Cinéma, mon amour de Driss Chouika: L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE, UNE CHRONIQUE FAMILIALE ENTRE POÉSIE ET TRAGÉDIE

Cinéma, mon amour de Driss Chouika: L’AMOUR QU’IL NOUS RESTE, UNE CHRONIQUE FAMILIALE ENTRE POÉSIE ET TRAGÉDIE

« Le film brille particulièrement dans sa façon de montrer comment la candeur enfantine et les désillusions de l’âge adulte génèrent des visions du monde bien différentes. Parfois triste, souvent acerbe, L’Amour qu’il nous reste place cependant une valeur au-dessus de toutes les autres : la douceur » (Thomas Messias) « Le film brille particulièrement dans sa façon de montrer comment la candeur enfantine et les désillusions de l’âge adulte génèrent des visions du monde bien différentes. Parfoi

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Avec « L’Amour qu’il nous reste », présenté à Cannes Première en 2025, le cinéaste islandais Hlynur Pálmason signe une chronique familiale d’une rare délicatesse, où la poésie du quotidien côtoie la tragédie intime. Driss Chouika raconte un fil qui, à travers le regard d’enfants et d’adultes confrontés à la séparation, explore la fragilité des liens, la persistance des souvenirs et la douceur comme ultime refuge face au délitement amoureux. Œuvre sensible et clivante, elle interroge la frontière entre expérimentation formelle et émotion partagée.

Driss Chouika

« Le film brille particulièrement dans sa façon de montrer comment la candeur enfantine et les désillusions de l’âge adulte génèrent des visions du monde bien différentes. Parfois triste, souvent acerbe, L’Amour qu’il nous reste place cependant une valeur au-dessus de toutes les autres : la douceur ».

Thomas Messias (Trois Couleurs).

Le quatrième long-métrage de Hlynur Pálmason, « L’Amour qu’il nous reste », présenté à Cannes Première en 2025, est une œuvre construite sur une forme éclatée, variant entre douceur, amertume et profonds sentiments dramatiques. Sur près de deux heures, le cinéaste islandais observe le délitement doux-amer d’un couple, Anna et Magnús, et de leur famille au cours de l’année suivant leur séparation. Si certains y voient une chronique d’une sensibilité étonnante sur la beauté discrète du quotidien, d’autres le jugent aliénant, allant jusqu’à le considérer comme un exercice purement formel. Néanmoins, le film, choisi pour représenter l’Islande aux Oscars 2026, pousse à son paroxysme la tension entre récit intimiste et expérimentation formelle, suscitant une interrogation fondamentale : à quel moment la poésie devient-elle un code inaccessible, et la recherche esthétique, un écran de fumée ?

Thomas Messias de « Trois Couleurs » en fait l’éloge : « Le film brille particulièrement dans sa façon de montrer comment la candeur enfantine et les désillusions de l’âge adulte génèrent des visions du monde bien différentes. Parfois triste, souvent acerbe, L’Amour qu’il nous reste place cependant une valeur au-dessus de toutes les autres : la douceur ». Alors qu’un critique de « Variety » le décrit comme « Une spirale dans le surréalisme alors que des vies ordonnées et des esprits se défont... un album de scènes de mariage ressenties douloureusement, drôles de façon morbide et de plus en plus détraquées ».

Le film trace le parcours intime d’une famille dont les parents divorcent. Pendant une période d’une année, entre des instants de douceur et de douleur profonde, se construit un portrait doux-amer de l’Amour, avec des fragments variant entre joie, tendresse et mélancolique. Pálmason porte un regard sensible à la fois sur la beauté du quotidien et le poid des souvenirs qui rythment la vie familiale.

CHRONIQUE FAMILIALE ENTRE POÉSIE ET TRAGÉDIE

Le film est une sorte de chronique familiale entre poésie et tragédie. Il s’ouvre sur une séquence énigmatique et puissante : la destruction du toit de l’ancien atelier d’Anna, un bâtiment vide voué à disparaître. Cette image, filmée par Pálmason lors de la démolition de son propre atelier, programme d’emblée le récit. Il s’agit de filmer ce qui persiste après l’effondrement d’une structure. Oui, le récit avance par vignettes et fragments joie, tendresse et mélancolie. Des scènes de pique-nique, de préparation de confitures de myrtilles, de jeux d’enfants ou de repas familiaux composent un portrait du quotidien bien poétique. Pálmason filme la matière du monde avec une précision quasi chirurgicale. Cette accumulation de détails sensoriels cherche à saisir toute la complexité des relations humaines sans recourir à de grands drames explicites. La séparation s’opère en douceur, presque en sourdine, au rythme des saisons.

C’est dans la deuxième moitié du film que la stratégie narrative a basculé, provoquant une polarisation radicale des critiques. À la chronique réaliste se superposent des séquences oniriques et surréalistes qui déraillent délibérément. Un coq tué par Magnús revient l’assassiner en rêve, transformé en dinosaure grotesque. Lors d’un pique-nique, un raccord visuel aberrant transforme le sous-vêtement d’Anna en un astre illuminant le regard de Magnús. Pour ses défenseurs, ces intrusions sont le génie du film. Le film ne raconte pas une simple rupture, mais la métamorphose d’un monde intérieur. Certains critiques ont loué la fantaisie surréaliste qui donne au film une certaine sensation ludique, absente de la solennité des précédents films de Pálmason.

Cependant, pour de nombreux spectateurs et critiques, ces éléments sonnent faux et aliénants. Les métaphores, comme l’imagerie récurrente des œufs, sont jugées cryptiques et à  la limite de la gratuité. Au lieu d’approfondir l’empathie pour les personnages, ces séquences surréalistes contribuent à décontenancer le public. Pour les critiques positifs, la nature n’est pas un simple décor. Elle est un personnage à part entière, un miroir et un prolongement des états d’âme des protagonistes. À l’inverse, les détracteurs y voient un cache-misère esthétique.

Il est à noter aussi que l’approche impressionniste et non-explicative de Pálmason est saluée par certains pour la liberté qu’elle laisse au spectateur. Mais cette même approche révèle ses limites dans les moments clefs. Le refus de la psychologie conventionnelle, poussé à l’extrême, risque de créer une barrière émotionnelle infranchissable. Les personnages risquent de rester des silhouettes esthétiques, des éléments de composition, au détriment de l’empathie.

En définitive, « L’Amour qu’il nous reste » ne laisse pas indifférent, mais l’amour qui lui reste, après la projection, pourrait bien se diviser entre une admiration profonde pour son audace et une frustration tout aussi profonde face à ses explorations formelles.

FILMOGRAPHIE DE HLYNUR PALMASON (LM)

« Winter Brothers » (2017) ; « Un jour si blanc » (2019) ; « Godland » (2022) ; « L'Amour qu'il nous reste » (2025).

DRISS CHOUIKA

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