Culture
A Rabat et à Tanger, l’art, la mémoire africaine et les médias redessinent l’espace public
A Rabat et à Tanger, la scène culturelle est animée par des expositions artistiques, des colloques de réflexion historique et des initiatives médiatiques et photographiques d’envergure
A Rabat et à Tanger, la scène culturelle est animée par des expositions artistiques, des colloques de réflexion historique et des initiatives médiatiques et photographiques d’envergure. Entre la matière picturale de Mohamed Aaouina, la relecture panafricaine des indépendances, la reconnaissance des productions journalistiques tangéroises et le lancement d’un festival international de l’image, ces événements veulent inscrire la création, la mémoire et l’innovation culturelle au cœur de l’espace public.
À Rabat, la matière comme langage artistique
Le vernissage de l’exposition « Facture Texture » de l’artiste maroco-français Mohamed Aaouina, organisé à l’Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, a ouvert une fenêtre singulière sur une œuvre fondée sur le dialogue entre matière et couleur. Présentée jusqu’au 21 février, cette première exposition au Maroc marque une étape importante dans le parcours d’un plasticien qui revendique une relation intime au geste pictural et à la mémoire des formes.
Le choix assumé de ne pas attribuer de titres aux œuvres participe de cette démarche. L’artiste préfère laisser au visiteur la liberté d’interpréter, de ressentir et de construire sa propre lecture. Ce parti pris place le public au cœur de l’expérience esthétique et transforme la contemplation en un acte de participation. Pour Mohamed Aaouina, cette interaction directe est une source de joie et un moteur de création.
Issu d’une famille d’artisans, fasciné très tôt par les couleurs et les textures, l’artiste a développé une sensibilité particulière à la matérialité du monde. Formé à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Tétouan puis à celle de Toulouse, il a multiplié les projets et ouvert en 2020 son atelier-galerie en France. « Facture Texture » s’inscrit dans cette continuité, tout en trouvant à Rabat un écho particulier grâce à l’Espace Rivages, conçu comme un lieu de circulation culturelle et de dialogue entre les territoires et les parcours migratoires.
Réécrire les indépendances africaines : un chantier intellectuel panafricain
Toujours à Rabat, l’Académie du Royaume du Maroc accueille un colloque international intitulé « Mémoire, partage et réécriture des indépendances africaines : du Congrès de Manchester à la Conférence de Casablanca ». Organisé par la Chaire des littératures et des arts africains en partenariat avec la Pan African Writers Association, cet événement rassemble chercheurs, écrivains et académiciens venus de plusieurs pays du continent.
Ce rendez-vous s’inscrit dans une réflexion amorcée en 2023 autour de la question de la réappropriation de l’histoire africaine par les Africains eux-mêmes. En revisitant deux moments fondateurs du panafricanisme moderne, le Congrès de Manchester de 1945 et la Conférence de Casablanca de 1961, les organisateurs entendent mettre en lumière une séquence clé de la construction des souverainetés nationales.
Une attention particulière est accordée au rôle des littératures et des arts dans ce processus. L’écriture y est envisagée comme un espace de résistance, de transmission mémorielle et de souveraineté symbolique. Les travaux s’articulent autour de quatre axes majeurs : la place du Maroc dans l’histoire transafricaine, la mémoire des indépendances, l’autonomie de la pensée africaine et les enjeux d’une éducation décoloniale tournée vers l’avenir. L’objectif affiché est de nourrir une réflexion renouvelée sur les horizons politiques et culturels du continent.
À Tanger, les médias à l’honneur et la ville comme récit collectif
À Tanger, la Maison de la Presse a célébré la deuxième édition de son prix dédié à la culture et aux médias, réunissant journalistes, universitaires, acteurs culturels et représentants de la société civile. Cette cérémonie a mis en lumière des productions médiatiques qui contribuent à valoriser l’image de la ville du Détroit et à en raconter les multiples facettes.
Les prix ont distingué des émissions télévisées, des reportages écrits et audiovisuels, ainsi que des initiatives numériques consacrées à l’histoire, à la mémoire et aux mutations contemporaines de Tanger. De la série documentaire sur la ville inspirante aux reportages sur la transformation sportive liée à la CAN, en passant par les dossiers économiques sur le port Tanger Med, l’éventail des œuvres primées illustre la diversité des formats et des approches journalistiques.
La dimension culturelle n’a pas été en reste, avec la reconnaissance de projets mettant en valeur le patrimoine cinématographique et oral de la ville. Les travaux universitaires primés, consacrés à l’éthique de l’image dans les zones de conflit et au traitement de l’information socio-politique dans l’info-divertissement arabe, témoignent également de l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs attentifs aux mutations médiatiques.
Pour les organisateurs, ce prix ne se limite pas à une logique de compétition. Il se veut un levier de promotion d’un journalisme professionnel, pluraliste et engagé dans le développement social et culturel du pays. L’hommage rendu à des personnalités et institutions locales, du secteur ferroviaire au patrimoine muséal en passant par la défense des droits humains, a rappelé le rôle central des acteurs de terrain dans la construction de l’espace public.
Photo Tanger, l’image comme langage universel
Autre initiative structurante pour la ville du Nord, le lancement de la première édition du festival international « Photo Tanger » marque une nouvelle étape dans la valorisation des pratiques visuelles contemporaines. Prévu du 17 juin au 31 août dans plusieurs lieux culturels et espaces publics, ce rendez-vous ambitionne de renouer avec le riche héritage photographique de Tanger tout en ouvrant la ville aux regards du monde.
Le thème inaugural, « L’appel du large », fait écho à la vocation historique de Tanger comme carrefour entre la Méditerranée et l’Atlantique. Il évoque le voyage, l’altérité et l’ouverture culturelle, des dimensions constitutives de l’identité de la ville depuis l’Antiquité. Expositions, projections de films et rencontres artistiques composeront un programme destiné à célébrer l’image comme outil de questionnement et de dialogue interculturel.
Le festival accorde une place importante à la jeunesse, à travers des projets pédagogiques menés en partenariat avec le ministère de la Culture. L’objectif est de transmettre les savoir-faire photographiques, d’encourager l’expression créative et de former de nouveaux publics sensibles aux enjeux visuels contemporains. Pour ses initiateurs, « Photo Tanger » est aussi un levier de rayonnement touristique et culturel, capable de renforcer l’attractivité de la ville sur la scène internationale.