Agenda culturel : archives du Maroc, rythmes, transe et héritages partagés aux quatre coins du Royaume

Agenda culturel : archives du Maroc, rythmes, transe et héritages partagés aux quatre coins du Royaume

À partir du 2 mars, l’institution Archives du Maroc accueille une exposition pédagogique intitulée « Nos archives, un pont entre le passé et l’avenir ».

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Du patrimoine écrit aux traditions musicales, de la danse contemporaine aux veillées soufies, plusieurs villes marocaines vivent au rythme d’initiatives culturelles qui conjuguent transmission, pédagogie et création. À Rabat, Casablanca, Fès et Tétouan, institutions et collectifs investissent le mois de Ramadan pour rapprocher les publics, notamment les jeunes générations, de la mémoire nationale et des expressions artistiques qui façonnent l’identité du pays.

Rabat : les archives comme passerelle vers l’avenir

À partir du 2 mars, l’institution Archives du Maroc accueille une exposition pédagogique intitulée « Nos archives, un pont entre le passé et l’avenir ». Conçue pour la première fois spécifiquement à l’attention d’un jeune public, cette initiative s’adresse aux élèves et aux étudiants à travers une approche accessible et interactive.

L’exposition propose un parcours structuré autour d’archives authentiques, anciennes et contemporaines, permettant de comprendre la notion même d’archive et les fondements de la science archivistique. Elle met en lumière le travail souvent méconnu des archivistes et des restaurateurs, en insistant sur l’importance de la préservation et de la transmission de la mémoire collective.

Au-delà de la dimension théorique, des ateliers pratiques complètent le dispositif. Les participants sont invités à expérimenter les gestes professionnels liés au traitement et à la restauration des documents, transformant la découverte en apprentissage concret. L’objectif affiché est de sensibiliser les jeunes générations à la valeur patrimoniale des archives dans un langage adapté à leurs codes.

Casablanca : les rythmes traditionnels au cœur d’une expérience familiale

À la Villa des Arts de Casablanca, la deuxième édition du cycle « Maroc, Terre de Cultures », placée sous le thème « Rythmes du Maroc », a rassemblé un large public familial. Organisée par le Collectif 4.0 en partenariat avec la Fondation Al Mada, cette rencontre a mis à l’honneur les instruments traditionnels et les rythmes ancestraux du pays.

Pensée comme une immersion, l’initiative a proposé des ateliers où parents et enfants ont fabriqué leurs propres instruments à partir de matériaux recyclables. Entre sensibilisation environnementale et valorisation du patrimoine, l’événement a favorisé une pratique artistique partagée.

Au programme figuraient également la personnalisation de taarija, des spectacles de marionnettes et une exposition dédiée à des instruments tels que le bendir, la gasba, le nafir, les qraqeb, le loutar, le tbel ou encore le guembri. Les organisateurs ont misé sur des formats intergénérationnels favorisant la transmission et la découverte. Après un premier volet consacré aux « Histoires berbères », cette édition confirme la volonté de faire de la culture un espace de lien et d’apprentissage par l’expérimentation.

Fès : la transe comme langage chorégraphique

À Fès, le Centre Kan Ya Makan Rdda a accueilli « La Terre en transe » du chorégraphe Taoufiq Izeddiou, dans le cadre de la 20e édition des Nuits du Ramadan. Présentée en partenariat avec l’Institut Français à Fès, cette création constitue le troisième volet de la trilogie « Le Monde est en Transe », après « Hmadcha » et « Hors du Monde ».

La pièce réunit neuf danseurs et trois musiciens dans une scénographie immersive mêlant percussions rituelles et beats électroniques. Le spectacle explore les notions de lâcher-prise, d’épuisement du corps et de spirale du mouvement, dans une quête de dépassement et de spiritualité. Née au lendemain du confinement, l’œuvre se veut une réponse à la « folie du monde », offrant au public un espace de respiration collective.

La consule générale de France à Fès, Carine Foeller-Viallon, a souligné la diversité de la programmation culturelle portée durant le Ramadan, évoquant notamment un récent ciné-concert retraçant l’histoire de la médina entre 1912 et 1925. La programmation se poursuit avec d’autres rendez-vous artistiques et débats, confirmant la vitalité culturelle de la ville.

Tétouan : l’Andalousie revisitée en musique soufie

À Dar Torres, le groupe « Jinan Al Andalus » a ouvert les Nuits du Ramadan à Tétouan par une veillée soufie consacrée aux poètes andalous. Dirigé par le violoniste Hamid Ajbar, le projet propose une relecture de qasidas et de muwashahat inspirées de maîtres tels qu’Ibn Arabi, Rabia Al Adawiyya, Shushtari, Harrak et Busayri.

Aux côtés d’Aziz Samsaoui au qanûn, Fathi Ben Yakoub au violon, Mouhssine Koraichi au oud et Khalid Ahaboune aux percussions, l’ensemble a offert des compositions originales enracinées dans un héritage partagé entre les deux rives de la Méditerranée. Établi à Grenade, Hamid Ajbar a souligné les liens historiques entre Tétouan et l’Andalousie.

Portées par l’Ambassade d’Espagne et l’Institut Cervantes, les Nuits du Ramadan proposent neuf concerts à travers le Royaume, du 23 février au 11 mars. À Tétouan, la programmation inclut également une conférence sur les risques de l’obésité et un concert du groupe EVOÉH Q-art.