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Fête du Trône au Maroc : la stratégie de la route et du gazoduc - Par Hatim Betioui
Le choix de donner le nom du président Trump à la voie express et les avancées réalisées dans le projet de gazoduc africain, à la veille des célébrations de la Fête du Trône, confirment la consolidation par le Maroc de sa souveraineté sur son Sahara.
La célébration du 27e anniversaire de l’accession du roi Mohammed VI au Trône coïncide avec deux avancées stratégiques majeures : la mise en service de la voie express Tiznit-Dakhla et l’institutionnalisation du gazoduc Afrique-Atlantique Nigeria-Maroc. Hatim Betioui revient sur ces deux projets qui illustrent la volonté du Royaume de consolider sa souveraineté sur ses provinces du Sud, d’approfondir son ancrage africain et de renforcer son rôle de trait d’union énergétique et logistique entre l’Afrique et l’Europe.

Hatim Betioui
Deux annonces stratégiques
Si la Fête du Trône constitue au Maroc une occasion de dresser le bilan des grands projets stratégiques engagés par le Royaume, elle est aussi le moment où le souverain adresse un discours au peuple marocain, rappelant les réalisations accomplies sans omettre les insuffisances et les dysfonctionnements auxquels il convient de remédier.
Le 27e anniversaire de l’accession du roi Mohammed VI à la tête de l’État alaouite, une dynastie vieille de 386 ans, coïncide cette année avec l’annonce de deux événements stratégiques majeurs.
Le premier concerne l’achèvement de la voie express Tiznit-Dakhla, longue de 1 055 kilomètres, désormais ouverte à la circulation et à laquelle le roi Mohammed VI a décidé de donner le nom du président américain Donald Trump.
Le second événement est lié à une percée diplomatique marocaine. Le 19 juillet, à Freetown, capitale de la Sierra Leone, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la Cedeao, ont signé l’accord intergouvernemental encadrant le projet de gazoduc africain Nigeria-Maroc.
Cette signature fait passer le projet de son caractère initialement bilatéral, issu d’une initiative commune de Rabat et d’Abuja, à une nouvelle phase institutionnelle et financière ouvrant la voie à sa mise en œuvre effective.
Des infrastructures au service de la puissance diplomatique
La concomitance de ces deux événements consacre l’image d’un Maroc qui investit dans la légitimité du développement au sein de ses provinces sahariennes du Sud, tout en renforçant ses partenariats internationaux avec les États-Unis et les pays d’Afrique de l’Ouest.
Elle traduit également le passage de la diplomatie marocaine d’un schéma traditionnel à une véritable diplomatie des grands projets stratégiques, dans laquelle les routes, les ports et les corridors énergétiques deviennent des instruments d’influence géopolitique.
Si les deux annonces peuvent apparaître, à première vue, comme deux décisions distinctes, elles délivrent en réalité des messages politiques et géostratégiques complémentaires, qui donnent à voir les contours de la stratégie poursuivie par le Royaume du Maroc à ce stade.
Donner le nom du président Trump à la voie express reliant le nord du Maroc à son extrême sud ne constitue pas seulement un hommage rendu à une personnalité politique internationale. Ce choix revêt une forte portée symbolique, directement liée à la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara et de la souveraineté de Rabat sur ce territoire, annoncée par l’administration Trump au cours de son premier mandat, le 10 décembre 2020.
Tiznit-Dakhla, colonne vertébrale de l’ouverture atlantique
La voie express Tiznit-Dakhla apporte un soutien considérable au futur port Dakhla Atlantique et à l’Initiative atlantique en faveur des pays du Sahel.
Cette initiative, lancée par le roi Mohammed VI dans son discours commémorant la Marche verte, le 6 novembre 2023, vise à permettre aux États enclavés du Sahel de bénéficier des infrastructures marocaines, notamment des ports, des routes et des réseaux de transport. Elle doit ainsi favoriser leur intégration économique et leur ouverture sur le commerce mondial.
Cette voie express constitue en outre l’un des plus grands projets d’infrastructure réalisés dans les provinces sahariennes du Sud du Maroc. Elle contribue au renforcement du développement économique et de l’investissement dans la région.
Il s’agit donc d’une initiative aux dimensions géostratégiques évidentes, compte tenu de la position de Dakhla, devenue une porte d’entrée du Maroc vers l’Afrique et l’espace atlantique.
Le gazoduc entre dans une nouvelle phase
Le projet de gazoduc constitue lui aussi un tournant majeur. Il ne s’agit plus seulement d’une initiative maroco-nigériane, mais d’un projet régional multilatéral auquel les États signataires sont désormais liés sur les plans juridique et institutionnel.
Le projet passe ainsi du stade de l’idée politique à celui de l’ingénierie juridique et financière.
Le message adressé par Rabat aux pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel est clair : le Maroc ne se présente pas uniquement comme un partenaire, mais également comme une plateforme d’investissement, un corridor énergétique et une passerelle vers les marchés européens.
Le rôle du gazoduc ne se limitera pas au seul transport du gaz. Il devrait également permettre l’acheminement de l’électricité et de l’hydrogène vert, ainsi que le déploiement de réseaux de fibre optique, tout en ouvrant de nouveaux corridors commerciaux.
Nous sommes donc face à un projet d’intégration régionale davantage qu’à une simple infrastructure énergétique.
Un message stratégique adressé à l’Europe
À travers ce projet, le Maroc adresse un deuxième message à l’Europe : il est désormais appelé à devenir un partenaire stratégique de sa sécurité énergétique.
Le Royaume se positionne comme une porte d’entrée du gaz africain, un futur pôle des énergies renouvelables et un axe majeur de connexion entre l’Afrique et l’Europe, à travers l’océan Atlantique et la mer Méditerranée.
Le principal pari remporté par Rabat réside ainsi dans sa capacité à construire un vaste réseau d’intérêts économiques avec plus d’une dizaine de pays africains, faisant échouer les tentatives de certaines puissances régionales, au premier rang desquelles l’Algérie, qui cherchent à isoler le Maroc de son environnement africain.
Le Maroc a réalisé un coup de maître lors du dernier sommet de la Cedeao, confirmant que l’influence ne se mesure pas à l’aune des slogans, mais à celle des projets transfrontaliers, de l’élargissement des investissements et de la construction d’infrastructures capables de créer des intérêts communs durables.
Une puissance atlantique et africaine en devenir
À travers cette démarche, le Maroc a également réussi à redessiner la carte de l’Afrique de l’Ouest.
Plus encore, Rabat se présente aujourd’hui comme une puissance atlantique et africaine montante, capable d’associer légitimité politique, réalisation de projets de développement et interconnexion énergétique et logistique entre l’Afrique et l’Europe.
Le choix de donner le nom du président Trump à la voie express et les avancées réalisées dans le projet de gazoduc africain, à la veille des célébrations de la Fête du Trône, confirment la consolidation par le Maroc de sa souveraineté sur son Sahara.
Celui-ci n’est plus envisagé comme un simple dossier politique, mais comme un espace de développement, d’investissement et de connexion continentale.
Ces deux projets constituent également un indicateur majeur du renforcement de la place régionale du Royaume et de l’affirmation de son rôle comme axe stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’espace atlantique.