Arthrose : l’âge n’est pas le seul coupable – Par Dr Anwar Cherkaoui

Arthrose : l’âge n’est pas le seul coupable – Par Dr Anwar Cherkaoui

L’arthrose n’est pas simplement une « usure » liée à l’âge. Elle peut toucher des sujets jeunes, notamment après des traumatismes ou sous l’effet de contraintes professionnelles ou sportives répétées.

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À l’occasion de la Journée mondiale de l’arthrose, Anwar Cherkaoui rappelle que cette maladie articulaire ne se résume ni au vieillissement ni à une simple usure du cartilage. Traumatismes, surpoids, contraintes professionnelles ou sportives peuvent aussi favoriser son apparition, parfois chez des sujets jeunes. Surtout, l’arthrose ne condamne pas à l’immobilité.

 Anwar Cherkaoui

 Expert en communication médicale et de santé

À l’occasion de la Journée mondiale de l’arthrose, le 17 septembre, il est temps de corriger quelques idées reçues.

L’arthrose n’est pas simplement une « usure » liée à l’âge. Elle peut toucher des sujets jeunes, notamment après des traumatismes ou sous l’effet de contraintes professionnelles ou sportives répétées.

Et contrairement à une autre croyance, avoir de l’arthrose ne signifie pas qu’il faut arrêter de bouger. Aujourd’hui, activité physique, renforcement musculaire, perte de poids en cas de surpoids et traitements adaptés permettent de mieux contrôler la maladie et ses douleurs.

 L’arthrose, bien plus qu’une usure

L’arthrose est la maladie articulaire la plus fréquente.  Elle ne se résume pas à la disparition progressive du cartilage : elle concerne l’ensemble de l’articulation, notamment le cartilage, l’os, la membrane synoviale, les ligaments et les muscles. Elle touche particulièrement les genoux, les hanches, les mains et la colonne vertébrale.

Douleur, raideur et limitation des mouvements peuvent progressivement perturber les activités quotidiennes et, dans les formes avancées, réduire l’autonomie.

Mais l’arthrose n’est pas l’apanage des personnes âgées.  L’âge est un facteur de risque, pas une condamnation.  Un traumatisme articulaire, certaines pratiques sportives, des gestes professionnels répétés, le surpoids, l’obésité ou encore des facteurs génétiques peuvent favoriser son apparition.

Ainsi, un genou douloureux chez un quadragénaire sportif ou exposé à des contraintes professionnelles mérite autant d’attention qu’un genou arthrosique chez une personne âgée.

 Une radiographie ne mesure pas la douleur

Autre piège : croire que plus une articulation paraît « abîmée » sur une radiographie, plus elle doit être douloureuse. Ce n’est pas toujours le cas. La sévérité des anomalies radiologiques et l’intensité des symptômes ne sont pas nécessairement proportionnelles.

Certains patients présentent des signes radiologiques importants avec peu de douleurs, tandis que d’autres souffrent beaucoup malgré des anomalies plus modestes.

La radiographie est donc un outil important, mais elle ne doit pas devenir le seul juge de la maladie. Le médecin doit surtout écouter le patient, évaluer sa douleur, sa mobilité et l’impact de l’arthrose sur sa vie quotidienne.

 Bouger, même avec de l’arthrose

Faut-il mettre une articulation arthrosique au repos ? C’est généralement une mauvaise idée.

L’activité physique et le renforcement musculaire font partie des piliers du traitement.

Ils permettent de renforcer les muscles qui stabilisent et protègent l’articulation, d'améliorer la mobilité et de réduire les douleurs.

Marche, vélo, natation, exercices dans l’eau ou renforcement musculaire peuvent être adaptés à l’âge, à l’articulation concernée et aux capacités de chacun.

Une reprise de l’activité peut parfois provoquer une gêne ou une augmentation transitoire de la douleur. Cela ne signifie pas nécessairement que l’articulation est en train de se détériorer. Le secret est simple : progressivité, régularité et adaptation.

 Quelques kilos en moins peuvent faire une vraie différence

Chez une personne en surpoids ou obèse, notamment lorsqu’il existe une arthrose du genou ou de la hanche, la perte de poids constitue un véritable levier thérapeutique. Perdre quelques kilos peut déjà contribuer à diminuer les douleurs et à améliorer la mobilité.

Une perte de poids plus importante et durable peut apporter un bénéfice supplémentaire. Il ne s’agit donc pas seulement d’une question esthétique.

Réduire le poids, c’est aussi réduire les contraintes mécaniques exercées sur les articulations et améliorer l’efficacité globale de la prise en charge.

 Des traitements qui ont évolué

« Il n’y a rien à faire » est probablement l’une des phrases les plus décourageantes entendues par les patients arthrosiques. Elle est aujourd’hui dépassée. Comme le souligne le Pr Abdellah El Maghraoui, président de la Société marocaine de rhumatologie, la prise en charge doit être adaptée au profil de chaque patient et ne peut se limiter à une seule prescription.

Les traitements antalgiques et anti-inflammatoires peuvent être utiles dans certaines situations, avec des précautions particulières chez les personnes âgées ou présentant d’autres maladies.

Des traitements locaux, notamment certaines infiltrations, peuvent également être proposés dans des indications précises.

L’acide hyaluronique, le PRP — plasma riche en plaquettes — et certains compléments alimentaires sont également utilisés chez certains patients, mais leurs indications et leur efficacité peuvent varier. Ils ne doivent pas être présentés comme des traitements miracles.

L’essentiel est ailleurs : le traitement doit être personnalisé et associer, lorsque cela est nécessaire, exercice, contrôle du poids, prise en charge de la douleur et traitements médicaux adaptés.

 Quand faut-il penser à la prothèse ?

La chirurgie n’est ni automatique ni la première étape.

Une prothèse de genou ou de hanche peut toutefois transformer la vie d’un patient lorsque les douleurs et le handicap deviennent importants et persistent malgré une prise en charge médicale bien conduite.

La question n’est donc pas « opérer ou ne pas opérer ? », mais plutôt : quel traitement pour quel patient, et à quel moment ?

 Le message de la Journée mondiale

Face à l’arthrose, il faut définitivement abandonner trois idées : « c’est forcément l’âge », « il faut rester au repos » et « la radiographie dit tout ».

L’arthrose peut toucher les jeunes, la douleur n’est pas toujours proportionnelle aux images radiologiques et quelques kilos perdus peuvent déjà améliorer les symptômes chez les personnes en surpoids.

Surtout, les progrès de la prise en charge permettent aujourd’hui de mieux contrôler les douleurs et de préserver la mobilité.

L’objectif n’est pas de traiter une radiographie, mais une personne : sa douleur, sa mobilité, son autonomie et sa qualité de vie.

Et face à l’arthrose, le premier réflexe ne devrait plus être : « Ne bougez surtout pas ! » Mais plutôt : « Bougez mieux, progressivement, régulièrement et avec un accompagnement adapté. »