Culture
Cannes 2026 : cinéma, conflits du monde et débats sur l’intelligence artificielle
L'actrice mexicaine Adriana Paz arrive pour la projection du film « Ceniza en la Boca » lors de la 79e édition du Festival de Cannes, à Cannes, dans le sud de la France, le 13 mai 2026. (Photo : Antonin THUILLIER / AFP)
La 79e édition du Festival de Cannes s’est ouverte mardi sur la Croisette avec 22 films en compétition pour la Palme d’or et une cérémonie marquée par des prises de position en faveur du cinéma comme espace de résistance culturelle et politique. Hommages, débats autour de l’intelligence artificielle, tensions géopolitiques et premières projections sont attendues. Le festival s’inscrit cette année dans un contexte international traversé par les crises et les interrogations sur l’avenir du septième art.
Une ouverture placée sous le signe de la résistance culturelle
Le Palais des Festivals a officiellement lancé mardi soir une nouvelle édition de Cannes devant un parterre de réalisateurs, d’acteurs et de professionnels du cinéma venus du monde entier. Jusqu’au 23 mai, la Croisette accueillera projections, montées des marches et rencontres autour d’une sélection particulièrement marquée par les tensions contemporaines.
Sur scène, les actrices Gong Li et Jane Fonda ont donné le ton d’une cérémonie où le cinéma a été présenté comme un espace de transmission, de mémoire et de résistance face aux bouleversements du monde.
Jane Fonda a insisté sur le rôle du cinéma dans la construction des récits collectifs et des civilisations, tandis que Gong Li a célébré un art capable de dépasser les frontières linguistiques, culturelles et générationnelles.
Cette édition réunit une nouvelle fois plusieurs grandes figures du cinéma mondial, parmi lesquelles Pedro Almodóvar, James Gray ou encore Cristian Mungiu. Le festival accueille également de nombreuses stars internationales sur le tapis rouge, dont Penélope Cruz, Adam Driver, Marion Cotillard, Barbra Streisand et Isabelle Huppert.
La cérémonie d’ouverture a aussi été marquée par un hommage rendu au réalisateur néo-zélandais Peter Jackson. Le créateur de la trilogie du “Seigneur des anneaux” a reçu une Palme d’honneur remise par Elijah Wood, interprète de Frodon dans la célèbre saga.
Visiblement ému, le réalisateur a reconnu n’avoir jamais imaginé recevoir une telle distinction à Cannes, estimant que son cinéma ne correspondait pas habituellement aux codes des grandes récompenses de la Croisette.
Le cinéma face aux fractures du monde
Au-delà du glamour habituel, cette édition de Cannes apparaît fortement traversée par les débats politiques et les conflits internationaux. Plusieurs interventions durant la journée d’ouverture ont souligné les difficultés croissantes à séparer création artistique et réalités géopolitiques.
Le président du jury, le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, a affirmé qu’il lui semblait artificiel d’opposer l’art et la politique. Pour lui, le cinéma reste inévitablement lié aux questions qui traversent les sociétés contemporaines.
Le scénariste britannique Paul Laverty, collaborateur historique de Ken Loach, a tenu des propos encore plus directs en dénonçant les violences dans le monde, notamment la guerre à Gaza. Profitant de la tribune cannoise, il a également critiqué l’évolution d’Hollywood et son éloignement progressif du festival cette année.
Face à ces prises de position, le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, a tenté d’adopter une ligne plus prudente, rappelant que Cannes est régulièrement sommé de réagir à des crises qui dépassent parfois le cadre strict du cinéma.
Ces débats trouvent un prolongement dans plusieurs films programmés durant cette édition. Mercredi soir, le festival doit notamment présenter hors compétition un long-métrage consacré aux derniers jours de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné en France en 2020 après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours.
Réalisé par Vincent Garenq, le film retrace l’enchaînement des événements ayant conduit à cet assassinat. Antoine Reinartz y incarne un enseignant progressivement isolé par les tensions institutionnelles et sociales autour de l’affaire.
La sœur du professeur, Mickaëlle Paty, qui a participé à l’écriture du scénario, doit accompagner l’équipe du film lors de la montée des marches.
Les premières œuvres en compétition lancent la course à la Palme
Dès mercredi, la compétition officielle entre véritablement dans sa phase active avec les premières projections des films en lice pour la Palme d’or.
Le réalisateur japonais Koji Fukada ouvrira cette séquence avec “Quelques jours à Nagi”, chronique intime centrée sur une architecte divorcée qui retrouve une amie sculptrice vivant à la campagne. À travers leur relation réactivée par des souvenirs anciens, le film explore les tensions entre solitude, création artistique et mémoire affective.
Dans la foulée, la Française Charline Bourgeois-Tacquet fera son entrée en compétition avec “La vie d’une femme”. Le film suit le quotidien d’une chirurgienne cheffe de service interprétée par Léa Drucker, confrontée à la pression hospitalière, aux responsabilités familiales et à une remise en question personnelle après sa rencontre avec une romancière.
Cette première présence française en compétition sera particulièrement observée sur la Croisette, dans une édition marquée par une forte diversité géographique et thématique.
Jeudi, l’un des événements les plus attendus est la projection du nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Le cinéaste revient à Cannes avec une distribution réunissant Vincent Cassel, Virginie Efira, Pierre Niney et Isabelle Huppert dans une histoire de destins croisés à Paris.
Autre projection très attendue : le nouveau film de Pawel Pawlikowski consacré au retour de l’écrivain Thomas Mann en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Sandra Hüller y tient le rôle principal après une année marquée par sa récompense à la Berlinale et le succès international d’“Anatomie d’une chute”.
L’intelligence artificielle s’invite dans les débats cannois
Parmi les grands sujets qui traversent cette édition, l’intelligence artificielle occupe une place croissante dans les discussions professionnelles et artistiques.
À Cannes, les interrogations se multiplient sur l’impact des outils d’IA dans l’écriture, la production et la création cinématographique. Entre fascination technologique et inquiétudes économiques, le sujet s’impose désormais comme l’un des principaux défis de l’industrie mondiale du cinéma.
L’actrice américaine Demi Moore, membre du jury, a estimé qu’il serait illusoire de vouloir combattre frontalement l’intelligence artificielle. Selon elle, l’enjeu consiste désormais à trouver des formes de coexistence et de collaboration avec ces technologies.
Cette réflexion rejoint les inquiétudes exprimées par de nombreux professionnels concernant l’avenir des métiers artistiques, la protection des œuvres et la place de la création humaine dans un environnement numérique en mutation rapide.
Même lors de la cérémonie d’ouverture, ces préoccupations étaient déjà présentes. La maîtresse de cérémonie Eye Haïdara a évoqué un monde où l’intelligence artificielle risque parfois de se substituer à la réalité elle-même, dans une allusion aux transformations médiatiques et technologiques contemporaines.
À travers ces débats, Cannes 2026 confirme une nouvelle fois son rôle de vitrine cinématographique mondiale mais aussi de caisse de résonance des grandes tensions culturelles, politiques et technologiques du moment. (Quid avec AFP)