Culture
À Fès, Samir Lyoubi transforme les écrans usés en surfaces de création
Sur ces supports qui accueillaient autrefois des images en mouvement, devenus silencieux, Samir Lyoubi fait apparaître des formes lumineuses et abstraites. L’écran n’est plus un outil de diffusion mais un espace de projection mentale
L’Institut français de Fès accueille l’exposition "Écrans d’Art", nouveau cycle de l’artiste plasticien Samir Lyoubi. À travers des téléviseurs récupérés devenus supports plastiques, l’artiste propose une réflexion sur l’image, la mémoire technologique et la réutilisation artistique des objets du quotidien.
Un support détourné de sa fonction
Présentée dans la médiathèque de l’Institut français de Fès, l’exposition réunit une série d’œuvres réalisées sur des écrans de télévision hors d’usage. L’artiste y abandonne volontairement la toile traditionnelle pour investir ces surfaces noires, autrefois destinées à diffuser des images en mouvement.
Sur ces supports devenus silencieux, Samir Lyoubi fait apparaître des formes lumineuses et abstraites. L’écran n’est plus un outil de diffusion mais un espace de projection mentale, où la perception du visiteur devient essentielle. Les œuvres invitent ainsi à une expérience contemplative fondée sur la mémoire de l’objet et son changement de fonction.
Une démarche esthétique et écologique
Selon l’artiste, ce choix s’inscrit dans une logique double. Il s’agit d’abord d’un geste artistique visant à renouveler le rapport au support, mais aussi d’une démarche environnementale consistant à offrir une seconde vie à des objets technologiques obsolètes.
Pour réaliser ses compositions, Samir Lyoubi applique directement colles et matières picturales sur les écrans plasma. Cette méthode expérimentale rompt avec les techniques classiques et interroge la matérialité même de l’image. L’artiste souligne qu’au Maroc, cette approche reste encore peu explorée, ce qui renforce la dimension expérimentale du projet.
Une continuité dans la recherche plastique
Pour Brahim Zarkani, responsable culturel de l’Institut français de Fès, cette exposition marque une évolution importante dans le parcours de l’artiste autodidacte, déjà présenté dans ce lieu il y a quelques années. Il observe un tournant dans sa pratique, caractérisé par l’abandon progressif du papier et de la toile au profit de supports inattendus.
L’écran, habituellement associé au flux d’images, devient ici surface fixe et silencieuse. Cette inversion du rôle initial du téléviseur constitue le cœur de la proposition artistique et invite le public à reconsidérer sa relation aux images.
L’exposition "Écrans d’Art" reste ouverte jusqu’au 31 mars.