Quel chef pour le ‘’gouvernement du Mondial’’ ? – Par Bilal Talidi

Quel chef pour le ‘’gouvernement du Mondial’’ ? – Par Bilal Talidi

Le nom de Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, revient avec insistance. Son profil associe une expérience dans la gestion des finances publiques à une forte visibilité dans le monde du sport

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À l’approche des élections législatives de 2026, l’expression gouvernement du Mondial s’installe dans le débat politique marocain. Elle désigne désormais l’équipe qui aura la charge de conduire les grands préparatifs de la Coupe du monde 2030. Bilal Talidi revient sur l’entrée en scène de Fouzi Lekjaa qui alimente les spéculations sur son avenir politique, tandis que les partis adoptent une attitude mêlant prudence, calcul électoral et pragmatisme.

Bilal Talidi

Le gouvernement du Mondial change de visage

L’expression gouvernement du Mondial a été popularisée par le Rassemblement national des indépendants. Elle traduisait l’ambition du parti de remporter un second mandat à la tête du gouvernement afin de superviser les principaux chantiers d’infrastructures et les préparatifs logistiques liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030 par le Maroc, aux côtés de l’Espagne et du Portugal.

Cette perspective semble toutefois s’être éloignée depuis le retrait d’Aziz Akhannouch de la direction du RNI. Ses adversaires y ont vu le signe que le parti ne serait probablement pas reconduit à la tête de la prochaine majorité.

Dans la configuration née de cette situation, la question ne porte plus seulement sur la composition de la majorité issue des urnes. Elle concerne aussi l’identité de la personnalité qui sera chargée de conduire le Maroc jusqu’au rendez-vous mondial de 2030.

Fouzi Lekjaa, une candidature qui prend forme

Le nom de Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, revient avec insistance. Son profil associe une expérience dans la gestion des finances publiques à une forte visibilité dans le monde du sport, particulièrement depuis les performances du football marocain.

Son éventuelle entrée officielle au premier plan politique aurait cependant été retardée par prudence en perspective de la coupe du monde, mais le parcours honorable du Maroc semble avoir levé cette hypothèque. Fouzi Lekjaa a officiellement rejoint samedi dernier le Parti authenticité et modernité. Sa fort probable candidature à Berkane, sa ville natale et le fief du club auquel son parcours sportif reste étroitement associé, renforce les paris sur son destin national.

Une controverse autour de la légitimité électorale

La perspective de voir M. Lekjaa diriger le prochain gouvernement suscite des interrogations sur le fonctionnement de la compétition politique. Les défenseurs d’une lecture strictement démocratique estiment que l’annonce implicite d’un futur chef de gouvernement, avant même la tenue des élections, risque de vider le scrutin d’une partie de son sens.

Selon cette analyse, les citoyens auront le sentiment que les jeux sont faits et les rapports de force électoraux façonnés. Les critiques évoquent ainsi le retour d’une ingénierie politique consistant à concoter les majorités en amont.

Dans les milieux politiques et les élites pragmatiques, la candidature de Fouzi Lekjaa est parfois présentée comme une solution de compromis. Elle permettrait de tourner la page du gouvernement actuel, objet, à tort ou à raison, de controverses récurrentes, sans provoquer une rupture majeure dans les orientations économiques et institutionnelles du pays.

Certains considèrent également que cette option réduirait la possibilité d’un retour en force des islamistes, peu probable par ailleurs, mais scénario délicat s’il advenait pour une partie des acteurs politiques, aussi bien au Maroc qu’à l’international.

L’intérêt porté à Fouzi Lekjaa ne correspondrait donc pas nécessairement à une adhésion à un véritable projet politique. Il reposerait plutôt sur l’image d’un responsable technocratique, réputé efficace dans la gestion budgétaire et dans la conduite des affaires sportives.

Les notables, les entrepreneurs et les élus habitués aux changements d’alliances observent de leur coté attentivement l’évolution de ce scénario. Leur priorité consiste à identifier suffisamment tôt le parti appelé à jouer un rôle central, afin de se positionner du côté de la future majorité. L’adhésion de Fouzi Lekjaa au PAM pourrait ainsi favoriser des mouvements de ralliement vers cette formation.

Des partis plus accommodants que combatifs

Les partis qui dénonçaient autrefois la fabrication des majorités semblent, eux, adopter une attitude plus prudente. Leur priorité est que les élections de 2026 produisent des rapports de force plus équilibrés.

Dans cette perspective, Fouzi Lekjaa apparaît à certains comme une personnalité acceptable. Son expérience financière et sportive lui confère une compétence reconnue, tandis que son absence apparente de liens directs avec des groupes d’intérêts économiques joue en sa faveur.

Aucune formation n’a d’ailleurs lancé de véritable offensive contre l’hypothèse de sa nomination à la tête du gouvernement. Les critiques se concentrent surtout sur le bilan gouvernemental. Même les deux autres principales composantes de la majorité, l’Istiqlal et le PAM, ont progressivement pris leurs distances avec le parti qui dirige l’Exécutif.

Le signal envoyé par Abdalilah Benkirane

Avant l’entrée officielle de Fouzi Lekjaa dans l’arène électorale, Abdalilah Benkirane avait salué publiquement son action dans le domaine sportif. Cette déclaration a été interprétée comme un signe d’ouverture et d’apaisement. Le PJD ne rejetterait pas nécessairement ce scénario, à condition qu’il découle d’une véritable légitimité électorale.

La mise ne veilleuse de la polémique provoquée par des déclarations d’Abdalilah Benkirane visant des conseillers royaux est cité comme un autre exemple de cet apaisement. Après des échanges directs, le dirigeant du PJD avait présenté ses excuses pour l’emploi de termes jugés inappropriés

Certains observateurs estiment que plusieurs évolutions récentes participeraient de la préparation d’un nouveau paysage politique. Outre le retrait d’Aziz Akhannouch de la direction du RNI, ils citent l’association des partis aux mécanismes de suivi de l’intégrité électorale et certains signes de détente dans le domaine des libertés publiques.

Le retour au Maroc du journaliste Ali Lmrabet, sans incarcération et avec la possibilité de s’exprimer dans les médias, est ainsi interprété par certains comme un signal d’ouverture. Ces éléments restent toutefois insuffisants pour conclure à l’existence d’un scénario politique arrêté.

Toutes les options restent ouvertes

Mais si l’hypothèse Fouzi Lekjaa n’a jusqu’à présent suscité qu’une faible résistance, son profil et sa popularité liée au football semblant lui offrir des vents favorables, les élections restent éloignées et la situation peut encore évoluer. Nombre de contingences et deimprévis pourront peser sur l’issue de la configuration finale.

Le scénario Lekjaa pourrait être confirmé, réaménagé ou abandonné. L’impétrant apparaît aujourd’hui comme un prétendant crédible à la direction du gouvernement du Mondial. Il ne constitue pas encore, pour autant, une issue certaine.

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