Culture
Au SIEL de Rabat, la culture comme horizon collectif – Par Talaâ Saoud Al Atlassi
Cérémonie de remise des prix des lauréats de la quatrième édition du concours d’écriture créative, organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – département de la Culture, dans le cadre de la 31e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL). 06/05/2026 – Rabat (Photo MAP)
La 31e édition du Salon international de l’édition et du livre de Rabat a confirmé l’ampleur prise par la dynamique culturelle au Maroc. Placé sous le signe d’Ibn Battouta, le salon a réuni un public nombreux marqué par une forte présence des jeunes générations, tout en ouvrant des espaces de réflexion sur les enjeux du savoir, du développement, de l’universalité culturelle et de la place du Maroc dans le monde.

Talaâ Saoud Al Atlassi
La culture comme besoin collectif
Depuis le Premier mai, Rabat vit au rythme du livre, des idées et des débats. La 31e édition du Salon international de l’édition et du livre a transformé la capitale en un vaste espace de rencontre entre écrivains, chercheurs, éditeurs, artistes et lecteurs, autour d’une programmation dense consacrée aux grandes questions de la culture et de la civilisation.
L’un des faits les plus marquants de cette édition demeure l’affluence exceptionnelle du public. Les allées du salon, les conférences, les séances de signatures et les stands d’édition ont connu une fréquentation continue, y compris durant les jours de semaine.
Cette mobilisation traduit une relation de plus en plus forte entre les Marocains et la culture. Le livre apparaît désormais comme un espace de découverte, de compréhension du monde et d’accès au savoir dans une société confrontée à des transformations rapides. L’élargissement de l’accès à la culture, la diversification des pratiques de lecture et le développement des manifestations culturelles contribuent à inscrire davantage le fait culturel dans la vie quotidienne.
L’édition 2026 du SIEL a également mis en évidence la dimension collective de cette relation au livre. Le salon ne s’est pas limité à un marché éditorial ou à une succession de rencontres littéraires. Il a pris la forme d’un moment national où la culture devient un lieu de dialogue et d’échange.
Une jeunesse présente dans les espaces du savoir
La forte présence des jeunes générations a constitué une autre caractéristique majeure de cette édition. Les élèves, collégiens, lycéens et étudiants ont occupé une place centrale dans les espaces du salon. Encadrés par leurs établissements scolaires ou venus individuellement, ils ont participé aux ateliers, aux conférences et aux activités proposées par les institutions culturelles et les maisons d’édition.
Cette présence massive a donné au salon une atmosphère particulière. Les espaces dédiés au livre ont été investis par une jeunesse attentive, curieuse et désireuse de découvrir de nouveaux univers intellectuels et créatifs. Les échanges avec les auteurs, les rencontres autour des ouvrages et les débats ont illustré une volonté de participer à la vie culturelle et de s’approprier les outils du savoir.
Cette dynamique renvoie à une évolution plus large du rapport des jeunes Marocains à la connaissance. Le livre y apparaît non seulement comme un objet culturel, mais aussi comme un instrument d’émancipation et de préparation à l’avenir. Dans un contexte marqué par les mutations technologiques, sociales et économiques, l’accès au savoir devient une ressource essentielle pour comprendre les transformations en cours.
De Meknès à Rabat, une même idée du développement
La tenue du Salon du livre quelques jours après le Salon international de l’agriculture de Meknès a également permis de faire émerger une réflexion sur les liens entre culture, développement et avenir du pays.
À Meknès, le secteur agricole célébrait une saison marquée par des précipitations importantes et par l’amélioration des réserves hydriques après plusieurs années de sécheresse. Les débats ont porté sur les perspectives économiques, scientifiques et techniques liées à l’agriculture durable et à la modernisation du secteur.
À Rabat, le livre et la culture ont occupé un rôle comparable dans un autre registre : celui de la formation des consciences et de la production du savoir. Entre les terres cultivées et les esprits nourris par la lecture, le parallèle s’est imposé naturellement. Les mêmes images de semence, d’irrigation et de récolte traversent les deux univers.
Cette analogie entre agriculture matérielle et culture intellectuelle a accompagné plusieurs réflexions du salon. Le développement d’un pays ne repose pas uniquement sur les infrastructures ou les indicateurs économiques. Il dépend également de sa capacité à produire du savoir, à transmettre des connaissances et à construire des espaces de réflexion collective.
Ibn Battouta et la question de l’ouverture au monde
Le choix d’Ibn Battouta comme figure symbolique de cette édition a donné une profondeur particulière à la programmation du salon. Le grand voyageur marocain a incarné l’idée du déplacement comme expérience de connaissance et comme ouverture sur les autres cultures.
Le slogan du salon, « Le voyage est un livre et le livre est un voyage », a résumé cette philosophie. Voyager, observer, comprendre et transmettre : telle fut la démarche d’Ibn Battouta, dont les récits ont traversé les siècles comme témoignage sur les sociétés humaines et leurs différences.
À travers cette référence historique, le salon a également posé la question de la place du Maroc dans le monde contemporain. Plusieurs conférences ont abordé les enjeux liés à la mondialisation, aux identités culturelles, aux migrations, à l’éducation, à l’économie ou encore à la transformation des sociétés sous l’effet des mutations technologiques. Malgré la complexité des sujets abordés, les discussions sont restées ouvertes et apaisées.
La présence de la France comme invitée d’honneur s’est inscrite dans cette logique d’échange culturel et de dialogue intellectuel. Les rencontres organisées dans ce cadre ont illustré la continuité des relations culturelles entre les deux pays ainsi que l’importance des circulations d’idées dans l’espace francophone et méditerranéen.
Le salon a également rappelé l’attachement du Maroc à une conception de l’universalité fondée sur la reconnaissance des différences culturelles. Cette idée, rappelée à travers une citation de Mohammed VI prononcée en 2003, souligne que l’universalité ne peut se construire qu’à partir du respect des spécificités culturelles et du dialogue entre les identités.
Au terme de cette édition, le SIEL de Rabat est apparu comme bien plus qu’un rendez-vous éditorial. Il s’est imposé comme une vaste célébration nationale du savoir et de la culture, portée par une forte participation populaire et par une jeunesse largement présente dans les espaces du livre.