Yamal sur le toit du monde… Trois images en une – Par Abdelhamid Jmahri

Yamal sur le toit du monde… Trois images en une – Par Abdelhamid Jmahri

Le roi Felipe VI d'Espagne embrasse l'attaquant espagnol n° 19, Lamine Yamal, lors de la cérémonie de remise du trophée à l'issue de la finale de la Coupe du monde de football 2026 opposant l'Espagne à l'Argentine, au New York/New Jersey Stadium d'East Rutherford, le 19 juillet 2026. (Photo : Odd Andersen / AFP)

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Le roi et la star partagent la gloire sur le toit du monde. D’un côté, l’enfant surgi des profondeurs de la terre, venu des terres de Ksar El Kébir, au Maroc. De l’autre, le roi, héritier de la dynastie des Bourbons. Abdelhamid Jmahri fixe pour la postérité le conte de fée.

Abdelhamid Jmahri

Le garçon venu de la rue

L'attaquant espagnol n° 19, Lamine Yamal, célèbre sa victoire avec son frère Keyne au New York/New Jersey Stadium d'East Rutherford, le 19 juillet 2026. (Photo : Franck Fife / AFP)

Lorsque Lamine Yamal a publié une photographie de lui enfant, dans la rue, il dévoilait le premier moteur émotionnel pour lequel il allait verser tant de sueur durant la Coupe du monde. Il écrivait pour lui-même et pour tous ceux qui lui ressemblent : « Pour toi, et pour la rue. »

Ce message poétique :

Pour moi…

Pour toi qui vis dans cette rue, nous vaincrons,

est devenu réalité.

Derrière cette image, ou dans ses profondeurs, Yamal se parlait à lui-même et pensait au pays dont il voulait répandre la joie aux quatre coins du monde.

Cette rare photographie de son enfance lui permettait de s’adresser à lui-même et à ceux qui lui ressemblent. Mais elle parlait aussi à l’Espagne, son pays à la composition plurielle et féconde : l’Espagne de son père marocain, notre Espagne à nous qui avons reconnu en lui notre propre enfant, et celle de sa mère équato-guinéenne.

Son Espagne à lui, celle dont il est pleinement le fils : l’Espagne héritière d’Isabelle la Catholique, l’Espagne musulmane, l’Espagne catholique et l’Espagne qui ne va pas à l’église.

Cette Espagne ne lui a pas demandé son groupe sanguin avant de lui ouvrir, ou non, ses terrains et de lui permettre d’atteindre le toit du monde. Sur ce sommet, il s’assoit près de sa grand-mère et de son petit frère, qui a couru vers lui.

Il devient alors l’enfant de tous les enfants du monde. Personne ne lui demande d’où il vient, lui qui a toujours dit qu’il venait des rues et des quartiers populaires.

L’insouciance devenue sagesse

Yamal portait aussi en lui l’obstination de la rue, la rudesse des anciens jours et le souvenir des matins de privation. Voilà pourquoi, lorsqu’il affirma avant la rencontre : « Ce n’est pas nous qui avons peur de l’Argentine », il semblait habité par une dose suffisante d’insouciance.

On aurait dit qu’il ne mesurait pas l’ampleur du combat. Pourtant, il a su transformer cette apparente indifférence en une sagesse conduisant à la victoire.

La deuxième image montre Yamal se glissant dans les bras du roi. Ou plutôt le roi le serrant contre lui comme un enfant qui vient de traverser une tempête.

Le roi et la star partagent alors la gloire de l’Espagne sur le toit du monde. L’enfant surgi des profondeurs de la terre, venu des terres de Ksar El Kébir, au Maroc, et désormais porté vers la gloire, se tient aux côtés du roi, héritier de la dynastie des Bourbons, sous les yeux de la planète entière.

Le roi et l’étoile de l’équipe emplissent la scène. Le souverain n’a pas déroulé devant Yamal un tapis qu’il lui serait interdit de fouler. Tous deux se sont élevés ensemble jusqu’au sommet de la fraternité nationale, dans l’instant d’un sacre footballistique mondial.

Le roi et l’enfant prodige

Voici donc cet enfant qui, trois ans plus tôt, lors d’une rencontre européenne, avait quitté la tribune des grands de ce monde pour aller à sa rencontre, alors qu’il n’avait que 16 ans. Trois années plus tard, ils se retrouvent sur les cimes de la gloire.

Voici l’enfant que le roi étreint, en se penchant vers lui avec la tendresse d’un père.

Pedro Sánchez était pourtant présent. Dans une monarchie parlementaire, il représente le peuple sur le plan politique. Mais il a respecté la portée symbolique de la présence royale, celle du plus haut représentant de l’Espagne et de son premier ambassadeur, comme ils disent.

Pedro était là, sans toutefois apparaître au premier plan de cette image de joie débordante. Il est resté en arrière-plan, aux côtés des millions d’Espagnols qui célébraient loin du podium.

Mais Pedro Sánchez et Yamal partageaient un autre podium : celui des valeurs.

Tous deux se sont tenus aux côtés d’un peuple massacré et soumis à l’extermination, le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie.

Tous deux ont levé le poing de la résistance au nom de l’être humain. Ils l’ont fait sans que personne ne le leur demande, sans attendre en retour ni récompense ni gratitude. Ils n’ont appelé ni au renversement du régime, ni à une chasse aux sorcières, ni à la généralisation du désespoir envers l’humanité.

Le pays que construisent les migrants

La troisième image est celle du pays que les migrants peuvent contribuer à bâtir.

Nous rêvons d’une nation vaste, ouverte, capable d’intégration et de réussite. Partout dans le monde, les enfants rendent ce rêve concret.

Ici comme ailleurs, les enfants de l’immigration construisent une patrie où l’on peut célébrer ensemble, une patrie de diversité et d’unité réunies dans un même corps footballistique.

Yamal a aussi incarné ses propres valeurs : il a vaincu Messi, mais il l’a respecté.

Il est allé vers lui, l’a pris dans ses bras et lui a tapoté l’épaule. Messi avait été son modèle et le restera. Mais, ce soir-là, il était son adversaire, avant de cesser de l’être au coup de sifflet final.

Yamal n’avait besoin ni d’un cheval, ni d’une épée, ni d’une armure pour combattre. Il fut pourtant un chevalier dans toute la noblesse du terme : par la sueur versée sur le terrain, par la dignité de la victoire et par cette humilité propre à ceux qui éblouissent.