Iran–États-Unis : Téhéran appelle à arrêter la guerre tandis que Washington durcit l’étau économique

Iran–États-Unis : Téhéran appelle à arrêter la guerre tandis que Washington durcit l’étau économique

Des F/A-18 Super Hornets prêts au décollage sur le pont d'envol du porte-avions de classe Nimitz USS George Washington, alors que celui-ci opérait dans l'océan Indien le 18 août 2026. Il devrait remplacer l'USS Abraham Lincoln sujet à plusieurs problème(Photo de l'adjudant-chef Joshua Karsten / Marine américaine / AFP)

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Près de six mois après le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, le président iranien Massoud Pezeshkian affirme qu’il est temps de mettre fin au conflit, estimant que Téhéran se trouve « en position de force ». Dans le même temps, Washington engage une nouvelle phase de pression économique maximale, cherche à entraîner ses alliés et la Chine dans une campagne d’isolement de l’Iran et menace les pays qui continueraient à commercer avec lui. Pékin rejette cette stratégie, tandis que les Émirats arabes unis ont suspendu leurs échanges avec Téhéran, accentuant la pression sur une économie déjà fortement fragilisée.

Pezeshkian veut arrêter la guerre « dans la dignité »

Massoud Pezeshkian a déclaré vendredi qu’il était préférable de mettre fin à la guerre alors que, selon lui, l’Iran se trouve dans une position favorable face aux États-Unis.

« Il vaut mieux mettre fin à la guerre maintenant, alors que nous sommes en position de force et dans la dignité », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec des médecins. Un déclaration qui semble plus dirigée vers les différents centres de pouvoir iraniens qu’en direction des Etats Unis.

Le président iranien a présenté la situation actuelle comme une victoire politique et morale de Téhéran, accusant les États-Unis d’avoir attaqué des écoles, des hôpitaux et des infrastructures en violation des règles internationales.

Ces propos surviennent alors que le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Washington de « terrorisme économique » et de « crimes contre l’humanité » après l’annonce de nouvelles sanctions américaines.

Le ministère a même affirmé que les responsables de ces sanctions devraient être « jugés et punis » pour ces actes.

Washington choisit la guerre économique

Du côté américain, le discours est beaucoup plus offensif.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a promis que les États-Unis feraient « s’effondrer » le régime iranien grâce à une campagne de sanctions économiques renforcées.

Washington entend désormais faire de la pression économique son principal instrument dans le conflit, alors que les options militaires se réduisent, que la diplomatie est dans l’impasse et que la guerre demeure impopulaire au sein de l’opinion américaine.

« Nous sommes en quelque sorte dans une nouvelle phase où l’outil le plus efficace que nous ayons est la pression économique », a expliqué le vice-président JD Vance.

Scott Bessent est allé encore plus loin en menaçant directement les pays qui maintiendraient leurs relations économiques avec Téhéran.

« Tout pays qui maintiendrait un lien avec Téhéran précipiterait sa propre économie vers les oubliettes », a-t-il averti.

Dans un entretien à CNBC, il a indiqué que les pays refusant de soutenir cette offensive seraient considérés comme étant « contre nous ».

La Chine sommée de « se mettre au diapason »

La principale inconnue de cette nouvelle stratégie américaine reste la Chine.

Pékin constitue le partenaire économique le plus important de l’Iran, notamment dans le secteur pétrolier. Avant la guerre, plus de 80 % des exportations iraniennes de pétrole étaient destinées au marché chinois, selon la société d’analyse Kpler.

Plus largement, plus d’un quart des échanges commerciaux de l’Iran en 2024 étaient réalisés avec la Chine.

Scott Bessent a donc directement appelé Pékin à « se mettre au diapason ».

La capacité de Washington à convaincre ou contraindre la Chine de limiter ses échanges avec l’Iran constituera un test majeur du rapport de force entre les deux premières puissances mondiales.

Donald Trump affirme entretenir une relation privilégiée avec le président chinois Xi Jinping, qu’il doit recevoir aux États-Unis le 24 septembre.

Mais Pékin a clairement rejeté la stratégie américaine.

« Les sanctions et les pressions ne permettront pas de résoudre le problème », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian.

La Chine appelle au contraire à une solution « politique et diplomatique » et dénonce les sanctions unilatérales n’ayant ni fondement en droit international ni autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU.

Un bras de fer sino-américain derrière le conflit iranien

La question iranienne devient ainsi aussi un terrain de confrontation indirecte entre Washington et Pékin.

Les États-Unis cherchent à priver Téhéran de ses principaux débouchés commerciaux et financiers. Or, tant que la Chine continue d’acheter massivement du pétrole iranien, l’efficacité de cette stratégie reste limitée.

L’Iran utilise notamment une flotte dite « fantôme » pour poursuivre ses exportations malgré les sanctions.

Washington tente donc de transformer la campagne contre Téhéran en test de loyauté géopolitique : les États partenaires des États-Unis sont sommés de s’aligner, tandis que la Chine est directement placée devant le choix de maintenir ou non son soutien économique à l’Iran.

La réaction de Pékin montre cependant que ce front économique sera difficile à unifier.

Les Émirats rompent leurs échanges avec Téhéran

Les Émirats arabes unis ont, en revanche, franchi un pas majeur en annonçant la suspension de tous leurs échanges commerciaux et financiers avec l’Iran. Principale cible des attaques iraniennes depuis le début le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, Abou Dhabi a visiblement fini par perdre patience.

Sa décision est lourde de conséquences, car les Émirats figurent parmi les principaux partenaires économiques de Téhéran.

Durant les dix mois précédant la guerre, les échanges entre les deux pays avaient atteint 21,2 milliards de dollars.

En 2024, les Émirats étaient le premier fournisseur de l’Iran, avec 30,6 % de ses importations, soit environ 21 milliards de dollars.

Ils étaient également son troisième client, absorbant près de 12 % des exportations iraniennes, pour plus de 7 milliards de dollars.

Une grande partie de ces échanges repose sur des réexportations de produits allant des téléphones aux produits alimentaires.

Mais les flux officiels ne représentent qu’une partie du commerce réel.

Selon plusieurs experts, des banques et sociétés installées aux Émirats jouent également un rôle dans les circuits permettant à l’Iran de contourner les sanctions internationales.

Une rupture qui ne bloquera pas tous les circuits

Max Meizlish, chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties et ancien membre du Bureau du contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain, affirme que des milliards de dollars issus des recettes pétrolières iraniennes transitent encore indirectement par les Émirats via des sociétés écrans basées notamment en Chine et à Hong Kong.

Selon lui, la coupure des échanges directs ne suffira pas à empêcher ces revenus d’atteindre Téhéran.

Il appelle donc Washington à maintenir la pression sur les banques émiraties pour renforcer la surveillance des transactions suspectes.

Abou Dhabi veut aussi envoyer un message politique

La décision émiratie ne s’explique pas seulement par la pression américaine.

Les relations entre Abou Dhabi et Téhéran se sont fortement détériorées depuis le début de la guerre.

Lors de la première phase du conflit, l’Iran avait lancé près de 3.000 attaques contre les Émirats arabes unis. Abou Dhabi avait rappelé son ambassadeur à Téhéran et fermé les écoles ainsi que les hôpitaux liés à l’État iranien.

Une période d’accalmie avait suivi la signature d’un protocole d’accord entre Washington et Téhéran en juin.

Mais ces dernières semaines, l’Iran a de nouveau été accusé d’avoir ciblé plusieurs pétroliers appartenant à la compagnie nationale émiratie Adnoc.

Mardi, les Émirats ont également affirmé que des missiles iraniens visant des navires étaient tombés en mer.

Pour le chercheur Esfandar Batmanghelidj, la suspension des échanges permet à Abou Dhabi de montrer qu’il n’existe « aucune divergence » avec Washington.

Mohammed Baharoon, directeur du Centre de recherche sur les politiques publiques de Dubaï, nuance toutefois cette lecture. Selon lui, il ne s’agit pas simplement de se rallier aux sanctions américaines, mais de redéfinir les bases de la relation avec Téhéran après plusieurs tentatives de dialogue.

Une économie iranienne sous pression

La guerre économique intervient alors que l’économie iranienne est déjà sévèrement affectée.

Des décennies de sanctions, auxquelles s’ajoutent désormais près de six mois de conflit, ont réduit les marges de manœuvre du régime.

La perte d’un partenaire comme les Émirats, si elle se confirme dans la durée, pourrait compliquer l’accès de l’Iran à certains produits, devises et circuits financiers.

Après six mois de guerre, l’affrontement entre l’Iran et les États-Unis change de forme. Mais il est encore loin d’être terminé.