45,4 milliards de dirhams pour la de Santé, mais encore ? - Dr Anwar Cherkaoui

45,4 milliards de dirhams pour la de Santé, mais encore ? - Dr Anwar Cherkaoui

Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Younes Bjijou, est attendu sur ce terrain : disponibilité des médicaments essentiels, délais de rendez-vous, répartition territoriale des professionnels, fonctionnement effectif des nouveaux établissements, qualité des soins et dépenses restant à la charge des ménages.

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Avec un budget de la santé qui atteindrait 45,4 milliards de dirhams et 8 000 postes annoncés, le projet de loi de finances 2027 prévoit un effort important. Pour Anwar Cherkaoui, sa portée se mesurera aux améliorations concrètes pour les patients : délais réduits, médicaments disponibles, soins de proximité et dépenses supportables pour les familles. Les moyens engagés appellent des résultats mesurables et une gestion transparente.

 

Anwar Cherkaoui

 Expert en communication médicale et de santé

 Entre hausse budgétaire, recrutements et nouveaux hôpitaux, le projet de loi de finances 2027 affiche ses ambitions.  Mais le véritable thermomètre de la réforme restera le quotidien des patients.

La santé ne se soigne pas uniquement à coups de milliards.  Elle se réforme et se transforme en mieux lorsque c’est tout le fonctionnement du système qui change d’esprit et de mentalité.

Dans le projet de loi de finances 2027, le budget de la santé atteindrait 45,4 milliards de dirhams, soit environ trois milliards de plus qu’en 2026.  À cela s’ajoute l’annonce de 8 000 postes budgétaires. L’effort est notable.  Mais la question demeure : cette progression financière suffira-t-elle à transformer l’expérience du citoyen face au système de santé ?

 45,4 milliards : la calculette ne soigne pas les malades

Augmenter les crédits est nécessaire.  Encore faut-il savoir où va l’argent, comment il est dépensé et quels résultats il produit.

Le patient obtient un rendez-vous dans des délais raisonnables, trouve les médicaments prescrits et accède aux soins sans mettre en péril le budget familial. C’est à cette aune qu’il faudra juger les ambitions sanitaires du nouveau gouvernement

Réduire les délais d’attente, améliorer l’accueil, renforcer les équipements, garantir la disponibilité des médicaments et rapprocher les spécialistes des territoires sous-dotés : voilà les résultats que les citoyens attendent.

La répartition des crédits entre hôpitaux, soins de santé primaires, prévention, formation, recherche et maintenance des équipements mérite donc une attention particulière. Car un budget peut progresser sans que les files d’attente diminuent.

 8 000 postes : encore faut-il les mettre au bon endroit

L’annonce de 8 000 postes budgétaires constitue un levier important.  Mais combien seront destinés aux médecins, aux infirmiers, aux techniciens et aux personnels administratifs ? Comment seront-ils répartis entre régions et établissements ?

Le recrutement ne suffit pas si les professionnels manquent de moyens, de perspectives de carrière ou de conditions de travail attractives. Dans les zones éloignées, attirer un médecin est déjà un défi. Le convaincre de rester en est un autre.

Logement, transport, équipements et organisation du travail doivent accompagner l’effort de recrutement.

Les GST : moins d’organigrammes, plus de résultats

Les groupements sanitaires territoriaux (GST) sont appelés à jouer un rôle central dans la réorganisation du système de santé.  Leur promesse est claire : mieux coordonner les structures, rationaliser les ressources et fluidifier le parcours du patient.

Une réforme institutionnelle, la multiplication des structures, l’efficience des organigrammes sont des conditions nécessaires, mais insuffisantes.

Qui décidera au niveau territorial ?  Qui répondra des résultats ?  Quels indicateurs permettront de mesurer les progrès ?  Et comment garantir la transparence dans la gestion des ressources ? Le risque serait de modifier les structures administratives sans modifier suffisamment la réalité vécue par les malades.

La réforme des GST ne trouvera sa justification que dans des améliorations concrètes : rendez-vous plus accessibles, meilleure coordination entre soins primaires et hôpitaux, continuité des traitements.

 Les projets hospitaliers, notamment à Béni Mellal, Guelmim et Errachidia, ainsi que la mise à niveau des établissements de soins primaires et des hôpitaux publics régionaux et provinciaux, doivent contribuer à élargir l’offre de soins.

Mais un bâtiment ne soigne personne. Il faut des équipes, des équipements opérationnels, des médicaments, des budgets de fonctionnement et une organisation capable d’assurer une prise en charge continue.  Sans ces conditions, l’investissement immobilier risque de produire une capacité hospitalière inutile aux besoins.

Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas seulement le nombre d’établissements construits, mais celui des structures effectivement opérationnelles et capables de répondre aux besoins de leur population.

 Assurance maladie : maîtriser les dépenses sans pénaliser les patients

La préservation des équilibres financiers de l’assurance maladie obligatoire constitue un autre enjeu majeur. La maîtrise des dépenses médicales est légitime, à condition de ne pas transformer la recherche d’économies en obstacle à l’accès aux traitements nécessaires.

La lutte contre la fraude, les abus et le gaspillage doit s’appuyer sur une évaluation médicale rigoureuse, des règles transparentes et une protection effective des droits des assurés.

L’équilibre financier est indispensable à la pérennité du système. Mais sa finalité reste de financer les soins, non de restreindre leur accès.

Le nouveau ministre de la santé attendu sur ses résultats

Pour apprécier réellement le programme sanitaire du gouvernement, les annonces budgétaires doivent être complétées par des objectifs publics, précis et mesurables.

Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Younes Bjijou, est attendu sur ce terrain : disponibilité des médicaments essentiels, délais de rendez-vous, répartition territoriale des professionnels, fonctionnement effectif des nouveaux établissements, qualité des soins et dépenses restant à la charge des ménages.

Un tableau de bord régulièrement publié permettrait de distinguer les crédits annoncés des dépenses exécutées et, surtout, les moyens engagés des résultats obtenus.

 Le vrai budget, celui qui améliore la vie des citoyens

Le défi du gouvernement ne consiste pas seulement à mobiliser 45,4 milliards de dirhams et à annoncer 8 000 postes. Au terme de l’exercice 2027, les questions décisives seront simples : combien de patients auront été mieux soignés ?  Combien auront attendu moins longtemps ? Combien auront pu se faire soigner près de chez eux sans s’endetter ni renoncer aux soins ?

Le succès d’une réforme sanitaire ne se mesure pas seulement en milliards de dirhams, mais en souffrances évitées, en vies protégées et en confiance retrouvée. C’est là que se jouera le véritable examen de passage du nouveau gouvernement et de son ministre de la Santé.