Culture
Ahmed Cherkaoui : une toile historique adjugée à près de 9,4 millions de dirhams à Paris
Signes dans le ciel, 1964. Huile sur toile 89 x 116 cm.
L’une des œuvres majeures de la peinture marocaine moderne vient d’entrer dans l’histoire du marché de l’art. La toile « Signes au ciel », réalisée en 1964 par le peintre marocain Ahmed Cherkaoui, a été vendue le 22 mai 2026 lors d’une vente aux enchères organisée à l’Hôtel Drouot à Paris pour la somme record de 868 265 euros, soit près de 9,4 millions de dirhams marocains. Cette adjudication établit le plus haut prix jamais atteint par une œuvre de l’artiste dans une vente publique.
Né en 1934 à Bejaâd, dans la province de Khouribga, Ahmed Cherkaoui est considéré comme l’un des pionniers de la peinture contemporaine marocaine. Disparu prématurément le 17 août 1967 à Casablanca, à l’âge de 32 ans, il a laissé une œuvre relativement brève mais décisive dans l’histoire de l’art moderne au Maroc.
La toile vendue à Paris appartient à la période la plus aboutie de son parcours artistique. Réalisée en 1964, « Signes au ciel » illustre pleinement la recherche plastique qui a fait sa renommée : l’intégration de signes inspirés des tatouages amazighs, des motifs populaires marocains, de la calligraphie et des symboles traditionnels dans un langage abstrait profondément personnel. Selon la maison Ader, qui présentait l’œuvre à la vente, cette composition représente l’un des sommets de la réflexion de Cherkaoui sur le « signe » comme langage visuel autonome, à la fois spirituel, poétique et universel.
Cette adjudication confirme également l’intérêt croissant des collectionneurs internationaux pour les grands noms de l’art moderne marocain. Depuis plusieurs années, les œuvres d’Ahmed Cherkaoui figurent parmi les plus recherchées du marché maghrébin, aux côtés de celles de Jilali Gharbaouin, de Mohamed Melehi ou encore de Farid Belkahia. Mais aucun de ses tableaux n’avait encore atteint un tel niveau de valorisation.
Le parcours artistique d’Ahmed Cherkaoui s’est construit à la croisée des traditions marocaines et des grandes écoles européennes. Ses premiers apprentissages remontent à son enfance à Bejaâd, où il étudie le Coran et la calligraphie à l’école coranique de la ville avant de perfectionner sa maîtrise du trait auprès de maîtres calligraphes à Casablanca. Entre 1956 et 1959, il poursuit sa formation à l’École des Métiers d’Art de Paris, où il obtient un diplôme en arts graphiques, décoration et typographie. En 1960, il est admis à l’École des Beaux-Arts de Paris et fréquente alors les artistes de l’École de Paris, découvrant les courants majeurs de l’art moderne. Un séjour d’études à l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie en 1961 constitue un tournant décisif dans son évolution artistique : il s’oriente vers l’abstraction et développe une réflexion originale sur le signe, puisant dans les symboles amazighs, les tatouages traditionnels et le patrimoine visuel marocain pour élaborer un langage plastique singulier qui fera de lui l’un des pionniers de l’art contemporain au Maroc.
Son parcours, interrompu par une mort précoce, continue aujourd’hui de nourrir l’histoire de l’art contemporain. Près de soixante ans après sa disparition, « Signes au ciel » vient rappeler la place centrale qu’occupe encore Ahmed Cherkaoui dans le patrimoine artistique du Maroc et dans le marché international de l’art.