Sahara : pourquoi le Maroc aborde sereinement une nouvelle étape diplomatique – Par Aziz Daouda

Sahara : pourquoi le Maroc aborde sereinement une nouvelle étape diplomatique – Par Aziz Daouda

La victoire marocaine à la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, le 15 octobre 2026, donne une portée nouvelle au processus engagé par la résolution 2797 du Conseil de sécurité.

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Le vote du 15 octobre 2026 à la Quatrième Commission de l’ONU, acquis par 152 voix favorables, renforce la place du plan marocain d’autonomie dans le processus de négociation sur le Sahara. Aziz Daouda explique pourquoi la référence à la résolution 2797 consolide les acquis diplomatiques de Rabat et place l’Algérie et le Polisario devant l’exigence de discussions concrètes, à l’approche du renouvellement du mandat de la MINURSO.

Aziz Daouda

La victoire marocaine à la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, le 15 octobre 2026, donne une portée nouvelle au processus engagé par la résolution 2797 du Conseil de sécurité. En adoptant sa résolution annuelle par 152 voix pour, 2 contre et 7 abstentions, la Commission a inscrit explicitement la référence à la résolution 2797 dans le cadre onusien, consacrant le plan marocain d’autonomie comme base du règlement politique dans le cadre de la souveraineté marocaine.

Ce vote n’est pas un simple succès arithmétique. Il traduit le passage d’un débat centré sur le principe de l’autodétermination vers une négociation portant désormais sur les modalités concrètes d’une autonomie négociée, tout en maintenant le cadre des Nations unies et sans préjuger juridiquement du statut final du territoire.

Une consécration diplomatique inédite

La résolution de la Quatrième Commission, présentée par le président sénégalais de l’instance, rompt avec la pratique du consensus qui prévalait depuis 2006. Il faut ici bien noter qu’à la demande des États-Unis, le texte a été soumis au vote. Il a recueilli le soutien de 152 États, dont le Maroc lui-même, tandis que les États-Unis et Israël ont voté contre et que sept pays se sont abstenus.

L’apport décisif réside dans l’intégration de la résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025. Celle-ci avait demandé que les négociations soient menées « en prenant pour base » la proposition marocaine d’autonomie, tout en recherchant une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable.

Pour Rabat, l’enjeu n’est donc plus seulement de faire figurer son initiative parmi d’autres options. Le plan d’autonomie devient le cadre opérationnel autour duquel doivent s’organiser les discussions, avec une légitimité renforcée par le vote massif de la Quatrième Commission.

Le changement essentiel : de la proposition au cadre de négociation

La résolution 2797 avait déjà opéré un basculement majeur. Elle ne se contente pas d’évoquer l’autonomie, elle en fait la base des négociations, tout en considérant qu’une autonomie véritable pourrait constituer l’issue la plus réalisable.

La référence désormais reprise par la Quatrième Commission consolide cette orientation. Elle confirme que le débat international ne porte plus prioritairement sur le choix entre indépendance et autonomie, mais sur le contenu, les garanties et les mécanismes d’une autonomie devant être réelle et effective selon les termes onusiens.

La nuance juridique demeure toutefois essentielle car à ce jour ni la résolution 2797 ni le texte de la Quatrième Commission ne proclament l’autonomie comme résultat définitivement acquis. Ils l’établissent comme base de discussions devant aboutir à un accord politique négocié. C’est là que se trouve expressément engagée la responsabilité des autres parties du conflit que la résolution de la 4eme désigne sans ambigüité aucune.

Le Polisario face à l’exigence de négociation

D’un autre côté le rapport de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, daté du 8 octobre 2026, renforce cette dynamique en reprochant au Polisario de ne pas avoir étudié sérieusement les détails du projet marocain d’autonomie. Le mouvement est ainsi invité à dépasser le rejet de principe pour examiner le document de 39 pages, demander des précisions et proposer des amendements concrets s’il en avait.

Cette évolution place le Polisario dans une position délicate, le responsabilise et le détache de son parrain au plan de la responsabilité. Refuser toute discussion sur l’autonomie risque d’accentuer son isolement auprès des États qui privilégient désormais une solution négociée et réalisable ; accepter de négocier, en revanche, l’oblige à justifier auprès de ses soutiens les concessions qu’il va devoir envisager.

La résolution de la Quatrième Commission, elle, réaffirme par ailleurs la responsabilité des quatre parties Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario à s’engager de bonne foi dans le processus politique. Cela ne signifie pas que le Polisario a accepté le plan marocain, mais que son engagement effectif dans des négociations de fond devient une attente explicite du cadre onusien.

Alger sous pression diplomatique

Faisant fi de la fuite en avant et du vacarme créé par les médias algériens criant à la grande victoire suite au vote de la commission et revenons sur terre. L’Algérie est depuis ce vote confrontée à une difficulté distincte. Elle défend traditionnellement un processus d’autodétermination dont le résultat ne serait pas prédéterminé, alors que l’évolution en cours place le plan marocain au centre des discussions.

Lors du vote sur la résolution 2797, Alger n’avait pas participé au scrutin, tandis que la Chine, la Russie et le Pakistan s’étaient abstenus. Ce précédent montre que la consolidation de l’orientation actuelle ne garantit pas l’unanimité, mais réduit la capacité d’Alger à maintenir le débat exclusivement sur le référendum et l’indépendance, sans entrer dans l’examen des arrangements politiques concrets. Pour éviter un isolement encore plus préjudiciable, Alger, contrainte a voté la résolution alors qu’elle mentionne la résolution 2797, celle-là même qu’elle refusa un an auparavant…Le fait que 152 pays aient voté pour est une défaite cuisante pour Alger et bien entendu pour le Polisario dont la 4ème commission était le dernier refuge.

Le fait que le Maroc et l’Algérie aient tous deux voté en faveur de la résolution de la Quatrième Commission illustre la complexité de cette position : Alger ne peut ignorer un texte qui réaffirme l’autodétermination, mais qui consacre simultanément la référence à la 2797 et au plan d’autonomie comme base de règlement.

Le retour des réfugiés : un levier humain décisif

L’initiative évoquée par l’envoyé personnel Stafan de Mistura, visant à permettre à des réfugiés sahraouis de se rendre volontairement à Laâyoune et Dakhla est un autre un élément déterminant. Elle donnerait aux réfugiés la possibilité de se forger une opinion à partir d’une expérience directe, plutôt que de dépendre exclusivement des récits politiques qui leur sont transmis. Il faut se rappeler que pendant quelques années l’ONU organisait des visites de part et d’autre au profit des sahraouis voulant rendre visite à des proches. Bon nombre, une fois au Maroc faisait le choix d’y rester. Alger avait fini par stopper le process pour les raisons que chacun comprendra.

Si elle se concrétise, cette initiative déplacerait le débat vers des questions concrètes. Ce sera alors quelles institutions administrent les affaires locales, quels pouvoirs exercent les représentants de la population, quelles garanties protègent les libertés et les droits des habitants. Les séquestrés de Tindouf comprendraient davantage l’enjeu, découvriraient le niveau de développement dont ils ont été privés 50 ans durant.

Pour le Maroc, l’enjeu serait de démontrer, par des garanties crédibles et des faits vérifiables, qu’une certaine autonomie, existe déjà dans les faits par une participation politique effective, des institutions locales responsables. Des perspectives de retour dans la dignité s’ouvrirait alors pour une majorité de séquestrés.

Ce que pourrait contenir la prochaine résolution du Conseil de sécurité

Le mandat de la MINURSO arrive à échéance le 31 octobre 2026, obligeant le Conseil de sécurité à se prononcer sur son renouvellement.

Plusieurs orientations sont envisageables, à partir du texte de l’envoyé personnel et de la résolution 2797 :

  • La confirmation explicite du plan marocain comme la base des négociations, avec invitation à travailler sur ses dispositions concrètes.
  • Un appel plus ferme à des négociations de fond, sans conditions préalables, incluant propositions précises, amendements et demandes de clarification.
  • Des garanties sur le caractère réel de l’autonomie : compétences des institutions locales, mécanismes de participation politique, garanties juridiques et modalités d’application.
  • Un encouragement à des consultations inclusives, notamment avec les réfugiés, sans confondre consultation politique et mécanisme juridique formel de détermination du statut final.
  • Le renouvellement du mandat de la MINURSO, dans l’exclusive continuité de l’évaluation stratégique prévue par la résolution 2797.

Le point de vigilance reste donc le vocabulaire qui sera retenu. Une résolution qui « prend note » du plan marocain n’a pas la même portée qu’une résolution demandant de négocier « sur la base » de ce plan. La seconde formulation confère à l’initiative marocaine une fonction opérationnelle beaucoup plus forte. Il y aura eu un avant octobre 2026 et un après, la patience, l’intelligence et le pragmatisme marocain finiront par payer.

Le Maroc devra-t-il faire des concessions ?

L’envoyé personnel estime qu’une « flexibilité historique » et un « courage politique » seront nécessaires, non seulement de la part du Polisario, mais aussi du Maroc. Cela ne signifie pas nécessairement que Rabat devra abandonner ses principes fondamentaux, mais qu’il devra démontrer que l’autonomie proposée offre des pouvoirs substantiels, des garanties durables et des mécanismes de contrôle crédibles. Cela existe déjà en partie notamment pour ce qui est de l’administration locale.

La distinction stratégique est essentielle car accepter de négocier les modalités de l’autonomie ne revient pas à renoncer à la souveraineté marocaine. C’est précisément dans la définition des compétences, des garanties et des institutions que pourrait se jouer la recherche d’un compromis.

Du principe vers les modalités

La victoire du 15 octobre à la Quatrième Commission, jusqu’ici fermée à la position marocaine, confirme que la bataille diplomatique s’est déplacée du principe vers les modalités. En intégrant la référence à la résolution 2797 et en recueillant 152 voix favorables, la Commission a donné une assise élargie à l’idée que le plan marocain d’autonomie constitue la base du processus de négociation.

Le Polisario est invité, sans ménagement, à entrer dans le détail d’une proposition qu’il conteste, l’Algérie doit composer avec un cadre dont l’initiative marocaine est désormais la référence explicite, et le Maroc de garantir que son autonomie peut constituer un compromis durable, crédible et suffisamment garanti.

Une évolution du cadre diplomatique ne règle pas, à elle seule, un conflit ancien ; elle modifie en revanche profondément les conditions dans lesquelles sa solution sera désormais recherchée.

Quant à l’Algérie, elle devra faire son deuil de cinquante années perdues dans sa quête inlassable de déstabiliser son voisin et d’entraver son développement, fidèle à l’esprit de Boumediene, qui avait volontairement mis « un caillou dans la chaussure » de Hassan II, disait-il.

Hassan II, puis Mohammed VI et le peuple marocain, fidèles à leur philosophie du temps long, ont fini par l’emporter. Le Sahara est dans son Maroc, et le Maroc est dans son Sahara. Maintenant place à la fête le 31 octobre.

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