Pour quand un centre documentaire de la cité portugaise d’El Jadida ? – Par Hassan Ait Hammou

Pour quand un centre documentaire de la cité portugaise d’El Jadida ? – Par Hassan Ait Hammou

Le Centre documentaire deviendrait le réceptacle naturel des travaux déjà réalisés localement par des chercheurs indépendants et bénévoles, tels que Jilali Derif, Mustapha Jmahri et Abdellatif Aouam. Il accueillerait également les contributions majeures d’historiens marocains de renom tels que Ahmed Bouchareb, Othmane Mansouri et Ahmed El Ouarit

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Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, la cité portugaise de Mazagan à El Jadida manque encore d’un véritable centre documentaire consacré à sa mémoire. Le sociologue Hassan Ait Hammou plaide pour la création, au cœur même de la citadelle, d’un espace réunissant archives, travaux de recherche, documents audiovisuels, plans, photographies et fonds patrimoniaux.

Par Hassan Ait Hammou

Sociologue

La cité portugaise de Mazagan a été classée au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en 2004. Cependant, l'histoire des vingt dernières années a démontré que la sauvegarde de la mémoire historique de la cité portugaise de Mazagan et d'Azemmour ne peut plus reposer uniquement sur cette reconnaissance mondiale ou sur des initiatives éparses. Pour donner un ancrage durable à ce passé, il convient d’envisager la création, au sein même de la Cité portugaise, où les locaux disponibles ne manquent pas, d’un espace physique dédié à la mémoire du lieu.

L'ouverture de cet espace de mémoire écrite s'inscrit en parfaite conformité avec l’arrêté du ministre des Affaires culturelles n° 277-95 du 30 janvier 1995 (publié au Bulletin officiel n° 4301 du 5 avril 1995) portant création et organisation du Centre d’études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien. Son article 3 stipule explicitement que cette institution a pour mission de « recueillir, rassembler, mettre à jour et diffuser toute étude ou documentation écrite et audiovisuelle en rapport avec sa vocation ». Ledit centre est aujourd'hui formellement sollicité pour créer cette structure documentaire, répondant ainsi à un besoin scientifique et citoyen.

Cet espace de mémoire deviendrait le réceptacle naturel des travaux déjà réalisés localement par des chercheurs indépendants et bénévoles, tels que Jilali Derif, Mustapha Jmahri et Abdellatif Aouam. Il accueillerait également les contributions majeures d’historiens marocains de renom tels que Ahmed Bouchareb, Othmane Mansouri et Ahmed El Ouarit, ainsi que de chercheurs étrangers, à l'instar des travaux de Romeo Carabelli, de l'historien Laurent Vidal, Federico Mendes Paula, Jorge Correia ou encore de Christian Feucher. Cette convergence des regards locaux, nationaux et internationaux permettrait de centraliser en un lieu unique une expertise scientifique sur le passé de la cité portugaise et son patrimoine. De plus, comme le stipule l'arrêté ministériel, ce centre englobera également les documents audiovisuels, une ressource essentielle sachant que plusieurs reportages télévisés ainsi que de nombreuses séquences de films marocains ou de renommée internationale ont été tournés au cœur même de la cité portugaise.

Ce pôle mémoriel permanent aurait aussi pour vocation de rassembler les mémoires des étudiants de la faculté des Lettres et des écoles d’architecture, les fonds de plans, les photographies et anciennes cartes postales, ainsi que les dons de livres et les ouvrages reçus d'autres institutions à titre d'échange. La mise en place d'un tel lieu comblerait un vide immense, offrant un outil de travail exceptionnel aux chercheurs et aux étudiants, tout en constituant un point d'intérêt culturel majeur pour les touristes de passage.

Enfin, pour que ce centre documentaire soit un lieu vivant et ancré dans son tissu local, l'appui de la société civile concernée est indispensable. Des acteurs associatifs de terrain militent déjà au quotidien pour la sauvegarde et l’animation de la citadelle. C'est le cas de Brahim El Kalii (président de l’association Espace Dialogue pour la Culture et le Patrimoine) et de Mohamed Ziane (président de l’association Cité Portugaise). En devenant les partenaires actifs de ce futur centre, ces mouvements citoyens veilleront à ce que la mémoire écrite ne reste pas confinée dans des tiroirs, mais qu'elle se traduise en projets concrets d'appropriation collective, de transmission aux jeunes générations et de rayonnement culturel pour la ville d’El Jadida. Un tel espace permettra également aux structures étatiques, telles que le Centre d’études et de recherches sur le patrimoine maroco-lusitanien, de s'ouvrir pleinement sur son milieu à travers des actions concrètes et partagées.

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