Les noces de la cupidité et de l’ignorance

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Un souk de moutons au mépris des mesures sanitaires (Voir vidéo)

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Coté gouvernement, c’est un peu panique à bord. Entre tâtonnement et précipitation, se dégage un sentiment d’improvisation. Sans crier gars, on annonce le cadenassage des villes à la veille de la traditionnelle transhumance de la fête du mouton. Il aurait été plus simple, et certainement plus courageux, de faire l’impasse sur ce rituel dont raffole les Marocains. 

En termes de durée, Le Maroc est le pays qui aura vécu l’un des plus longs confinements au monde.  Depuis le 14 mars, cela fait 135 jours que le virus fait le siège du pays. Autant, avec les décisions avisées de sa Majesté, le pays a bien accompagné la pandémie, autant, aujourd’hui, on semble assister à un pitoyable pataquès. Un lamentable retournement de situation. D’outsider au début, nous voici bientôt classés parmi les tocards. Au début du processus, le monde entier avait loué la réactivité marocaine. Maintenant, tout laisse penser que ce capital symbolique est en passe de s’évaporer, ce qui, en soi, est moins grave que la dilapidation de tous les efforts consentis par l’Etat, l’économie et le peuple marocain. 

A défaut de traitement, le monde n’a trouvé que les gestes barrières, la distanciation et le masque pour endiguer la circulation du virus. Les gestes barrières, ce n’est pas seulement pour se protéger soi-même. Ils sont surtout destinés à protéger les autres. Cette idée, fondamentale, suppose une forme de discipline citoyenne. A défaut de quoi, cet ennemi invisible se repait de l’entourage. C’est dire, au point où nous en sommes, que le danger ne provient plus du covid-19 mais du peuple lui-même. Cette expérience, nouvelle et qui n’a pas encore livré tous ses secrets, nous enseigne déjà qu’il est fichtrement vain de se soumettre à l’autorité, voire à l’autoritarisme échevelé des forces auxiliaires, sans une citoyenneté féconde. Face à cette menace et à ce péril inédit, le souci de l’Autre est le seul gage de la victoire. C’est cela qui fait peuple. C’est loin d’être gagné.

A la lecture de la géographie de la propagation, il est frappant de constater la similitude des points de fixation du Covid-19. Au début, ce virus semblait n’aimer que l’urbain. Les clusters les plus actifs se manifesteront et dans les entreprises et dans les quartiers populaires. Ce sont les noces de la cupidité et de l’ignorance dans son sens le plus balourd du terme. Et bien que ces deux notions s’écrivent au féminin, elles ont enfanté, dans leurs épousailles, une dégénérescence qui a le syndrome Frankenstein. Pour les entreprises, il aurait fallu sévir, dès le premier cas de contamination sur un lieu de travail. Faire preuve d’une extrême et saine sévérité avec ces patrons qui, négligence et impéritie aidant, ont agi comme le feraient des collabos avec un ennemi. Il aurait fallu les frapper là où cela leur fait le plus de mal, à savoir le portefeuille. Dans ces entreprises, à Tanger ou à Casa, les ouvrières et ouvriers, habitent dans les quartiers populaires à forte densité. Ceci explique cela. 

Pour ce qui est de l’ignorance la plus crasse, il est tout de même ahurissant de voir, dans une vidéo virale, un marocain partager fraternellement son masque avec un autre. Cette fraternité, l’une des marques du marocain, devient ici criminelle.

Coté gouvernement, c’est un peu panique à bord. Entre tâtonnement et précipitation, se dégage un sentiment d’improvisation. Ce week-end, le premier ministre, dans une vidéo filmée visiblement par son téléphone, donne l’impression désastreuse de celui qui est dépassé par les évènements. Son expression laisse pantois. Avec des accents très peu churchilliens, la voix éraillée, il annonce le cadenassage des villes à la veille de la traditionnelle transhumance de la fête du mouton. Il aurait été plus simple, et certainement plus courageux, de faire l’impasse sur ce rituel dont raffole les Marocains, ce qui les renoue avec leurs essences paysannes. Après les entreprises, les souks seront certainement les endroits qui aiguiseront l’appétit du virus.

Cantonné, dans un premier temps, dans les grands espaces urbains, le virus n’épargne plus aucune parcelle du territoire. Au début, virulent à Fès et faible à Tanger, on assiste au contraire aujourd’hui. Après 135 jours de confinement, le pays ne compte que 316 morts. L’Italie en a compté jusqu’à 800 morts par jour sans que ne tremble la main des responsables politiques transalpins. C’est dire que c’est devant le mur qu’on reconnait le peintre.