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Médecine libérale : mutation du système de santé et exigence d’une représentation plus forte - Par Dr Anwar Cherkaoui
La question de la structuration démocratique des instances représentatives est posée avec acuité
À l’heure où le Maroc accélère la réforme de son système de santé, portée par la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire et la transformation numérique des soins, la médecine libérale est confrontée à un double défi : s’adapter aux nouvelles exigences du secteur et renforcer sa représentativité. Alors que se tient à Casablanca une assemblée générale réunissant les acteurs de la médecine privée, les débats portent autant sur les revendications professionnelles que sur la nécessité de repenser les mécanismes de gouvernance et de représentation de la profession.

Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Le secteur de la santé au Maroc traverse aujourd’hui une phase de transformation profonde, marquée par des réformes structurelles ambitieuses, la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire et l’accélération de la digitalisation des soins.
Dans ce contexte de véritable révolution sanitaire, la médecine libérale se retrouve face à un double enjeu : s’adapter aux nouvelles exigences du système et renforcer sa capacité de représentation auprès des pouvoirs publics.
Théoriquement, c’est dans cet esprit que Casablanca accueillera, mardi 16 juin 2026, une assemblée générale réunissant des représentants de la médecine privée et des structures de soins libérales.
L’ordre du jour de cette assemblée générale comporte des revendications jugées structurantes pour l’avenir du secteur qui nécessitent à elle seule une seule et profonde réunion : révision urgente de la tarification nationale de référence, restée inchangée depuis 2009, incitations renforcées pour les médecins conventionnés, contribution aux systèmes numériques de santé, et consolidation du dossier médical partagé.
Au-delà des aspects techniques, cette rencontre pose une question centrale : celle du poids réel et de la légitimité représentative des instances professionnelles actuelles.
Plusieurs acteurs du secteur soulignent en effet une faible mobilisation des médecins libéraux à l’échelle nationale, traduisant un désengagement progressif, particulièrement marqué dans les régions éloignées des centres de décision.
Cette situation est souvent attribuée à un mode de gouvernance perçu comme fortement centralisé limitant ainsi la participation effective des autres régions.
Le format même de cette assemblée générale du 16 juin, organisées en soirée en milieu de semaine, rendrait difficile la présence de nombreux praticiens, accentuant le sentiment d’exclusion.
Dans ce contexte, la question de la structuration démocratique des instances représentatives est posée avec acuité.
Certains estiment qu’un modèle plus équilibré, fondé sur des représentations régionales élues, permettrait de renforcer la légitimité des bureaux nationaux et, par conséquent, leur capacité de négociation avec les autorités publiques.
Car au-delà des débats internes, un constat s’impose : une représentation fragmentée et insuffisamment fédérée limite la capacité de la profession médicale à constituer un véritable groupe de pression structuré et audible.
Les pouvoirs publics, eux, observent avec attention cette situation, dans un moment où la réforme du système de santé exige des interlocuteurs forts, organisés et représentatifs.
Dans cette phase charnière, la médecine libérale marocaine se trouve ainsi face à une responsabilité historique : celle de repenser ses modes de gouvernance afin de mieux accompagner la modernisation du système de santé, dans l’intérêt supérieur du citoyen marocain.