Le Maroc à l'heure de la souveraineté économique – Par Hamid Fayou

Le Maroc à l'heure de la souveraineté économique – Par Hamid Fayou

Le roi Mohammed VI procédant à l’inauguration le 18 septembre 2025 et à la visite de plusieurs projets d’envergure inscrits dans le cadre de la restructuration et du développement du Complexe portuaire de Casablanca, visant à conforter le rayonnement économique et touristique de la métropole.

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Le Maroc accélère sa marche vers la souveraineté économique en renforçant son industrie, ses infrastructures et son capital humain. Hamid Fayou revient cette ambition qui, portée par une croissance soutenue, vise à réduire les dépendances, stimuler l’emploi et consolider la place du Royaume comme plateforme productive entre l’Europe et l’Afrique.

Hamid Fayou*

Le Maroc entre dans une nouvelle phase de son développement économique. Dans son Discours du Trône, le Roi Mohammed VI a réaffirmé que la souveraineté économique constitue désormais un impératif stratégique. Les crises sanitaires, les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d'approvisionnement et les défis climatiques ont démontré que la sécurité économique est devenue un enjeu de souveraineté nationale. Dans ce contexte, le Royaume poursuit une stratégie visant à renforcer son autonomie productive tout en consolidant son ouverture sur les marchés internationaux.

Les indicateurs macroéconomiques témoignent de cette dynamique. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance du PIB réel du Maroc a atteint 4,9 % en 2025, son meilleur niveau depuis plusieurs années, tandis qu'elle devrait se maintenir autour de 4,4 % en 2026. L'inflation est restée maîtrisée à 0,8 % en moyenne en 2025, offrant un environnement favorable à l'investissement et au pouvoir d'achat. En parallèle, le déficit budgétaire s'est réduit à 3,5 % du PIB, traduisant une amélioration progressive des équilibres macroéconomiques.

La souveraineté économique repose également sur une base industrielle de plus en plus solide. L'industrie automobile demeure le premier secteur exportateur du Royaume, tandis que les filières de l'aéronautique, des phosphates, des énergies renouvelables et des batteries électriques connaissent une expansion remarquable. En juillet 2026, la Banque africaine de développement a approuvé un financement de 114 millions de dollars pour la première gigafactory africaine de batteries pour véhicules électriques au Maroc. Ce projet, représentant un investissement global d'environ 1,3 milliard de dollars, devrait créer plus de 600 emplois directs dans sa première phase et porter le taux d'intégration locale à près de 70 %, renforçant ainsi la souveraineté industrielle du Royaume.

Cette ambition industrielle doit être accompagnée d'un investissement massif dans le capital humain. La souveraineté économique ne se limite pas aux infrastructures ou aux usines ; elle repose également sur la qualité de l'éducation, de la formation professionnelle, de la recherche scientifique et de l'innovation. Les nouvelles industries exigent des compétences de haut niveau dans les domaines du numérique, de l'intelligence artificielle, de la transition énergétique et de l'ingénierie. Investir dans les talents marocains constitue l'un des meilleurs moyens de réduire la dépendance technologique et de créer une croissance durable.

Le Royaume dispose aujourd'hui d'atouts considérables. Avec plus de 36,8 millions d'habitants, un réseau d'accords de libre-échange couvrant de nombreux marchés, des infrastructures de rang mondial telles que le port Tanger Med et une position géographique privilégiée entre l'Europe et l'Afrique, le Maroc renforce progressivement son rôle de plateforme industrielle et logistique régionale. Les exportations de produits à forte valeur ajoutée, notamment dans l'automobile et l'aéronautique, illustrent cette transformation structurelle de l'économie nationale.

Cependant, la souveraineté économique reste un chantier en construction. Malgré les progrès réalisés, le chômage demeure élevé, atteignant 13 % en 2025 selon le FMI, ce qui souligne la nécessité d'accélérer la création d'emplois productifs. Les défis liés au stress hydrique, aux disparités territoriales, à la transition numérique et au développement des PME exigent des politiques publiques plus inclusives. La souveraineté économique implique également une gouvernance performante, une justice économique et une mobilisation accrue de l'investissement privé.

Le Discours du Trône dessine ainsi une vision ambitieuse pour le Maroc de demain. La souveraineté économique n'est plus un simple concept, mais une stratégie nationale fondée sur la résilience, l'industrialisation, l'innovation et la valorisation des ressources nationales. À l'horizon 2030, avec les grands projets structurants, les préparatifs de la Coupe du monde et la montée en puissance de nouvelles filières industrielles, le Royaume dispose des atouts nécessaires pour consolider sa place parmi les économies les plus compétitives du continent africain et faire de la souveraineté économique un véritable levier de prospérité partagée.

*Hamid Fayou est docteur en économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégique

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