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Programme gouvernemental : la confiance acquise, l’exécution au cœur du débat
L’adoption du programme à la majorité absolue des membres de la Chambre des représentants parachève les conditions constitutionnelles permettant au nouvel Exécutif d’exercer ses prérogatives.
La Chambre des représentants a accordé sa confiance au gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, jeudi, par 204 voix contre 127. Les échanges ont opposé une majorité saluant les ambitions sociales du programme à une opposition dénonçant l’absence d’indicateurs et d’échéances. La Cheffe du gouvernement promet une rupture dans les méthodes de gestion.
Une investiture constitutionnelle et une promesse de résultats
L’adoption du programme à la majorité absolue des membres de la Chambre des représentants parachève les conditions constitutionnelles permettant au nouvel Exécutif d’exercer ses prérogatives. Présenté devant les deux Chambres, ce programme a obtenu la confiance des députés conformément à l’article 88 de la Constitution.
En réponse aux groupes parlementaires, Fatima Ezzahra El Mansouri a défendu un projet « nouveau et ambitieux ». La rupture annoncée concerne, précise-t-elle, les méthodes de gestion et la mise en œuvre des projets. Elle entend ainsi traduire les engagements électoraux en réalisations au cours des cinq années du mandat.
La Cheffe du gouvernement a également justifié la formation de la coalition réunissant quatre partis. Cette alliance repose sur la convergence et la complémentarité de leurs programmes électoraux, plutôt que sur la recherche d’une majorité numérique. Le programme commun résulte de débats et de travaux en commission, nourris par l’expérience gouvernementale et l’examen des dossiers.
Cette démarche a permis, explique-t-elle, de distinguer les réalisations accomplies des objectifs qui n’ont pas été atteints comme prévu. Elle inscrit donc l’action du nouvel Exécutif dans une évaluation des politiques engagées, avec l’ambition d’améliorer leur exécution.
Face aux critiques sur l’absence de calendrier, Fatima Ezzahra El Mansouri distingue trois niveaux : le programme gouvernemental, qui fixe les grandes orientations, la feuille de route et la loi de finances. Elle réaffirme l’engagement de concrétiser les promesses présentées aux citoyens durant la campagne électorale.
Sur les rapports avec l’opposition, elle se dit disposée à dialoguer avec toutes les formations politiques dans l’intérêt général. Les divergences entre projets de société ne doivent pas empêcher les échanges, fondés sur l’écoute et le respect mutuels.
Évoquant la participation électorale, elle estime que restaurer la confiance dans les partis et les institutions élues relève d’une responsabilité collective. Cela exige un renouvellement du discours politique et une meilleure prise en compte des attentes des jeunes générations. Elle appelle à un débat politique de meilleure qualité et à une écoute réciproque, tout en assurant que « le gouvernement sera au rendez-vous ».
Elle invite ainsi les acteurs politiques à mieux articuler leurs échanges avec les préoccupations exprimées par la population.
L’opposition réclame des engagements mesurables
Pour les groupes de l’opposition, le programme manque d’identité politique, de vision réformatrice et de mesures pratiques. Ils dénoncent l’absence d’indicateurs précis et d’échéances, ainsi qu’un décalage entre les promesses électorales et l’architecture gouvernementale.
La lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts constitue également un grief partagé.
Le Rassemblement national des indépendants critique une élaboration précipitée et une logique de « quotas et d’arrangements » au détriment des compétences. Il déplore le recul de la représentation féminine et relève l’insuffisante prise en compte des Marocains résidant à l’étranger, des personnes handicapées et de l’économie informelle.
Selon le RNI, le contexte économique hérité par l’Exécutif justifiait davantage d’ambition : inflation inférieure à 1 %, croissance proche de 5 % et déficit budgétaire ramené à 3 %. Le groupe pointe aussi les lacunes concernant la gestion des catastrophes, les territoires montagneux et frontaliers et l’économie des soins.
Le Parti de la justice et du développement dénonce l’absence d’une vision stratégique intégrée. Il considère que le silence sur la moralisation de la vie publique traduit un manque de volonté de rompre avec la rente, au risque d’affaiblir la crédibilité institutionnelle et la confiance citoyenne.
Le PJD critique une « composition hybride manquant de cohérence », négligeant les droits humains, le monde rural et les MRE. Il regrette également l’absence de réponse globale aux attentes des jeunes et de stratégie faisant du sport un levier de développement.
Le groupe Haraki parle d’une « déclaration d’intentions ». Il réclame des mesures pour protéger le pouvoir d’achat, plafonner les prix des carburants et généraliser les aides sociales sans conditions complexes. Il demande le désenclavement rural, l’accès à l’eau et aux soins, ainsi que l’application effective du caractère officiel de l’amazighe.
L’Alliance de la Gauche conteste la subordination des engagements aux conditions de « faisabilité opérationnelle et de durabilité financière », qu’elle interprète comme un désengagement anticipé. Elle déplore l’absence de réponses décisives à l’emploi et au chômage.
Le groupement défend la gratuité de la santé, de l’enseignement et de l’université, la revalorisation des bourses et un impôt progressif sur la fortune, les revenus de rente et les bénéfices monopolistiques. Il réclame aussi une réforme des retraites sans recul de l’âge de départ ni réduction des pensions, ainsi que le respect des droits des personnes handicapées, de la parité, de l’amazighité et des MRE.
La majorité défend un programme social à concrétiser
Les groupes de la majorité saluent la place accordée au pouvoir d’achat, à la protection sociale et aux services publics. Ils insistent toutefois sur la traduction des engagements en mesures concrètes, capables d’améliorer la santé, l’enseignement, l’emploi et l’insertion des jeunes, tout en réduisant les disparités sociales et territoriales.
Pour le groupe Authenticité et Modernité, l’offre gouvernementale s’appuie sur la démocratie sociale et une répartition équitable des richesses. Justice sociale et bonne gouvernance forment les deux dimensions d’un même projet, qui associe protection des deniers publics et reddition des comptes.
Le PAM demande trois réformes : compléter la législation contre l’enrichissement illicite, adopter une loi prévenant les conflits d’intérêts et moderniser les règles de déclaration obligatoire du patrimoine. Il appelle à dépasser les calculs partisans pour donner un sens concret à la voix citoyenne.
Le groupe istiqlalien souligne les engagements relatifs aux valeurs, à la cohésion familiale, à la lutte contre la corruption et la rente, ainsi qu’au renforcement de la classe moyenne. Il y voit le prolongement des programmes électoraux de la coalition.
À ses yeux, l’efficacité publique doit guider la gestion gouvernementale, avec une organisation fondée sur la complémentarité et la convergence. Il affirme son adhésion à un programme jugé ambitieux et réaliste, destiné à concrétiser les réformes et à consolider les acquis du Royaume sous le leadership du Roi Mohammed VI.
Le groupe socialiste considère les engagements comme un contrat politique avec les citoyens. Leur crédibilité suppose une exécution effective, de la transparence lorsque surviennent des retards et une révision des mesures qui n’atteignent pas leurs objectifs. Le projet de loi de finances sera, souligne-t-il, le test pratique des priorités, des ressources mobilisées et des bénéficiaires.
Le groupe Constitutionnel, Démocratique et social soutient les sept priorités du programme et son réalisme. Il salue la volonté de corriger les lenteurs et les dépassements de délais, notamment pour la régionalisation avancée et la déconcentration administrative, leviers d’équité territoriale.
Enfin, le groupe du Progrès et du socialisme accueille favorablement la priorité sociale et les réformes nécessaires pour réduire pauvreté, précarité et inégalités. Il défend une démarche combinant consolidation des acquis et rupture avec les dysfonctionnements des politiques publiques.
Tous soulignent la nécessité d’une mise en œuvre efficace.