Culture
Chronique Cinéma, mon amour de Driss Chouika : TRAIN DREAMS, UNE RÉFLEXION SUR LA MÉMOIRE ET LE TEMPS
Train Dreams, une adaptation de la novella homonyme du poète et romancier Denis Johnson, est bien plus qu'un film hollywoodien au récit traditionnel. C'est une expérience sensorielle et philosophique, une profonde réflexion et méditation sur la mémoire et le passage du temps dans une Amérique en mutation
Avec Train Dreams, Clint Bentley signe une œuvre rare, à la fois épurée et profondément habitée, qui s’inscrit à contre-courant du récit hollywoodien classique. Adapté de la novella de Denis Johnson, le film propose une méditation sensible sur la mémoire, le temps et la perte, portée par une mise en scène d’une grande sobriété et par l’interprétation retenue et bouleversante de Joel Edgerton. Driss Chouika revient sur cette œuvre saluée par la critique internationale et déjà distinguée dans la course aux Golden Globes 2026. « Train Dreams » s’impose ainsi comme une expérience cinématographique contemplative, où la nature, le silence et la voix intérieure d’un homme ordinaire deviennent les vecteurs d’une réflexion universelle sur le sens de l’existence.

Driss Chouika
« L'une des œuvres les plus belles et magnifiquement réalisées de l'année… Une méditation sur la beauté de chaque personne et de chaque chose ».
Nick Allen (RogerElbert.com).
Sorti aux Etats-Unis le 07 novembre 2025, avant d'être diffusé sur Netflix le même mois, déjà nominé aux Golden Globes 2026 dans les catégories Meilleur Acteur dans un film dramatique pour Joel Edgerton et Meilleure Chanson Originale “Train Dreams“ pour Nick Cave et Bryce Dessner, le film « Train Dreams » de Clint Bentley est une méditation plutôt qu’un récit hollywoodien traditionnel. La majorité des critiques ont salué la beauté visuelle et sonore remarquable, ainsi que l’approche poétique saisissante de sa narration. Nick Allen, du site Rogerebert.com, le considère comme « L'une des œuvres les plus belles et magnifiquement réalisées de l'année… Une méditation sur la beauté de chaque personne et de chaque chose ». Quant à David Rooney, du The Hollywood Reporter, il l’a vu comme « Une contemplation ravissante de l'homme et de la nature, un drame intime avec une résonance épique », David Rooney (The Hollywood Reporter).
UNE RÉFLEXION SUR LA MÉMOIRE ET LE TEMPS
Train Dreams, une adaptation de la novella homonyme du poète et romancier Denis Johnson, est effectivement bien plus qu'un film hollywoodien au récit traditionnel. C'est une expérience sensorielle et philosophique, une profonde réflexion et méditation sur la mémoire et le passage du temps dans une Amérique en mutation. Le film transporte le spectateur dans l'Amérique du début du XXe siècle à travers le regard de Robert Greiner, un bûcheron interprété avec une sobriété magistrale par Joel Edgerton. Bentley signe ici une œuvre profondément naturaliste, où le paysage devient un personnage à part entière et où la narration, confiée à une voix envoûtante, élève une existence ordinaire au rang de légende universelle. C'est un film remarquable qui s’adresse au cœur et à l’âme du spectateur. Le film opère des choix audacieux, notamment dans la structure narrative. L'œuvre originale s'ouvre sur la complicité de Grainier dans le meurtre d'un travailleur chinois, un événement fondateur de sa culpabilité. Le film, en revanche, choisit de présenter cet épisode plus tard, comme un présage de la tragédie qui va subvenir. Ce choix permet de construire d'abord une empathie pour le personnage, dont la bonté et la simplicité sont immédiatement perceptibles.
La narration est l'un des plus grands atouts du film. La voix du narrateur, apaisante et puissante, ne se contente pas de combler les silences, mais donne une densité poétique aux pensées de Grainier, un homme peu loquace. Loin d'être un simple outil narratif, elle devient le vecteur d’un monologues intérieurs profondément humaniste, transformant le récit d'une vie, apparemment bien simple, en une réflexion sur la mémoire et le passage du temps, et que l’interprétation de Robert Edgerton, à la fois sobre et subtile, rend l’émotion du personnage bien palpable. Cette sobriété est particulièrement touchante dans les scènes qui dépeignent le bonheur familial de Grainier. Face à Gladys, interprétée avec une douce touchante par Felicity Jones, Edgerton exprime toute la tendresse et l'émerveillement d'un homme qui ne s'attendait pas à être aimé.
La photographie du film est sublime. Le directeur photo a capturé la nature dans toute sa splendeur, privilégiant les lumières des heures magiques avec des cadres majestueux. Les plans sur les forêts, les rivières et les vastes ciels confèrent au récit une dimension mythique. La caméra semble effectivement capter la sagesse ancienne de ces paysages. Cette beauté visuelle n'est pas que décorative. Elle sert le propos central du film : le conflit entre la préservation de la nature et la marche du progrès technologique. Une scène particulièrement frappante montre un arbre s'abattant lentement dans la forêt. C'est une métaphore visuelle parfaite de la philosophie du film : il y a une beauté et une tragédie dans les choses les plus infimes de la nature.
Aussi, au cœur de « Train Dreams » réside une méditation sur la perte. La tragédie qui frappe Grainier transforme sa relation au monde. Les trains, symboles ambivalents du progrès et de la destruction, rythment désormais ses rêves et ses cauchemars. Le film explore avec une grande sensibilité la manière dont un homme apprend à vivre avec son chagrin, trouvant un réconfort inattendu dans le hurlement des loups. Le récit s’interroge aussi sur le prix du progrès. Les rails du chemin de fer, qui unissent le pays, se construisent au prix de la destruction d'une nature millénaire froidement abattue.
Ainsi, en faisant d'une vie apparemment insignifiante le sujet d'une saisissante épopée visuelle et narrative, Client Bentley nous rappelle que chaque existence, si modeste soit-elle, recèle une beauté et une tragédie universelles.
FILMOGRAPHIE DE CLINT BENTLEY (LM)
« Jockey » (2021) ; « Train Dreams » (2025).