les deux bouts avant le Covid-19

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Par Hajar ERRAJI (MAP)

Rabat - Bientôt dix mois qu'il n’a pas porté son uniforme. Younès est maître d'hôtel dans un établissement luxueux en plein centre de Rabat. Une activité qui lui rapportait un revenu stable et assez suffisant pour assurer aisément les dépenses, même superflues, de sa famille. Avec la crise sanitaire, tout s’est brutalement arrêté, surtout sur le plan financier.

La pandémie a fait basculer dans la pauvreté des personnes qui étaient sur le fil du rasoir, éprouvant déjà de la peine à joindre les deux bouts avant le Covid-19, mais aussi des travailleurs et des indépendants qui n'avaient jamais connu la précarité.

Ces "nouveaux pauvres" de la crise sanitaire ont vu leur vie complètement chamboulée.

"Je tente de gérer cette situation difficile depuis que j’ai perdu mon emploi à cause de la pandémie !", déplore le jeune Younès qui travaillait dans un hôtel de renom, obligé de diminuer de 30% son personnel en l'absence d'événements et de touristes.

Ce père de deux filles a puisé dans ses économies, s’est endetté, n’a pas hésité à demander de l’aide à ses proches pour que la situation n’impacte pas le niveau de vie de sa petite famille, mais en vain.

"Il y a des dettes et des factures à payer, les frais de l’école également. J'ai essayé d'assurer toutes ces dépenses pendant des mois mais à un certain moment, il fallait prendre des décisions pour survivre. J’ai usé de toutes les pistes", raconte Younès qui n’a jamais imaginé qu’il pourrait un jour sombrer dans une telle précarité.

Face à cette situation, il a dû inscrire ses filles dans une école publique, de louer son appartement et d’aller vivre chez ses parents pour pouvoir honorer ses échéances bancaires. "Mais jusqu’à quand? On ne sait pas", s’interroge-t-il.

Dès que le gouvernement a annoncé l'allègement de certaines mesures de restrictions, dont la prolongation de l’ouverture des cafés et des restaurants jusqu’à 23h00, une lueur d’espoir est apparue. Sans attendre, le jeune père s'est mis immédiatement à la recherche d’un emploi. "Certes, je suis habitué à travailler dans des établissements hôteliers de renom, mais maintenant je n’ai plus le choix. Impossible de baisser les bras", a lancé Younès, qui a trouvé heureusement un emploi dans un restaurant pour espérer mettre fin à ses problèmes financiers.

Un peu plus loin, dans un quartier huppé de la capitale, nous retrouvons Ghita et Driss, un couple marié et propriétaire d’une salle de sports, connue pour son matériel sophistiqué et le professionnalisme de ses moniteurs.

"Suite à de longs mois de fermeture liés à la crise sanitaire, nous sommes ruinés", a déclaré la jeune femme.

Aussi perdu que sa femme, Driss a souligné que leur vie a changé soudainement. "Voyage, shopping, voiture, on menait un train de vie assez élevé sans chercher à faire de grosses économies. Nous n’avons jamais imaginé que nous allions être piégés par la crise surtout que notre projet marchait très bien", a regretté cette mère de quatre filles, elles-mêmes habituées à un mode de consommation ostentatoire.

Le couple entrevoit enfin le bout du tunnel après l’ouverture des salles de sports: après des mois de fermeture, il espère qu'avec cette réouverture les adhérents vont reprendre le chemin de la salle.

Aussitôt rassuré, Driss s'est réjoui d’autant qu’à peine qu’ils ont annoncé une ouverture prochaine des salles de sport, des gens ont commencé à les appeler pour savoir s'ils vont ouvrir pour qu'ils puissent venir faire du sport.

Mais cette fois-ci, c’est inutile de répéter les mêmes erreurs. Le couple est décidé de gérer ses dépenses d'une manière rationnelle.

“La solidarité entre toutes les composantes de la société demeure le moyen ultime pour dépasser cette crise”, souligne l’expert en économie Driss Effina, relevant que l’Etat a fourni des aides au début de la pandémie, tout en accompagnant plusieurs secteurs à travers une panoplie de mesures.

Aujourd'hui, avec le lancement du grand chantier de généralisation de la protection sociale, les nouveaux pauvres de Covid-19 peuvent s’attendre à un lendemain meilleur.

Ce chantier royal est venu au moment opportun, relève l'expert, mettant l'accent sur l'importance de la protection sociale notamment pour les personnes exerçant dans l'informel.