A Marrakech, l’Etoile d’Or va à la tunisienne Erige Sehiri

A Marrakech, l’Etoile d’Or va à la tunisienne Erige Sehiri

La réalisatrice et scénariste tunisienne Erige Sehiri réagit après avoir reçu l'Étoile d'or, le grand prix du festival, pour son film « Promised Sky » lors de la cérémonie de clôture du 22e Festival international du film de Marrakech (FIFM) à Marrakech, le 6 décembre 2025. (Photo par Abdel Majid BZIOUAT / AFP)

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La 22e édition du Festival International du Film de Marrakech a livré un palmarès marqué par l’audace, l’émotion et l’engagement, avec l’Etoile d’Or décernée à Promised Sky d’Erige Sehiri. Entre révélations artistiques, hommages prestigieux et échanges riches au sein du programme Conversations, cette édition s’est distinguée par la force de ses œuvres et la profondeur de sa réflexion sur le cinéma d’aujourd’hui. Marrakech a célébré un cinéma vibrant, engagé et généreux : retour sur une 22e édition d’une rare intensité.

Quid avec MAP et AFP

Promised Sky, une œuvre sensible couronnée par l’Etoile d’Or

La réalisatrice tunisienne Erige Sehiri a remporté l’Etoile d’Or pour Promised Sky, un film soutenu par les Ateliers de l’Atlas et choisi parmi treize longs-métrages en compétition. À travers le destin croisé de trois femmes ivoiriennes en quête d’avenir à Tunis, Sehiri signe une œuvre poétique, lucide et profondément humaine.

De gauche à droite) La réalisatrice, dramaturge et scénariste canadienne Céline Song, Aissa Maiga, Erige Sehiri et Payman Maadi reçoivent le prix de la meilleure actrice, au nom de Deborah Lobe Naney, pour le film Promised Sky, lors de la cérémonie de clôture du 22e Festival international du film de Marrakech, le 6 décembre 2025. (Photo : Abdel Majid BZIOUAT / AFP)

Debora Lobe Naney, l’une des protagonistes, a reçu le Prix d’interprétation féminine pour la justesse et l’émotion de son rôle. Dans son discours, la réalisatrice a dédié son prix à Saadia Mosbah, figure tunisienne de la lutte contre le racisme, incarcérée depuis 2024, rappelant que le cinéma peut éclairer les zones d’ombre de nos sociétés.

Un palmarès riche, entre intimité, mémoire et audace formelle

Le Jury, présidé par le cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho, a distingué deux œuvres d’une grande intensité émotionnelle avec le Prix du Jury attribué ex æquo à My Father and Qaddafi de Jihan K et à Memory de Vladlena Sandu.

Le Prix de la mise en scène est revenu à Oscar Hudson pour Straight Circle, salué pour son inventivité visuelle. L’acteur Ṣọpẹ́ Dìrísù a remporté le Prix d’interprétation masculine pour My Father’s Shadow. Elliot et Luke Tittensor ont, quant à eux, reçu une mention spéciale pour leur performance dans Straight Circle.

Un jury prestigieux et une édition marquée par les rencontres

Aux côtés de Bong Joon Ho, figuraient notamment Karim Aïnouz, Hakim Belabbes, Julia Ducournau, Payman Maadi, Jenna Ortega, Céline Song et Anya Taylor-Joy.

Le Festival a également rendu hommage à quatre grandes figures du 7e art : Hussein Fahmi, Jodie Foster, Raouya et Guillermo del Toro, incarnant chacun la diversité et la puissance expressive du cinéma mondial.

Bong Joon Ho : des films « chargés de sens » et une réflexion profonde sur la création

Lors d’une séance du programme Conversations, Bong Joon Ho a salué une sélection « d’un niveau particulièrement élevé », soulignant la densité thématique et l’humour singulier de plusieurs films.

Évoquant sa propre trajectoire, il est revenu sur la naissance du cinéma sud-coréen contemporain dans les années 1990, sur l’influence des ciné-clubs et sur les expériences personnelles qui ont nourri ses films, de Memories of Murder à Parasite.

Selon lui, la maison, personnage central de Parasite, symbolise l’architecture même du récit et révèle les dynamiques d’un monde traversé par les fractures sociales.

Le programme Conversations, un laboratoire d’idées

La présence de Guillermo del Toro, Jodie Foster, Andrew Dominik ou encore Laurence Fishburne a donné une profondeur particulière à cette édition.

Ces échanges ont permis de dévoiler la part intime de la création, les doutes, les obsessions, la mécanique secrète des films et le rôle des artistes dans un monde mouvant.

Chaque intervention a mis en lumière la tension créative entre instinct et réflexion, cœur battant de toute œuvre cinématographique.

Une édition généreuse, un public au rendez-vous

Avec 81 films issus de 30 pays et plus de 47.000 spectateurs, dont 7.000 jeunes réunis dans les séances dédiées au Jeune Public, le Festival a confirmé sa vocation de médiation culturelle.

Les Ateliers de l’Atlas ont de nouveau brillé, réunissant 350 professionnels autour de 28 projets et consolidant leur rôle de plateforme essentielle pour les cinémas africains et arabes.

Une célébration du cinéma comme espace de partage

En faisant émerger de nouveaux talents, en honorant des maîtres confirmés et en créant des ponts entre les cinématographies du monde, la 22e édition du Festival International du Film de Marrakech a rappelé ce qui fonde sa singularité : offrir au cinéma un lieu où il peut se réinventer, se raconter et continuer de rassembler.

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